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Associations permanentes : leurs jours sont-ils comptés ?

A la rentrée 2018 le campus de Reims devrait accueillir la majorité des effectifs du Collège universitaire. Les détails manquent mais les cinq associations associations permanentes de Sciences Po s’inquiètent déjà de leur avenir, pour le moins incertain.

Un manque d’information criant

Dès septembre 2018, le volume d’étudiants en première année sur le campus de Paris passera de 800 à 450 environ. De son côté, le campus de Reims accueillera 1600 étudiants du Collège universitaire. La vie étudiante parisienne, et notamment les associations permanentes, s’en trouveront directement transformées.

« L’Association Sportive va être bouleversée en profondeur, mais nous n’avons pour l’instant aucune information précise pour anticiper cela sereinement », regrette Louis Boulay, son président.  Même son de cloche du côté de Marie le Goff, Présidente de Sciences Po Environnement, dont la demande de « clarifications pour gérer l’association sur le moyen terme » est restée vaine. Les responsables des associations permanentes déplorent, de manière unanime, le « manque de transparence » et de « consultation » sur la question.

Le campus de Reims ©The Sundial Press

Le campus de Reims ©The Sundial Press

D’après le Directeur de la Vie universitaire, la raison de ce silence est simple : le sujet n’est pas du tout à l’ordre du jour. « Bien entendu, la DVU sera partie prenante pour piloter ces évolutions », explique Andreas Roessner. « Nous commencerons à travailler sur ce dossier à la rentrée 2016. Il nous faut d’abord franchir deux étapes préalables : mettre en place le nouveau règlement de la vie étudiante, qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine, et rétablir le financement par dotations annuelles pour les associations permanentes. »

Toutefois, Andreas Roessner n’a pas su nous donner plus de précisions concernant les modalités exactes du « transfert » vers Reims. Le projet ne serait-il pas encore défini ? « En discutant avec Bénédicte Durand (ndlr : Doyenne du collège universitaire) en novembre dernier, le projet semblait clair. Toutefois, les modalités et les échéances de ce transfert ne semblent pas partagées avec les autres services, d’où un sentiment de flou sur la question », observe pourtant Thibault Quere, Président de Junior Consulting.

Contactée par La Péniche, la doyenne de la Vie Universitaire énonce les grandes lignes du projet. “Nous construisons l’acte II du Collège Universitaire, visant à établir des identités propres pour chaque campus. Celles de Paris et de Reims sont en cours de définition, nous communiquerons plus clairement là-dessus à la rentrée 2016”. S’il est “encore trop tôt” pour aborder des logiques chiffrées précises, Bénédicte Durand annonce que la transition sera progressive. “Reims accueillera un millier d’étudiants à la rentrée prochaine, environ 1200 en 2017, et 1600 à terme en 2018. Cela correspond à la hausse d’étudiants en première année et en échange choisissant ce campus.”

Un BDE parisien voué à disparaître ?

Pour Charlotte Lang, Présidente du BDE 2015-2016, la diminution du nombre d’étudiants en monocursus entraînera probablement la disparition du BDE parisien. « Les bicursus ayant leurs propres associations, tout comme les masters (AMAP, Asso Finance, Asso com’…), il n’y aurait plus vraiment de pertinence à ce qu’un BDE leur fasse doublon », estime la jeune femme. « Le campus parisien aura toujours besoin d’un BDE, même s’il faut le repenser en fonction du nouveau contexte », nuance toutefois Andreas Roessner.

Charlotte Lang se montre avant tout préoccupée par l’organisation du Gala. « Les autres événements seront simplement repris par le BDE de Reims. Mais le Gala à Paris est une soirée extrêmement coûteuse dont le financement (95% par le BDE, 5% grâce au sponsoring et subventions) se travaille assidûment sur toute l’année ». Si la Présidente du BDE évoque bien l’idée de créer une association dédiée à cet événement, il serait d’après elle « très difficile d’atteindre ainsi les objectifs financiers nécessaires. »

Une recette gagnante à réinventer pour le CRIT

Si la disparition de l’Association Sportive n’est pas à craindre, les évolutions des années à venir pourraient bien ébranler le bastion parisien. « Nos résultats sportifs de haut niveau sont possibles grâce à la mixité intergénérationnelle à l’intérieur des équipes. Le mélange entre le dynamisme des 1A, la transition assurée par les 2A, et l’héritage des Masters va sûrement s’en trouver fragilisé ». Les championnats universitaires, mais aussi le CRIT se trouvent ainsi au premier rang des événements directement touchés.

Célébration de la victoire de Sciences Po Paris au CRIT 2016 ©AS Sciences Po

Frédéric Mion célébrant la victoire de Sciences Po Paris au CRIT 2016 © AS Sciences Po

Pour pallier à cette fragmentation géographique, le Président de l’AS envisage la création d’une fédération des AS de campus, afin de constituer des « équipes inter-campus ». Il faudrait néanmoins disposer des moyens nécessaires pour permettre des entraînements communs. « La direction de Sciences Po doit comprendre que le développement du sport est un enjeu vital pour le pouvoir d’attraction de notre école, notamment vis-à-vis des internationaux », insiste Louis Boulay. « Un soutien logistique et financier pour maintenir des équipes compétitives au plus haut niveau est primordial. »

L’adaptation naturelle de Sciences Po Environnement

Du côté de Sciences Po Environnement, Marie le Goff regrette aussi la « perte de synergie » entre les générations. « Nos équipes, très partagées entre Masters et Collège U, devront être plus efficaces pour être proactives sur les deux campus, et rester des forces de propositions fortes auprès de l’administration de Sciences Po. » La Présidente de SPE craint notamment que certains projets parisiens, comme le potager, manquent de bras. « Il faudra impliquer davantage les doctorants, les chercheurs, le personnel pour continuer de concerner un maximum de personnes sur le campus. »

Une branche autonome de Sciences Po Environnement existant déjà à Reims, la jeune femme ne doute pas que le renforcement de leur rôle s’y fera naturellement. La coopération entre les deux campus devrait être renforcées, à l’image du Challenge Café Panda remporté cette année grâce à l’association des différents campus. « L’environnement régional de Reims nous permettra aussi de penser d’autres projets, comme des visites de fermes biologiques « , s’enthousiasme la Présidente de SPE. Néanmoins, « le campus de Paris, en tant que vitrine de l’école, demeure un lieu stratégique pour l’intégration de politiques environnementales plus ambitieuses. »

La Junior Consulting peu impactée

De son côté, Junior Consulting, s’adressant essentiellement aux Masters –qui composent 80% des équipes- devrait être beaucoup moins affectée par la diminution des effectifs parisiens du Collège universitaire. En revanche, cette évolution invite à réfléchir aux moyens de mieux intégrer et développer JC sur les campus. Et donc à se tourner davantage vers un public de Collège Universitaire. « Un challenge intéressant », estime Thibault Quere, son président.

Des antennes de Junior Consulting existent déjà à Reims, Nancy et La Havre. « L’intérêt pour Sciences Po est que les associations permanentes soient présentes à terme sur tous les campus pour leur offrir des éléments communs de vie universitaire », précise le jeune homme. « Mais les campus ne représentent pas d’intérêt économique pour nous : 90% des clients se situent à Paris. On souhaite donc développer le côté associatif, en trouvant une formule moins axée sur le conseil et plus tournée vers l’éveil à l’entrepreunariat et au monde professionnel. »

L'équipe parisienne de JC Paris en visite à Reims en février 2016 ©Junior Consulting

L’équipe parisienne de JC Paris en visite à Reims en février 2016 ©Junior Consulting

 

Le BDA fragilisé mais toujours créatif

Pour le BDA, l’essentiel des efforts consistera à rendre solide une structure interne ne reposant plus que sur l’engagement associatif des étudiants en quatrième année. « Il sera difficile d’acquérir en peu de temps une bonne connaissance de l’association », explique Mona Oiry, Présidente du BDA. « La gestion sera plus délicate en terme de recrutement, de continuité et de cohérence des événements. » Pour favoriser la transition, le BDA compte établir une communication avec son homologue rémois, totalement indépendant, pour envisager un transfert de compétences et de partenariats. 

Néanmoins, Mona Oiry ne doute pas que l’évolution sera à terme « positive ». Pour s’adapter, la jeune femme pense que le BDA devra développer davantage les événements impliquant de fortes responsabilités afin d’attirer des Masters en quête de « professionnalisation ». « Nous pourrons aussi consacrer plus de temps au développement de projets créatifs, notamment aux spectacles vivants et à la musique », se réjouit la Présidente du BDA. « Une chorale –Souls- s’est montée récemment, il y a une forte demande de ce côté-là. » Enfin, en ciblant ce nouveau public, le BDA envisage de se détacher d’avantage du cadre de Sciences Po pour se rapprocher d’autres écoles parisiennes et « monter des projets avec d’autres associations culturelles ».

Début d’une nouvelle ère

A quelques mois de la mise en place d’une réflexion concertée sur l’avenir de ces associations, les premières pistes d’adaptation se dessinent déjà. Malgré leurs inquiétudes, certains entrevoient les avantages présentés par le campus de Reims pour la vie étudiante. « Ce changement peut être fécond, profitons-en pour en faire un tremplin vers quelque chose de nouveau », conclut Mona Oiry. Avec la divulgation de l’Acte II du Collège Universitaire et la mise en place d’un nouveau règlement pour la vie étudiante, la rentrée 2016 sera à suivre avec attention.  Les prémisses de cette nouvelle ère associative seront d’ailleurs visibles dès septembre, avec la mise en place d’un local commun dédiée aux associations permanentes dans la cafétéria du 27.