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Rentrée syndicale de Sciences Po, épisode 3 : L’UNI

La Péniche continue ses interviews de rentrée des syndicats étudiants de Sciences Po. Pour ce troisième volet, nous sommes allées à la rencontre d’Alexandre Urvois, le président de l’UNI Sciences Po. Nous vous restituons l’entretien que nous avons eu avec lui à propos des projets de l’UNI pour cette année.

La Péniche : Pourriez-vous définir en la grande ligne directrice qui inspirera vos actions cette année ?

Alexandre Urvois : L’UNI n’a pas de grande ligne, mais plusieurs. Cela se justifie par le fait que Sciences Po est à un tournant de son histoire. Premièrement, l’UNI sera vigilante à l’arrivée de Sciences Po sur ParcourSup. Cela implique en effet de redéfinir complètement la procédure d’admission : comment les élèves vont-ils désormais entrer à Sciences Po ? C’est une interrogation qui engage une réflexion sur la viabilité de notre diplôme. L’UNI pense qu’il faut maintenir le concours écrit, pas spécifiquement dans sa forme actuelle, mais cela est essentiel, l’oral est également un épreuve clé qu’il faut conserver dans la procédure d’admission par examen. Par ailleurs, nous avons entendu dire que Sciences Po souhaitait rendre plus sélective la procédure d’admission internationale, et l’UNI redoute que cette réforme fasse diminuer la proportion d’étudiants internationaux à Sciences Po.

Enfin, ce remodelage pose la question des conventionnés CEP. L’UNI s’oppose totalement à cette procédure mais réclame une prépa en ligne et garantie par Sciences Po, gratuite accessible à tous. Il s’agit là d’une mesure plus juste, compte tenu du prix exorbitant des prépas privées (Il est totalement immoral de se faire de l’argent sur le dos des gens et de ceux qui n’en ont pas forcément les moyens). De plus, cela permet de faire la promotion de l’école dans les lycées et ainsi davantage lutter contre l’autocensure, dans des milieux ou tenter Sciences Po peut faire peur ou inquiéter. C’est par ce biais que la méritocratie pourra passer.

Avec l’émergence des IEP de Province toujours plus qualifiants, des écoles privées sur le modèle de Sciences Po, notre école s’inscrit de plus en plus dans un système de concurrence. C’est une question essentielle car c’est un débat qui va générer des effets externes à Sciences Po. Il faut avoir au préalable des débats en interne, pour ne pas toucher à la réputation de l’école.

Deuxièmement, l’UNI sera présente pour réfléchir sur le dossier « campus 2022 », grand chantier d’avenir de Sciences Po. Parmi les grandes inquiétudes que l’UNI souhaiterait éclaircir avec l’administration, vient la question de la restauration : quels seraient les points de restauration au campus de l’Artillerie ? Si Sciences Po parle de distributeurs prestataires, à l’image de ceux que nous avons déjà rue des Saints-Pères, l’UNI souhaite installer un grand restaurant universitaire, ou, à défaut, un véritable lieu de restauration collective pour les étudiants de Sciences Po. L’image de nos cafétérias au 27 rue saint Guillaume et au 56 rue des Saints-Pères démontre cette question centrale de la restauration étudiante à Sciences Po.

L’écologie doit également être au cœur du chantier de Sciences Po. Si le tri des déchets sera enfin mis en place en déchets en janvier 2019, les engagements durables de Sciences Po sont loin d’être suffisants. En termes d’espaces verts, de l’utilisation du plastique (et notamment dans la restauration collective), de matériel à disposition des étudiants, il y a une véritable réflexion à engager.

L’UNI souhaite par ailleurs que l’administration équipe des salles de l’hôtel de l’Artillerie spécialement pour chacun des masters de Sciences Po. Nous voulons un campus aménagé pour permettre une professionnalisation plus intense des diplômés de master. Troisièmement, l’UNI axera son action cette année sur l’Acte II du Collège Universitaire. L’UNI pense que l’Acte II est une bonne chose parce que Sciences Po accentue le côté académique du Bachelor, là où nous étions clairement en retard, par rapport aux prépas par exemple. Toutefois, l’UNI s’oppose au principe des majeures, car nous pensons que le Premier cycle doit vraiment rester le plus général possible, et nous nous retrouvons enfermés dans des étiquettes académiques.

L‘UNI dénonce également le manque de clarté de la part de Sciences Po à l’égard de son projet pédagogique. En effet, l’administration rendre plus complexe la possibilité de faire des stages en parallèle des cours, pour 22 heures de cours par semaine environ. Dans ce cas l’UNI est en faveur d’une augmentation du volume horaire à Sciences Po. Toutefois, si Sciences Po réaffirme l’importance donnée au temps libre pour se consacrer à d’autres engagements en dehors des cours, et que cette réaffirmation s’accompagne d’une clarification de sa politique, l’UNI est en faveur d’un maintien du volume horaire actuel.

Quatrièmement, l’UNI sera très vigilante à propos du Parcours Civique. Nous en approuvons la philosophie (s’engager pour la société, dans des causes qui nous plaisent), qui permet une cohérence tout au long de nos trois années au Collège Universitaire. Cependant, dans sa mise en place, c’est très chaotique. La lettre d’engagement tout d’abord est évaluée d’une manière très floue. L’UNI a eu à ce sujet des réunions en janvier avec l’administration, qui ne nous a que très peu éclairés. Astrid Ténière nous a assuré que les refus des lettres étaient motivés par des problèmes de forme, mais nos discussions avec les étudiants ont montré qu’une part non négligeable de ces lettres étaient aussi refusées pour leur fond. Parmi les 1 200 élèves de Deuxième année, certains se sont vus aussi valider le même modèle de lettre en seconde lecture. Quelle est donc l’attention est portée à ces lettres ?

L’UNI dénonce également le cruel manque d’accompagnement dans le Parcours Civique. L’enseignant référent n’est pas là et arrivera seulement pour le Grand Écrit de fin de Bachelor : comment va-t-il nous être utile au regard de ce qu’on aura déjà accompli les deux précédentes années ? D’ailleurs, le seul commentaire que nous ayons eu par rapport à nos lettres est ce petit mail de Sandra Biondo, affichant « validé ».

L’UNI voit également un problème avec le stage de première année ainsi que le projet libre. Nous dénonçons un cadre très contraignant : contrat obligatoire, thèmes restreint, charge énorme en plus de notre Deuxième année. L’obligation du contact direct avec les publics concernés est également très préoccupante. Que veut concrètement dire ce concept ? Avons-nous déjà les compétences pour se mettre au contact de certains types de publics ? Il est également dommage que la forme du Parcours pousse les étudiants à bâcler leur engagement, parce qu’ils sont trop contraints par l’administration et ses critères, alors que chacun d’entre nous a une thématique qui nous tient à cœur et pour laquelle nous souhaiterions nous engager. Les étudiants ont besoin de plus de liberté et c’est sur ce point que l’UNI compte appuyer dans les réunions.

En somme, l’UNI répond à un grand objectif. Nous voulons préserver la différence, la singularité et la valeur de notre diplôme.

LPN : Quels sont vos projets particuliers, vos idées si vous en avez, pour cette année ?

AU : L’UNI souhaite concrétiser plusieurs autres projets à Sciences Po. Nous demandons depuis plusieurs années l’ouverture de la bibliothèque le dimanche. Nous souhaitons également porter à discussion le réaménagement de la période scolaire. Nous voulons adopter un autre rythme de cours. Quatorze semaines très concentrées suivies d’un mois et demi de vide total peut être très inconfortable, en termes d’engagements et de bien-être physique et moral des étudiants.

Nous allons également demander une meilleure intégration des étudiants internationaux : il est dommageable que l’on se fréquente peu alors qu’on pourrait s’enrichir de chacun d’entre eux et se retrouver à l’occasion d’activités tous ensemble. De même, nous souhaitons avoir plus de lien avec les campus en région. On est tous du même Sciences Po, et c’est dommage d’avoir si peu de liens entre nous. Nous pourrions réfléchir à la manière de faire plus de rassemblement entre les campus.

Un autre point très important : en décembre auront lieu les élections au CROUS. L’UNI est opposée aux restaurants universitaires du CROUS qui fournissent une nourriture parfois bas de gamme, et très chère. L’UNI souhaite la mise en place de tickets restaurants universitaires. En attendant que nous mettions cette réflexion en place-, nous voulons que les paiements par carte bancaires soit effectifs dans les cafétérias de Sciences Po et que le CROUS mette en place des pratiques plus écologiques, en termes de couverts en plastique, d’emballages… Enfin, l’UNI est convaincue qu’il faut relancer le débat sur la laïcité à Sciences Po. Nous avons un public diversifié, et ces débats se passent très régulièrement dans la société mais sont absents de la sphère sciencepiste, alors qu’ils font justement consensus dans la communauté étudiante. L’UNI trouve dommage que certains débats soient effacés.

LPN : En quoi les étudiant.e.s de Sciences Po bénéficieront-ils de votre action cette année ?

AU : L’UNI est une association représentative, elle a plusieurs rendez-vous hebdomadaires avec Sciences Po, nous appelons donc les élèves à faire remonter tout ce qu’ils veulent et tout ce qu’ils estiment pertinent à débattre en conseil. En dehors de notre ligne directrice, les idées de l’UNI ne sont pas fixées. C’est pourquoi nous appelons vraiment tout le monde à faire remonter leurs avis. Notre but est de représenter les étudiants et la diversité des étudiants. Nous sommes à leur service et nous devons les écouter.

LPN : Nous avons déjà parlé un peu de l’acte II du Collège Universitaire, alors que pensez-vous de la pétition qui est portée par les étudiants auprès de l’administration de Sciences Po ?

AU : L’UNI a signé cette pétition et la soutient. De plus, pour ce qui est du dialogue avec les autres organisations, nous estimons essentiel d’être un front uni sur certains sujets pour montrer l’importance de nombreux sujets. L’UNI salue l’accord avec l’UNEF, Solidaires étudiant-e-s , même si NOVA semble avoir plus de réticences à ce propos. Il faut de temps en temps savoir faire abstraction des divisions politiques. Sinon, on n’obtiendra rien du tout.  

Propos recueillis par Zacharie Kartener.