Et après ?

Antoine Loze, parcours d’un combattant

Antoine Loze en quelques dates :

1976 – 1979 : Sciences Po Paris, Section Service Public

1982 – 1985 : Chargé d’affaires à la Direction Moyen Terme chez Coface

1985 – 1988 : Project finance manager chez UHDE SA, France (groupe Hoechst)

Depuis 1991 : Financing vice president chez NEXTER Systems

Antoine LOZE

C’est avec modestie qu’Antoine LOZE commence notre entretien. En effet, il ne se considère pas comme un sujet captivant, et pourtant, il nous réserve bien des surprises. Entré à Sciences Po après un master de droit à Toulouse il s’oriente vers la section Service public (ancien Master Affaires Publiques) en vue des concours administratifs. Pour lui, Sciences Po est l’occasion de rencontrer des gens brillants, captivants et dotés d’une ouverture d’esprit extrêmement large. S’il a pu être surpris par la quantité de travail demandé à l’Institut relativement à la faculté, il n’en a pas moins apprécié les activités annexes tel que le Karaté ou encore les missions qu’il a effectuées pour la Fondation Nationale des Sciences Politiques. Il s’est retrouvé capitaine de l’équipe de Karaté de Sciences-Po et a porté haut les couleurs de notre école. Cependant, il me confie que les sciences-pistes ne sont pas très agressifs alors qu’au karaté on rencontre souvent des sportifs d’un naturel plus teigneux. Il nuance néanmoins son affirmation : «enfin, à l’époque ils n’étaient pas teigneux mais peut-être qu’aujourd’hui ils le sont devenus. L’élargissement du recrutement a peut-être amené des gens qui ont plus de combativité ! ». Lorsqu’on lui demande le nom de personnes connues assises à ses côtés sur les amphis du 27 il se souvient bien d’une femme qui a fait preuve d’une combativité impressionnante : Ingrid Betancourt !

S’intéressant particulièrement à la sociologie militaire, il écrit des articles sur les armements dans un magazine de défense avec ses camarades de Sciences-Po et suit en parallèle un cours de sociologie où il est amené à écrire un mémoire dont l’intitulé le fait encore sourire aujourd’hui : « cérémonialisme et ritualisme dans les unités parachutistes ».
C’est alors qu’il souhaite intégrer le milieu en pratiquant, en quelque sorte, la sociologie participative. Il s’engage donc chez les « paras » pour son service militaire. Et il ne s’arrête pas là puisqu’il s’engage dans la réserve, assumant fièrement cette citation de Churchill : « être dans la réserve c’est être deux fois citoyen». Malgré ce désir d’aventure, notre ex-capitaine de karaté se lance dans une voie qu’il avait juré ne jamais prendre : il devient banquier comme son père. « La grande question ça a été : pourquoi m’a-t-on embauché ! Je n’avais pas les compétences et peu d’expériences. La personne qui m’avait embauché m’a dit : « eh bien vous faite du karaté et moi du judo, on fera une bonne équipe ! » ». Comme quoi mes chers sciences-pistes, ne négligez pas vos relations sportives !

Il reconnaît qu’à l’époque il eût une approche relativement utilitariste : « quand j’ai trouvé un job je l’ai pris même s’il ne convenait pas parfaitement, je n’ai pas voulu laisser la proie pour l’ombre». Il postule cependant assez rapidement à la COFACE, une compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur, créée par les services publics français en 1946 pour relancer les exportations. En effet, la COFACE est spécialisée dans l’assurance-crédit et couvre le commerce contre les risques de guerre et l’instabilité politique. Par exemple, dans les relations commerciales entre la France et l’Iran, lorsque le Shah est renversé et que les nouveaux dirigeants ne reconnaissent pas les dettes passées, la COFACE assure son remboursement. Ce qu’évidemment aucune assurance privée ne faisait jusqu’alors! Ceci permet à Antoine Loze de s’intéresser au suivi juridique et financier des contrats. Alors qu’il travaille dans un bureau à Paris rue Marbeuf – qui a tout de même été secoué par un attentat attribué à « Carlos » le 22 avril 1982 – il est toujours rongé par son désir d’aventures et se tourne vers des dossiers où il est amené à travailler sur le terrain, notamment en Algérie et en Europe de l’Est… C’est à cette époque qu’un chasseur de tête vient à sa rencontre pour qu’il participe à la création du groupe d’armement NEXTER. Il nous livre ses impressions et son expérience: « Je suis dans cette société depuis 91 et je ne m’ennuie jamais car on change toujours de sujet. C’est un job passionnant car en travaillant sur les ventes d’armement, non seulement on touche aux aspects financiers et juridiques mais aussi aux relations internationales de la France. L’influence de l’Hexagone s’exerce aussi bien au travers de ses ambassadeurs, de sa culture que par l’utilisation d’armement français qui resserre les liens avec les pays concernés. » En entrant dans cette entreprise les similarités avec son domaine d’étude à l’IEP le frappent : « c’était pour moi une mission de service public ! » On se demande alors si notre aventurier frustré y a trouvé sa dose d’adrénaline. Il nous le garantit puisque dans ce métier de l’armement où règne une concurrence féroce, il y a bien des adversaires qui ne lésinent pas sur les moyens pour mettre hors-course leurs concurrents. Ainsi, il nous fait part une confidence : « J’ai travaillé pendant longtemps sur un projet avec les Emirats Arabes Unis, on a négocié pendant deux ans pour un contrat qui a quand même fait 3,6 milliards de dollars, ce qui à l’époque était l’un de nos plus gros contrats. On changeait d’hôtel tous les jours et on se baladait dans nos chambres avec un détecteur de micros. On interdisait aux personnes de notre équipe de sortir dans la rue de peur qu’elles soient sérieusement embêtées. On travaille en vase clos, il y a une ambiance de paranoïa majeure. Il est donc courant que nous communiquions avec des codes. » Des codes qui font d’ailleurs sourire ceux qui les emploient. Il conclue ainsi avec humour : « La vigilance reste de mise dans ce métier. Ça se distingue de vendre des bicyclettes ou des machines à coudre » Dans cette société dirigée par un camarade de Sciences Po – Philippe Burtin (diplômé d’HEC et de l’IEP en 77) – on ne trouve cependant que 5 ou 6 sciences-pistes, regrette M. Loze. Il me confie ainsi qu’il est à la recherche d’un stagiaire et serait ravi qu’un de nos étudiants le rejoigne. Avis aux masters à la recherche d’une expérience professionnelle forte!

Antoine Loze revient sur ses souvenirs de Sciences Po qui reste pour lui « un creuset d’intelligence et de curiosité intellectuelle ». Ainsi, pour lui, ses années à l’IEP furent une expérience extraordinaire même si un des moments qui l’ont marqué reste pourtant mitigé : « Je me souviens avec humour des cours de Roger-Gérard Schwartzenberg : un play-boy d’une part et d’autre part le vice-président des radicaux de gauche qui me faisait bien rire car dans ses cours toutes les filles étaient béates d’admiration devant ce type qui ne racontait que des fadaises. Alors qu’à mon avis c’était une tête à claque ce type là. »

Finalement il nous livre quelques conseils pour notre entrée sur le marché du travail : « gardez les pieds sur terre car le problème des écoles élitistes, c’est le risque d’avoir des élèves qui sortent avec des chevilles qui gonflent… Il faut être humble. On est confronté à des gens d’autres pays. Concurrence dont nous ne sommes pas sûr de sortir les plus forts car on fait face à des personnes qui se battent pour survivre et dans ce genre de combat rien ne prouve que nous soyons mieux placés.» Fidèle à son image il conclut avec cette comparaison : « la vie du business c’est un peu comme un match de boxe où ceux qui vivent dans leur confort doivent faire face à ceux qui viennent de la rue et sont prêt à en découdre ».

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