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Allons Enfants marche sur la politique

« Hilary Clinton et Barack Obama sont partis des réseaux sociaux. » Comme les plus grands, Allons Enfants a lancé dimanche 11 octobre son propre parti politique sur Facebook et Twitter. Son ambition ? Dépasser le clivage droite-gauche, rajeunir la politique et faire élire 10 000 nouveaux conseillers municipaux étiquetés AE en 2020.

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L’aventure municipale change d’échelle

Au lendemain du succès de la liste indépendante d’Allons Enfants aux élections municipales de Saint Cloud (ayant remporté 15,4% des voix), tout laissait présager que l’histoire continue.

Sous l’impulsion de son fondateur, Pierre Cazeneuve (étudiant aujourd’hui en double diplôme HEC-Sciences Po), quinze des colistiers sont ainsi passés à la vitesse supérieure. Seuls ceux qui ne se « reconnaissaient que dans l’aspect municipal » d’Allons Enfants ont choisi de ne pas y prendre part. Par le bouche à oreille, l’ambition de créer un nouveau parti politique, loin des « dinosaures » carriéristes, a pris corps.

Pierre Cazeneuve © Lisa Briand pour Allons Enfants

Ils sont aujourd’hui 60 jeunes de 18 à 25 ans, présents dans une quarantaine d’établissements supérieurs, à travailler pour le parti d’Allons Enfants. Dont des profils classiques certes, mais pas uniquement. « Nous cherchons différents parcours et sensibilités. Nous avons des ingénieurs, des cuisiniers, des paumés… », explique Pierre Cazeneuve. 7 sont étudiants à Sciences Po.

Tous partagent la même conviction : se servir des progrès technologiques pour proposer une nouvelle alternative politique et combattre le préjugé d’une génération qui ne fait rien. Et il faut agir vite. Car même si le parti s’adresse à l’ensemble de la société civile, il faudra passer le relais 25 ans révolus.

 

Le parti du pragmatisme

D’ici deux semaines, Allons Enfants va proposer une charte d’une vingtaine de points aux candidats des élections régionales partageant ses valeurs. Le Front National ne sera donc pas de la partie. Les partis ayant signé seront « labélisés Allons Enfants » et la conformité de leur action avec la charte surveillée de près.

Ses dispositions seront « englobantes, exigeantes, mais réalisables dans chaque région. » Elles demanderont, entre autres, le non cumul des mandats, la mutualisation des transports, l’implantation d’un budget participatif et de l’aide à l’entreprenariat.

Cette charte est le fruit d’un travail de plusieurs mois ayant accordé les 60 sensibilités d’Allons Enfants, allant de la gauche la plus convaincue à la droite républicaine. Certaines idées ont néanmoins été abandonnées, comme la réduction de la part du budget octroyée aux fonctionnaires.

© Lisa Briand pour Allons Enfants

Si chacune des propositions peut être étiquetée politiquement, l’ensemble de la charte s’en préserve. Ses maîtres mots sont : simplicité, précision et pragmatisme. Le fondateur d’Allons Enfants, pour qui la politique semble déjà n’avoir plus de secret, n’hésite pas à déclarer qu’il « (aimerait) vraiment rencontrer quelqu’un qui soit contre (ses) idées et le projet. Ca serait contre le bon sens. »

 

Un audacieux pari

« A 25 ans, on ne peut pas prendre la tête d’un pays », reconnaît Pierre Cazeneuve. Comprendre que rien, en revanche, n’empêche d’avoir des idées. S’appuyant sur les réseaux sociaux, Allons Enfants compte bien devenir le vivier de la démocratie participative 2.0. En d’autres termes, ses idées doivent être celles « que les gens proposent ».

C’est en ce sens qu’une association indépendante mais affiliée à Allons Enfants, La Ruche (en allusion au bourdonnement d’idées du local de campagne clodoaldien en 2014) a mis en place une plateforme Internet où tous les inscrits peuvent proposer et consulter des projets à l’échelle locale, régionale ou nationale.

Le comité politique d’Allons Enfants reprendra certaines des propositions dans des chartes proposées aux candidats des élections législatives de 2017.

Reste que ces chartes présentent un sérieux double tranchant. D’une part car Allons Enfants risque de disposer de peu de moyens pour contrôler sa bonne application hormis « décrédibiliser » les élus qui l’auraient simplement signée. Et d’autre part car le risque d’être étiqueté politiquement pourrait bien mettre à mal le caractère apartisan du mouvement jeune. « C’est tout ou rien. Si seule la gauche ou la droite signe la charte, nous sommes foutus », avoue Pierre Cazeneuve.

Selon ses fondateurs, Allons Enfants bénéficie de nombreux soutiens populaires, notamment de la part des seniors qui voient souvent d’un œil bienveillant ce projet de rajeunissement de la classe politique.

© Lisa Briand pour Allons Enfants

Les moyens du parti demeurent néanmoins assez limités face à ses ambitions. Il dispose aujourd’hui d’un budget d’environ 10 000€, via les cotisations des membres actifs et les dons de leurs proches. Indépendance oblige, il n’est pas question d’accepter l’éventuel soutien d’enveloppes parlementaires.
A l’aube d’un projet colossal, inédit en France et sous la Vème République, Allons Enfants compte bien prouver qu’il joue dans la cour des grands. Son nom tient aussi à rappeler que le patriotisme n’est pas la propriété exclusive de l’extrême droite. Jamais la candeur et l’audace n’ont fait si bon ménage.

  • Oscar

    « Le fondateur d’Allons Enfants, pour qui la politique semble déjà n’avoir plus de secret, n’hésite pas à déclarer qu’il « (aimerait) vraiment rencontrer quelqu’un qui soit contre (ses) idées et le projet. Ca serait contre le bon sens. » »

    On a affaire à un bon là.