Vie du campus

20 ans, est-ce suffisant ?

berlin1.jpg20 ans que le mur est tombé ! Difficile de passer à côté tellement l’actualité est marquée par cette date anniversaire. Les chaines télé et radios surenchérissent de témoignages, réactions, et opinions en tout genre.

C’est vrai qu’au fond 20 ans c’est long. En 20 ans, tellement de choses ont changé. Une nouvelle génération est née, qui ne connait la réalité du mur plus que par les manuels d’histoire et pour qui il est inconcevable d’imaginer que cela a existé.

En même temps comment est-ce possible de concevoir une telle aberration ? Les adolescents retiennent souvent les histoires d’amoureux transis s’envoyant des messages par des pigeons voyageurs (souvent abattus en cours de vol). Mais c’est bien plus que ca. Le mur c’est un pays entier, scindé en deux, soumis à deux modèles opposés, et plongé dans un rapport de rivalité. On ne peut pas réaliser cela lorsque l’on ne l’a pas vécu, tout comme on n’imagine pas qu’il y a 60 ans le plus grand ennemi de la France était l’Allemagne.


Tout cela nous parait tellement loin car l’Europe nous assure aujourd’hui une sécurité telle que l’on ne l’a jamais connue. L’Europe a relevé le défi qu’elle s’était assignée au delà de toute attente : la paix. Aujourd’hui l’idée d’une guerre en Europe est aussi inconcevable qu’une boulangerie française sans croissants ou que le 27 rue Saint-Guillaume sans péniche. berlin2.jpg

Mais en même temps 20 ans c’est tellement peu sur l’échelle de l’histoire. Enormément de choses ont été accomplies en si peu de temps. Le touriste à Berlin ne sait plus s’il se trouve à l’ouest ou à l’est lorsqu’il s’égare dans les méandres de la ville. La distinction a disparu. Berlin est une ville apaisée. Les traces de balle font place à des constructions modernes et à une ville qui affirme de plus en plus sa propre identité. Seules les boutiques touristiques louant des trabans, ou vendant des casquettes soviétiques nous rappellent ce lourd héritage, héritage qui parait pourtant être pris à la légère par les allemands. On assiste même à un mouvement d’Ostalgie. Les boutiques branchées de Prenzlauer Berg se mettent à vendre d’authentiques objets communistes devenant collectors.

Mais lorsqu’on se laisse imprégner et absorber par Berlin on se rend vraiment compte que 20 ans, c’est terriblement court pour effacer une telle histoire. Un berlinois vous précisera toujours si il vient de l’est ou de l’ouest, et sera blessé si vous pensez qu’il vient de l’est alors qu’il vient de l’ouest. Une certaine barrière et distance subsiste. Un bon berlinois de l’ouest comme il se doit évite de mettre les pieds à l’est. Et les couples « mixte » Est-Ouest observent le malaise, la gêne et l’incompréhension qui règnent entre leurs parents. Ceux-ci n’ont rien à se dire.

Les mentalités quant à la position de la femme sont également très révélatrices. Un Ossie vous parlera de la discrimination envers les hommes qui n’obtiennent que rarement le droit de garde des enfants en cas de divorce. Un Wessie quant à lui vous demandera comment votre enfant va savoir que vous êtes sa mère si vous n’arrêtez pas de travailler pour l’élever.


L’Allemagne n’est ainsi pas aussi unifiée qu’elle peut l’apparaître. Il faudra encore un peu de temps aux Allemands pour se remettre de cette séparation douloureuse, et pour apprendre à se reconstruire l‘un avec l’autre en bâtissant une histoire commune. Et cette histoire sera forcément européenne.

Par Clara Sommier, Vice-présidente des Jeunes Européens Sciences Po. Les Jeunes européens sont une association regroupant des étudiants et jeunes actifs voulant promouvoir l’idée d’une intégration européenne plus forte. L’association se distingue par son caractère transpartisan et son programme « Europe à l’Ecole » qui consiste à envoyer des étudiants dans les écoles, collèges et lycées pour faire partager aux élèves leur expérience de l’Europe.

Si vous souhaitez en savoir plus : http://www.jeunes-europeens.org/spip.php?rubrique49 ou contactez Aurélien ; aurelcaron@yahoo.fr

  • merci Carol pour ce témoignage émouvant!

  • carol

    Bonjour, j’ai 46 ans ma mère à l’age de 19 ans en 1959 a quitté la RDA pour raisons politiques laissant derrière elle toute sa famille. Eprise de liberté et voulant fuire le joug communiste elle a refait sa vie en France. Quand j’étais petite j’ai souvent passé mes vacances dans la région de Rostock au bord de la mer baltique. A chaque fois que nous franchissions la frontière entre l’est et l’ouest nous étions pétrifiés de voir ces kilomètres de barbelés ces douaniers avec leurs chiens les sirènes qui sonnaient. A l’époque je racontais au collège puis au lycée ce que j’avais vécu mais personne ne m’écoutait les gens étaient indifférents ne sachant meme pas ce que c’était la R.D.A. Aujourd’hui dans le monde entier on ne parle que de la chute de ce mur c’est un évenement planétaire alors qu’il y a quelques années on s’enfoutait de la RDA et du manque de liberté. Profitons de la liberté ce ne sont que les personnes qui en ont été privés qui connaissent ce qu’est la privation de pouvoir s’exprimer sans etre dénoncer. Mon fils aujourd’hui est étudiant à sciences po paris et c’est pour moi une grande fierté mais n’oublions pas toutes les victimes de ce mur de la honte et soyons heureux de vivre dans un pays de liberté !!!!!