Allons Enfants : ou comment rajeunir la politique.

il y a 6 mois par dans Vie du campus

Le saviez-vous ? L’âge moyen des maires en France est de 56 ans. Pourtant, la jeunesse est une priorité et bon nombre de politiques s’accordent sur ce point. Mais comment une municipalité peut-elle être à même de comprendre les attentes des jeunes lorsque aucun conseiller n’a moins de 25 ans ? Face à cette difficulté et pour faire entendre leur voix, des jeunes de St Cloud on décidé de monter eux-même leur propre liste électorale. Leur nom ? Allons Enfants. Leur credo ? Dynamiser la ville, lui donner un second souffle. C’est Pierre Cazeneuve, étudiant en 2A à Sciences Po qui est tête de liste. Rencontre.

En quoi consiste le projet Allons Enfants ?

Le projet est né il y a un an, sur mon initiative et sur celle de 4 autres personnes, qui sont mes amis à St Cloud. Ça part d’un constat simple : le manque d’activités à St Cloud et des samedis soir passés à s’ennuyer dans la rue. On s’est dit qu’il y avait forcément quelque chose à faire pour améliorer cette situation et dynamiser cette ville. Voilà, l’idée est partie comme ça. Très vite, le projet de monter une liste électorale a pris forme : uniquement avec des jeunes, puisque l’on est que des jeunes de 18 à 23 ans, la moyenne d’âge est de 21 ans, on est tous étudiants. Dans la volonté de dynamiser la ville, lui donner comme une seconde une seconde jeunesse, on a commencé à monter un programme, à constituer une liste, et aujourd’hui on est 40.

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Pierre Cazeneuve, vêtu du pull qu’il s’est engagé à porter tous les jours pendant trois mois …
Source photo : allonsenfants2014.org

Par quels moyens ?

Sur l’organisation du programme, on était à l’origine partis sur quelque chose d’extrêmement large, sur le modèle des campagnes classiques de partis. On s’est rapidement rendus compte que sur des sujets assez particuliers comme la petite enfance, le nombre de crèches, les hôpitaux, on avait pas une légitimité ni une expertise suffisante. Du coup on s’est recentrés autour de quatre grands axes : la jeunesse ; le 2.0, c’est à dire la communication, les réseaux sociaux, l’accès aux services municipaux via internet, etc ; la culture et le sport ; et l’écologie.

Pourquoi constituer cette liste totalement à part des partis, et ne pas avoir plutôt voulu monter un pôle jeunesse dans une liste qui aurait potentiellement plus de chance de se faire élire ?

On a eu un désamour. On ne voulait pas faire partie du quota jeune d’une liste, les deux-trois jeunes mis en position non-éligible pour faire joli et pour attirer l’électorat. Par ailleurs, on n’aurait pas eu la liberté que l’on voulait. Là, on a tout construit ex-nihilo. C’était une expérience professionnalisante, ça nous a permis de mettre en place toutes les idées que l’on a pu avoir et ne pas être censurés parce que c’était trop jeune, ou parce que c’était trop excentrique… On a eu cette liberté énorme et ça a été un choix d’être non seulement complètement indépendant mais aussi que des jeunes.

Cette liste est apolitique ?

Le projet est apolitique en soi puisque l’on a mis un point d’honneur à recruter des gens extrêmement différents, dans leurs parcours scolaire, dans leur origine sociale, et surtout dans leurs idées politiques. On a tous des affinités politiques différentes, des gens de droite, de gauche, du centre, des écolos… Du coup on a réussi à créer un débat autour des questions qui touchent la jeunesse. Le débat était assez fort mais ce qui a germé ne sont que des idées de bon sens : pas d’idées partisanes, pas de clivages. Toutes nos idées sont uniquement de la plus-value pour améliorer le quotidien. Ça dépasse les clivages. Donc oui nous sommes apolitiques. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes dépolitisés. Si nous avons un parti, c’est celui de la jeunesse.

C’est beaucoup de travail et d’investissement de monter ce projet là. Comment vous y êtes vous pris ? Avez vous rencontré des obstacles ou au contraire, des soutiens ?

En effet, ça prend beaucoup de travail. On a compté 61 réunions depuis le début de l’aventure. C’est extrêmement chronophage,

Source : allonsenfants.org

Source : allonsenfants2014.org

parce qu’il faut monter un projet de communication, parce qu’il faut réfléchir à des tracts… Après dans les difficultés que l’on a eu, la structure administrative est très complexe et stricte : de la taille du bulletin de vote à l’interdiction d’utiliser du blanc dans les affiches ! Il y a beaucoup de normes. Julie, qui est dans la liste, a fait un boulot énorme : elle a lu le code électoral, le mémento du candidat… C’est elle qui a monté le dossier administratif. La plus grosse difficulté est due à une jurisprudence de 2010 : l’inscription sur les listes électorales se fait automatiquement à la majorité. Cependant, elle est rendue officielle seulement quelques jours avant les élections. Le problème est que l’on a besoin de cette attestation pour être éligibles. Donc là, comme est quelques uns à avoir tout juste 18 ans, on appelle tous les deux jours la mairie de Nanterre pour savoir comment les dossiers avancent… Car si l’on a pas cette attestation quelques jours avant l’élection, le projet est fichu. C’est extrêmement risqué. Mais a priori, ça devrait le faire. J’ai reçu du soutien de mes amis à Sciences Po, de ma famille.

Et au niveau du financement ?

C’est un auto-financement, mais qui a été minime, la campagne n’a pas coûté grand chose. On espère tout de même faire plus de 5% pour se faire rembourser.

Pourquoi se présenter tout en sachant que l’on a des chances infimes d’être élu ? Pourquoi ne pas monter un projet sur plus long terme comme une association par exemple ?

Il faut voir ce problème là sous deux échelles. Tout d’abord , Allons enfants est un projet local, qui a lieu à et ne concerne que St Cloud. On espère environ 5% des voix, mais l’impact va être énorme. Cette liste montre qu’il y a un véritable désintérêt de la politique vers la jeunesse et pas le contraire. L’objectif est que dans la tête du prochain maire de St Cloud, la jeunesse soit une priorité compte tenu de la frustration qui a quand même abouti à une liste électorale. On espère qu’il prendra des idées de notre programme, que l’on aura quelques conseillers au conseil municipal. Le deuxième point est à l’échelle nationale. Bien sûr, on n’a aucune prétention, c’est un projet uniquement local. Mais, on commence à faire un peu le buzz, sur les réseaux sociaux, sur internet. C’est un vrai message d’espoir aussi : on n’est pas une génération décadente, on sait se prendre en main, on n’est pas obligés d’être ultra-politisés, d’avoir des idées préconçues. Ce qu’on veut c’est montrer que l’on faire bouger les choses et s’engager. J’espère que Allons enfants sera repris dans d’autres villes, que des jeunes recommenceront dans 6 ans à St Cloud ! Je suis sûr que ça peut avoir un vrai long terme : il faut que les maires se disent qu’il faut plus de jeunes dans les mairies.

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Source photo : allonsenfants2014.org

La municipalité actuelle est-elle au courant de votre projet ?

Oui elle est au courant. Au début elle ne nous prenait pas du tout au sérieux, et puis elle a fini par se rendre compte que l’on avait un vrai projet. Ce qui est rigolo, c’est que le programme du maire sortant est sorti il a quelques jours, et son premier point, c’est la jeunesse. On est à moitié flattés, à moitié ébahis devant tant de fourberie politique. Mais bon, c’est bien car au fond c’est un peu un de nos objectifs : que la jeunesse devienne vraiment une question de premier plan. C’est déjà une preuve qu’Allons Enfants a servi à quelque chose. Bravo à lui, et j’espère qu’il tiendra ses engagements !

Si jamais, grosse surprise, vous êtes élus. Il se passe quoi ?

Sincèrement, je n’y ai pas pensé. D’abord, on fait une belle fête. On ira au bout. Mais peut-être que je démissionnerai, peut-être que j’appellerai à voter pour quelqu’un de plus âgé… Comme une sorte de régence.

On a vu une petite vidéo qui tourne. Qu’est ce qui se fait avec au niveau de la campagne ?

La vidéo c’est le visuel de la campagne. On va faire également deux-trois réunions publiques, on va faire une soirée. La page Allons Enfants a beaucoup été vue à St Cloud, on a reçu pleins de messages d’encouragement.

Et les pulls, vous allez les porter jusqu’à l’élection ?

Je me suis engagé à le porter tous les jours. Je l’ai en quatre exemplaires, je vais pouvoir tourner !

Le mot de la fin ?

Prenez le parti de la jeunesse ! et merci pour cette interview.


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Eve Aubisse

Etudiante en première année, cursus normal.

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5 Réponses à “Allons Enfants : ou comment rajeunir la politique.”


didier
5 février 2014 Répondre

Appréciation :

il fallait bien compenser la perte du crit

Léopold
5 février 2014 Répondre

Appréciation :

Bravo pour votre engagement, c’est osé et vraiment positif, rien qu’à voir le programme du maire sortant.
Mais je me pose effectivement la question de la durabilité : si la tête de liste est élue (et si j’ai bien lu, c’est l’interwievé), ça va être assez tendu de concilier études et mandat municipal. Surtout quand il faudra partir en 3A.
Et présenter une liste pour démissionner si l’on est élu, ça me semble faire peu de cas du vote des électeurs.

Lerebour
5 février 2014 Répondre

Appréciation :

ça pue la jalousie ici

ELIANE RAJAU
8 février 2014 Répondre

Appréciation :

Bravo Pierre pour cet engagement.Tiens bon.

Eliane (Tant que le loup……..souvenirs souvenirs!!)

Caroline MONROUX
19 mars 2014 Répondre

Appréciation :

Bravo Pierre, tes idées novatrices et ton engagement te guideront vers la réussite, vive les jeunes de St. cloud, vive »allons enfants ».

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