A la une

L’Aida: quand les kalach s’invitent chez Verdi

Pour remettre en jambe nos lecteurs après la pause estivale, Le Mag propose un article sur une représentation monumentale qui détient un lien privilégié avec l’actualité tragique de ces derniers temps. Comment un format musical aussi rigide et classique que l’Opéra réussit- il à se renouveler en jonglant avec l’actualité ? Pour cela, nous vous invitons à vous laisser porter par les magnifiques trompettes de L’Aida pour lire les lignes qui suivent.

13933091_1632631183715524_1077160710_n

L’Opéra Bastille, une institution révolutionnaire

Les représentations à l’Opéra cette année on été applaudies par la critique internationale. Une équipe de tournage de la chaîne nationale japonaise NHK a même tourné un documentaire sur l’Opéra Bastille, un bâtiment hors du commun. L’équipe du Mag y était pour se rendre à la représentation du dernier Opéra de la saison. Un grand classique : L’Aida de Verdi. Et pourtant, c’est sous un angle inattendu que le metteur en scène Olivier Py l’a envisagée. Cet homme de renommée s’attaque à des piliers du registre classique comme Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach (Grand Théâtre de Genève en 2001) et  La Damnation de Faust d’Hector Berlioz (Grand Théâtre de Genève en 2003). Il a trouvé dans cette enceinte mythique de l’opéra parisien un lieu idéal pour réaliser un véritable espace temps à part.

 

Les époques en poupées russes

L’oeuvre de Verdi est fondée sur une mise en abyme pour dévier la censure. Au XIXème Le territoire du Nord de la péninsule italienne est occupé par les autrichiens. Les forces de l’ordre sévissent et répriment toute forme de rébellion, physique ou intellectuelle. L’Italie n’est qu’un éparpillement d’états confettis qui enferment des populations aux aspirations communes. C’est pourquoi le maître situe l’action de son Opéra Aida en Ethiopie sous la domination de l’Egypte pharaonique. Ce coup de génie fait de cette oeuvre un porte parole de l’Unité italienne, et plus largement, un plaidoyer pour la liberté des peuples. Olivier Py rajoute un étage à cette construction. Il amène le spectateur à réfléchir sur l’époque actuelle.

 

Des costumes et des décors déroutants

La richesse de cette mise en scène repose sur un millefeuille de métaphores. Pour mettre en avant ses intentions, Olivier Py utilise des éléments concrets voire anachroniques, glissant des objets modernes dans une atmosphère curiale du XIXème siècle. Les kalachnikovs et les treillis militaires explicitent la comparaison avec la violence de l’actualité. Les décors dorés imposants et éblouissants peuvent être interprétés comme le totalitarisme de la poursuite de la richesse. Ce croisement des époques peut désorienter le spectateur, même le lecteur… l’objectif est donc atteint. Ollivier Py cherche à effacer les repères historiques et souligner les similitudes entre les sorts des différents peuples.

Generated by IJG JPEG Library

Generated by IJG JPEG Library

 

“Tout un chacun devrait éprouver du respect en face de l’humanité qui souffre.”

Cette citation clé de la pensée de Verdi résume cette mise en scène. Le problème ne réside pas dans la période historique et la situation temporelle mais dans la nature intrinsèque de l’Homme. L’Homme est un animal qui aime la guerre et la gloire, d’une part , mais qui sait se révolter pour la liberté de l’autre . Deux camps apparaissent dans cette interprétation : les Hommes enivrées du succès, de la gloire et de l’apparence face à ceux qui se tapissent dans l’ombre avant de se jeter à la poursuite de leurs droits. Toutefois, le metteur en scène souligne la nuance de Verdi : un être humain comporte les deux facettes à la fois, reste à lui de trouver son équilibre. Olivier Py suit cette ligne de mire pour dérouler sa mise en scène et créer un univers unique. Dès les premières minutes, lors de l’ouverture, un homme en loque  brandit un drapeau tricolore italien. Léger, il semble suspendu à un fil. Il finit à terre, abattu par les soldats du régime en place. Il symbolise les opprimés qui ne trouvent pas de place pour parler mais que l’on finit toujours par entendre.

 

Du grand art à petit prix

Voilà une mise en bouche pour nos lecteurs, fraîchement débarqués dans la capitale ou habitués des hauts lieux de la culture parisienne. L’opéra est un art à la fois visuel et musical, ce qui le rend complet et fascinant. Pour pouvoir profiter des meilleures représentations à prix réduits, une petite astuce. Des places de dernière minute sont vendues pour les étudiants 30 minutes avant chaque spectacle. Allez y en avance, la majestuosité de L’Opéra Bastille en vaudra le coup !

Pour aller plus loin, lisez notre article sur l’Opéra Bastille.