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Billet d’opinion – Hulot lâche son boulot

Sortie par le hublot pour le Ministre de la Transition écologique et solidaire qui a annoncé mardi 28 août quitter le gouvernement, sans parachute.

Sa voix nasillarde avait égayé dans Ushuaïa les samedis soirs de trois générations de Français, elle ne retentira plus les mercredis matins au concert des ministres. Alléguant ne plus vouloir se “mentir”, celui qui avait été l’une des plus belles prises d’Emmanuel Macron refusé d’être un symbole de plus, simple trophée sur le mur d’un Président qui avait la veille (lundi 27 août) accepté de créer un permis de chasse unique à 200€, qui fusionnera les permis de chasse nationaux à 400€ et les permis de chasse départementaux à 150€.

Au “en même temps” macronien qui ne manque pas de vertus mais favorise les renoncements et les compromissions de courtoisie, la personnalité politique préférée des Français 2017 a préféré la force de ses convictions intactes ; sur les bruits de couloir de Bruxelles et Paris où s’amassent les lobbyistes qu’il déteste, le cri de détresse de la baleine à bosse et
de l’ours polaire s’est imposé ; aux “petits pas”, enfin, dont il accuse le gouvernement Philippe et qu’on ne peut que remarquer dans la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, il préfère l’action concrète : Nicolas Hulot démissionne. Ce fut d’ailleurs fait de la manière la plus Nouveau Monde™ qui soit, en direct à la radio et sans qu’aucune des têtes de l’exécutif ne soient prévenues, elles en prirent d’ailleurs ombrage par la voix de leur porte
parole qui dénonce un manque de la “plus élémentaires des courtoisies”.

Ceci ne peut manquer d’interroger tant les rapports de ce gouvernement avec l’écologie furent loin d’être courtois ; il se trouve que j’écris moi-même ces lignes depuis un avion mais le CETA entre provisoirement en vigueur et les émissions françaises comme européennes de gaz à effet de serre ne cessent de grimper, en dépit du cadre légal les en empêchant.
Aussi louables que soient ses intentions, l’on ne peut ainsi s’empêcher de se demander ce qu’abandonne M. Hulot avec ce portefeuille, tant ce poste semble abandonné déjà depuis des mois.

Ce départ que l’ancien aventurier a voulu digne, allant jusqu’à « supplier » ses confrères d’éviter toute récupération, est pourtant entaché du sceau hurlant de l’échec malgré quelques succès qui n’en paraissent que plus dérisoires, la transition écologique dont il a été chargé ne se fera pas. Pourtant, nous la savons d’autant plus nécessaire que le dérèglement climatique se fait toujours sensible et prégnant. Sans doute est ce profane et digne du ricanement scientifique que de voir dans les étés infernalement chauds qui deviennent la norme sous nos latitudes pourtant dites tempérées, ou dans les tempêtes qui font de la saison des pluies extrême-orientale une hécatombe autant d’alarmes dignes d’être considérées pour ce qu’elles annoncent : une planète invivable avant le prochain millénaire. Peut-être faudra-il attendre que la ski week de Sciences Po soit menacée pour que nos gouvernants nostalgiques de leur vertes années consentent à prendre les mesures qui s’imposent, sans compromis ni petits pas.

Quant à Nicolas Hulot, qui n’a rien laissé transparaître de ses projets d’avenir, on ne peut que lui souhaiter un repos bien mérité.

 

Renaud Grenier