Au cœur de la politique allemande, un campus aux couleurs de l’Europe

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Les élections législatives allemandes, décisives non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’Union européenne, ont rassemblé, dimanche 22 septembre 2013, des étudiants de toutes nationalités pour suivre en direct les évènements qui ont fait de l’Allemagne définitivement une « Merkel-République », d’après le magazine allemand Der Spiegel. Récit d’une soirée remplie de débats, de politique, d’analyse et de suspens ; non seulement – à l’image d’un campus aux couleurs de l’Europe – autour de la première puissance économique européenne.

 

Par Guillaume Krempp et Yann Schreiber

L'Allemagne, l'Europe - un unique destin ? / crédit photo : Sciences Pho

L’Allemagne, l’Europe – un unique destin ? / crédit photo : Sciences Pho

Tout est encore possible, en Allemagne : alors qu’Angela Merkel et son parti CDU/CSU sont sortis comme clairs vainqueurs des élections législatives avec 41,5% des votes (25,7% pour le SPD, 8,6% Die Linke, 8,4% Verts, 4,8% FDP, 4,7% AfD), place maintenant au jeu des coalitions. Ayant perdu son partenaire préféré, les libéraux (FDP), l’ancienne nouvelle Chancelière devra composer avec le SPD ou les Verts, alors qu’il ne lui manque que cinq sièges pour la majorité absolue. La grande coalition avec les Socio-Démocrates s’impose-t-elle ? De nombreuses voix conservatrices argumentent pour une telle coalition, dès lors que le Bundesrat est dominé par des Länder à dominante SPD. Horst Seehofer, tout juste élu à majorité absolue en Bavière, est particulièrement réservé envers une coalition avec le parti écologiste, même si les programmes politiques entre CDU/CSU et Verts convergent de plus en plus. « Le gouvernement allemand doit être un gouvernent stable », tel l’unisson des dirigeants politiques. On attendra donc avec impatience le congrès du SPD vendredi, qui définira de plus près le réel résultat de ces élections qui ont pourtant été suivi partout en Europe, et notamment au campus européen franco-allemand à Nancy.

 

Des politiciens en herbe ?

Les élections législatives provoquent ici une effervescence sûrement proche des Quartiers Généraux des différents partis en lice à Berlin. Plus de cent personnes sont présentes dès 16 heures pour suivre à la minute près le déroulement de l’événement qu’attendent depuis un peu plus d’un mois les Allemands, mais en général l’Union européenne et ses membres, avec une impatience non dissimulée. 

Après un discours d’introduction du directeur du campus, M. François Laval, les Projets collectifs UNAN, Eurocosmos et Debating Society livrent un débat sur les thèmes du travail et de la famille, de la politique économique ainsi que de la politique étrangère. Les partis de la CDU/CSU, SPD, Grünen, FDP et Die Linke sont représentés par des membres des projets.

Ainsi on entendra l’acteur prenant le rôle d’Angela Merkel dire « Vous me connaissez déjà », un des arguments majeurs de la CDU pendant les élections. Le représentant social-démocrate, ainsi que celui du parti Die Linke et des Grünen martèlent leur ambition d’instaurer un salaire minimum universel indépendant des secteurs. Concernant la politique économique, la rhétorique conservatrice-chrétienne est la même : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes, ils sont difficiles à réfuter. » Ils ont un sourire narquois au coin des lèvres. Le fictif Peer Steinbrück tente de faire oublier qu’il a lui-même été ministre des Finances en prônant un changement complet dans ce domaine, une solidarité accrue en Europe ou encore la lutte contre la fraude fiscale.

Le réalisme de la présentation est poussé à son paroxysme lorsque la conversation entre les fictifs candidats de la SPD et de Die Linke tourne à la dispute. Die Linke accuse le parti social-démocrate de ne plus trouver sa place à gauche ce qui semble mettre son homologue hors de lui ; l’affrontement verbal est rapidement interrompu par le modérateur. Le candidat CDU profite du comique de la situation et souligne qu’il est bien étonnant que deux partis de gauche aient autant de mal à s’accorder.

 

Simulation et micro-trottoir

Tout au long de ce débat, un rétroprojecteur assure une retransmission en direct des événements : on apprend ainsi aux alentours de 17h30 que la participation électorale est en hausse, que le parti europhobe Alternative fürDeutschland (AfD) atteindra entre 4% et 6% ; l’inquiétude est déjà visible dans les yeux de tous alors qu’un tweet du journal Der Spiegel, relayé par les journalistes du Parvenu, le journal du campus, dans un live-blog, annonce : « Aujourd’hui, tout est encore ouvert ».

Après le débat, les élèves se pressent au bureau de vote pour une simulation des législatives allemandes. Digne d’un campus européen, le scrutin est ouvert à toutes les nationalités. Une heure plus tard, le résultat est, lui, moins réaliste que le débat précédent : la majorité des votes, 35% environ, est accordée aux Grünen.

La queue pour voter lors de la simulation / crédit photo : Sciences Pho

La queue pour voter lors de la simulation / crédit photo : Sciences Pho

S’ensuit la présentation du travail réalisé par le Projet collectif « laboratoire de Sociologie politique » en coopération avec « Court, Mais Trash ». Un reportage micro-trottoir montre la méconnaissance globale des élections législatives allemandes auprès des Nancéens. De plus, les Nancéiens voient Peer Steinbrück comme « celui qui fit un doigt d’honneur dans les médias ». Enfin, les réponses des passants viennent démentir la pensée selon laquelle les Français envieraient les Allemands : lorsque la question leur est posée, ils font systématiquement référence aux minis-jobs, à l’absence de salaire minimum ou l’absence de protection sociale.

 

Au cœur de l’actualité politique allemande

La salle attend les résultats des élections / crédit photo : Sciences Pho

La salle attend les résultats des élections / crédit photo : Sciences Pho

À 18h, les premières estimations tombent : la surprise vient de l’AfD et de son score juste en dessous de la limite requise des 5%. Néanmoins, elle n’entrera finalement pas au Bundestag. Une très grande tension ressort de ces résultats qui sont, à ce moment-là, encore suffisamment serrés pour laisser le jeu ouvert.

L’analyse du directeur du campus, François Laval, permet de comprendre l’ampleur du danger que représente le parti AfD. « Si ce parti obtient les 5%, les conséquences sur les élections européennes seront très négatives. Les électeurs issus des pays souffrant de graves difficultés depuis la crise se diront que si l’Allemagne elle-même, économie la plus prospère de l’Union Européenne, contient dans son parlement des forces europhobes, alors il doit forcément y avoir un problème avec l’Union européenne. ». Paula Herm, maitre de conférences en droit international, donne elle aussi des perspectives d’avenir quant à la politique allemande : c’est plus la coalition que le simple résultat aux élections qui sera déterminant.

À 20h, les nouvelles estimations se veulent plus rassurantes, notamment quant au parti europhobe, au centre de tous les esprits.

Après ce bref soulagement, ce sont désormais les estomacs qui grondent et le Projet collectif Cuisine arrive parfaitement à temps pour satisfaire nos papilles. Les « spätzle », la choucroute, les « knacks » et les quelques fricadelles achèvent d’abolir la distance qui nous sépare de l’Allemagne.

 

Le sport fédérateur européen ?

Alors que les résultats de 22 heures se font attendre, les fans de sport se retrouvent dans l’amphithéâtre Vienne pour assister à la finale de basket-ball entre la France et la Lituanie. La soirée est donc l’image parfaite du campus européen franco-allemand dans lequel elle prend place. L’amitié franco-allemande trouve en effet encore une fois une illustration des plus banales, mais aussi des plus belles : tout l’après-midi, les Français comme les Allemands assistaient au déroulement des élections législatives allemandes ; à partir de 20h45, Allemands comme Français observent et soutiennent l’équipe de France dans leur combat pour le titre de champion d’Europe face à la Lituanie.

Peu avant la diffusion définitive des résultats, chacun regardera une dernière fois les pronostics observant avec un soupir de soulagement que l’AfD n’ira pas au Bundestag, observant que la CDU/CSU et Angela Merkel n’auront pas la majorité absolue sans coalition, observant une dernière fois que tout (ou presque) reste possible en ce qui concerne le futur gouvernement allemand…

 

Le live-blog du Parvenu tout au long de la soirée : http://btwlive.leparvenu.net

Tous les articles du Parvenu sur l’Allemagne : http://allemagne.leparvenu.net

Retrouvez le micro-trottoir sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=Tnp36aSXfvE


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Rédacteurs sur le campus de Nancy.

Une réponse à “Au cœur de la politique allemande, un campus aux couleurs de l’Europe”


Louis-Alexandre
25 septembre 2013 Répondre

Un article très agréable à lire et très intéressant ! Une question simplement : combien a fait l’Afd lors de la simulation ?

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