Et après ?

A ciel ouvert avec Carine Camby

Carine Camby en quelques dates :

1982 : Diplôme en Service Public à Sciences Po Paris

1983 : Maitrise en droit du travail à Paris I

1986 : Promotion Denis Diderot à l’ENA. Devient Magistrate à la Cour des Comptes

1993 : Participe à la création de La Cinquième, « télévision de la connaissance »

2003 : Directrice de l’Etablissement Français des Greffes

2005 : Directrice de la nouvelle Agence de Biomédecine

2010 : Déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris

Cette semaine, Lapéniche.net a eu le plaisir d‘interviewer Carine Camby. Après une carrière administrative ponctuée de grands projets, celle-ci est revenue à plein temps dans la vie étudiante puisqu’elle dirige désormais la Cité internationale universitaire de Paris. Rencontre fascinante avec une femme qui conduit sa carrière à vive allure sans se soucier du prétendu plafond de verre.

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Sciences po, « l’école de l’ouverture »

Carine Camby semble garder des souvenirs très chaleureux de ses années rue Saint-Guillaume : « Sciences Po m’a beaucoup apporté, c’est une école à laquelle je reste très attachée ». Elle y rencontra avant tout ses amis les plus proches, malgré une intégration qui n’était pas initialement évidente. Originaire d’un milieu plus modeste, elle se souvient « d’une différence sociale énorme ». Un fossé qu’elle enjamba sans peine puisque très rapidement, elle « vécut cette ouverture à d’autres milieux comme une véritable richesse ».

En faisant le bilan aujourd’hui, Carine Camby estime que Sciences po lui a surtout « appris à travailler » à travers sa méthode et sa pluridisciplinarité : « On ne sort pas de Sciences po technicien ou spécialiste de certains sujets. Mais on obtient une certaine rigueur dans notre travail et une ouverture d’esprit qui m’ont permis d’être très polyvalente». Son seul regret fut l’absence de formation managériale pourtant essentielle pour diriger des équipes dès que l’on a plus de responsabilités. Mais c’est surtout entre les murs de l’Institut que son  goût pour l’administration et la gestion de projets se sont développés. Carine Camby remercie particulièrement Jean Daubigny [le préfet actuel de Paris] qui, à travers ses cours de Droit Public, l’encouragea à emprunter cette voie. Une formation intellectuelle qu’elle compléta par une expérience plus concrète, « pas facile car il fallait faire ses armes », en tant que représentante de l’UNEF au conseil de direction.

Son diplôme en poche, Carine Camby souhaita « donner quelque chose en retour » à Sciences Po et fut ainsi maître de conférences pendant une dizaine d’années par la suite.

Un fil directeur : entreprenariat

Après un an de préparation au sein de l’Institut (elle fait simultanément une maitrise en droit du travail), elle réussit à intégrer l’ENA qui ne lui laisse que peu de bons souvenirs : « Ce n’était qu’une logique de classement. Je n’ai pas appris grand chose à l’ENA ».  Elle en est tout de même sortie dans la botte.

1922645_10152221892454834_1378958500_nCommence alors une carrière impressionnante et éclectique. Magistrate puis auditrice à la Cour des comptes, elle fut aussi membre de l’équipe fondatrice de la chaîne télévisée la Cinquième, contribua à l’élaboration de la loi sur la bioéthique de 2004, dirigea l’Etablissement français des Greffes (devenu Agence de la biomédecine), et est désormais déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris. Si ces secteurs d’activités sont très variés, ce parcours suit tout de fois un fil d’Ariane qu’est l’entreprenariat. A chaque reprise, Carine Camby est arrivée à un moment clé et  a pu s’occuper de la gestion d’un projet de transformation de A à Z. Elle se souvient ainsi, et l’enthousiasme semble ne pas avoir faibli avec le temps, de la création de  la « chaîne de la connaissance » dont elle fut l’une des pionnières : « c’était passionnant et très mobilisateur car il fallait créer de toute pièce une entreprise. Il y avait tant de choses à concevoir ! ».  De même la transformation de l’Établissement Français des Greffes en Agence de la biomédecine n’a pas été une mince affaire, le gouvernement souhaitant élargir ce premier à davantage  de  questions éthiques. Aujourd’hui, Carine Camby gère avec passion les nombreux projets de développement de la Cité universitaire et ne compte pas quitter son poste de sitôt : «je travaille dans un environnement magique, dynamique et passionnant ».

Être chef d’un orchestre de 12 000 résidents

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La cité internationale.

Lorsque je l’interroge sur son rôle de Déléguée générale de la Cité universitaire, la comparaison à un chef d’orchestre paraît évidente. Carine Camby doit en effet gérer un établissement gigantesque aux chiffres impressionnants : 60 000 logements,  12 000 résidents, 40 maisons dont 25 rattachées à des pays étrangers ou à des écoles, plus de 130 nationalités et près de 1000 évènements culturels chaque année. Car si la mission première de la Cité universitaire est bien d’héberger des étudiants venus du monde entier, elle est loin d’être unique. Carine Camby insiste ainsi sur l’accompagnement très divers de ces étudiants confrontés à un environnement quotidien complètement différent du leur. Les équipes de la Cité universitaire les aident donc à s’en sortir dans les diverses démarches administratives, à surmonter certaines différences culturelles et à dépasser la barrière de la langue. La culture et les échanges sont donc des valeurs primordiales pour l’institution : elles forment les piliers de ce projet pacifiste qui naquit au lendemain à la première guerre mondiale afin de développer des solidarités étudiantes internationales.

Carine Camby est donc à nouveau à la tête d’un grand projet multidisciplinaire et complexe qui ne cesse de se développer : de nouvelles résidences et l’accueil de nouveaux pays sont notamment à prévoir dans un avenir proche.

Une cadre dirigeante fissurant le plafond de verre

Dire que Carine Camby  a accédé à ces postes à hautes responsabilités facilement serait mentir. A plusieurs reprises, elle a dû faire face à des difficultés liées au fait qu’elle soit une femme. Curieusement, le manque de parité à l’ENA pourtant très controversé (le taux record de 45% d’étudiantes est attribué à la nouvelle promotion de 2013) ne l’a pas marqué. A l’inverse, rue Cambon,  elle se souvient avoir du se battre pour faire ses preuves dans un milieu exclusivement composé d’hommes d’un âge avancé (elle avait alors 25 ans). Sans vouloir faire de généralités, Carine Camby admet qu’il existe encore un plafond de verre pour les postes à grandes responsabilités : « S’il y a maintenant beaucoup de femmes cadres supérieures, ce n’est pas le cas pour les postes de cadres dirigeants ». Le message qu’elle veut faire passer aux jeunes étudiantes de Sciences Po qui aspirent à une longue carrière est de ne pas s’autocensurer. Elle explique qu’autour d’elle, beaucoup de jeunes femmes se freinent elles-mêmes, sont plus exigeantes et limitent leurs ambitions car elles sentent le poids de la sphère professionnelle historiquement masculine. « Mais elles ont toutes leur place dans le milieu du travail ! ».

Ainsi se conclut l’interview, sur l’espoir de Carine Camby que la nouvelle génération fasse voler en éclat ce plafond de verre que sa propre génération avait fissuré.