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Auto-édition : le renouveau du livre ?

Un article écrit par Malo de Branquilanges, étudiant en Master 2 à Sciences Po Paris

Vous écrivez, avez écrit, avez envie d’écrire ? J’imagine que oui, pour un certain nombre d’entre vous. C’est pourquoi on s’intéresse aujourd’hui à l’auto-édition, souvent mal connue et qui pourtant peut être une alternative intéressante à l’édition classique pour diffuser vos gribouillages. Pourquoi je vous en parle : je suis étudiant à Sciences Po et auteur auto-édité sur Amazon.

J’ai commencé par essayer de prendre la voie de l’édition classique : on peut le dire d’emblée et sans discussion, c’est toujours la voie royale. Il reste une différence majeure entre l’auto-édition et l’édition à compte d’éditeur : le label. Personne, autre que l’auteur lui-même, ne prend de risque dans l’auto-édition, personne ne choisit le livre parmi des centaines de manuscrit et décide d’y apposer sa marque. C’est pourquoi l’auto-édition n’a pas cette garantie de confiance que peut chercher un public qui n’a pas le temps de (tout) lire et qui se voit présenter des dizaines de nouveaux romans en permanence. De fait, la critique institutionnelle s’intéresse peu  à l’auto-édition. Pourtant, nonobstant ces évidents désavantages, l’auto-édition peut être une voie intéressante. Mais en quoi consiste exactement cette pratique ? Et surtout, comment s’y prendre pour être auto-édité ? 

L’auto-édition, comment ça marche ?

Comme je l’ai indiqué précédemment, je me suis d’abord tourné vers les maisons d’édition classiques. Qu’elles soient petites ou grandes, elles m’ont pour la plupart répondu par le biais de mails de refus pré-rédigés. Je me suis donc renseigné, examinant les solutions alternatives.

Il y a l’édition à compte d’auteur, c’est-à-dire une “ maison d’édition ” qui prend en charge le côté technique de l’impression et une (souvent faible) diffusion, contre un investissement financier de l’auteur, de plusieurs milliers d’euros. Le problème : aucune prise de risque de la part de l’éditeur. Donc aucune confiance gagnée, ce qui nous renvoie au problème de l’absence de label. Pas de risque, pas de crédit !

Alors, j’ai regardé du côté de l’auto-édition. Grâce à Amazon, et d’autres plateformes proposant des services identiques, il est possible de proposer son livre en format numérique et papier. Le livre est à concevoir soi-même, mais la plateforme KDP ( Kindle Direct Publishing, la société d’auto-édition d’Amazon, ndlr ), facilite très grandement le processus. Ensuite, le livre numérique est mis en ligne et téléchargeable, tandis que la version brochée est imprimée à la demande. Bilan : on la reçoit à la même rapidité qu’une commande classique Amazon.

L’avantage ? Aucun investissement à la base de la part de l’auteur. J’ajoute que le rendu est de bonne qualité et tient la comparaison avec un livre professionnellement conçu. La suite de l’histoire ? Evidemment, aucune promotion n’est assurée par Amazon. Il faut tout faire soi-même, mais j’ai pu découvrir qu’une communauté très active d’auteurs indépendants et de blogueurs existait là-dehors, et qu’il était donc assez facile de voir son livre chroniqué par des blogueurs, par exemple. En somme, j’ai été plutôt heureusement surpris par la facilité du processus.

Quelles perspectives pour la littérature ?

L’auto-édition, ce n’est pas seulement s’éditer soi-même. En réalité, l’auto-édition en tant que telle et le numérique ouvrent des perspectives nouvelles pour la littérature en général.

D’abord, parce que les éditeurs ont, naturellement, un impératif de vente, et donc de marketing. En d’autres termes, un livre pour se vendre et par extension pour être retenu par un éditeur doit pouvoir être résumé en une phrase. J’exagère (un peu) bien sûr. C’est tout de même ce qui ressort de mes échanges avec d’autres auto-édités, et des conclusions des observateurs du phénomène : l’auto-édition offre une liberté littéraire moins soumise aux genres, sous-genres et catégories diverses de livres. L’auto-édition pourrait alors offrir une plus grande diversité d’écritures et devenir moteur de la création artistique.

Ensuite, plus radicalement, le numérique peut changer l’objet livre. Plus précisément, il peut transformer le livre papier, univoque, en une oeuvre pluri-artistique. Livres audio, inclusion de vidéos, images, sons, livres enrichis ou augmentés, oeuvres crosscanal, etc. Bien que ces nouveaux modes de création du livre peinent en réalité à décoller, à l’exception de la stricte retranscription du livre en audio, nous pourrions être au commencement de l’exploration de nouveaux champs autour du livre. La littérature pourrait être moins seule, moins séparée des autres arts, dans les années à venir. Là encore, si le support est numérique, le phénomène est lié à l’auto-édition. D’abord parce que celle-ci est souvent très tournée vers le numérique, ensuite parce qu’une telle démarche représente une prise de risque à laquelle les maisons d’édition ne sont pas prêtes à consentir.

Bilan d’un étudiant auto-édité

Quel bilan pour mon expérience dans l’auto-édition ? Il y a évidemment des inconvénients, et vous devez être préparés à y passer du temps ! Vous le savez désormais : le principal obstacle est le manque de label, et donc de crédibilité. La maison d’édition apporte une réputation que l’auto-édition n’est pas en mesure de fournir. Ensuite, il est très difficile de proposer vos livres en librairie, parce que les libraires se fournissent via des canaux de diffusion sur lesquels les auto-édités ne sont pas présents. En conséquence, la seule solution est de proposer vous-même directement à des libraires votre livre. Or, une obligation réglementaire de marge de 30% en librairie peut rendre compliquée la manoeuvre, puisqu’il faut que votre marge représente plus de 30% du prix du livre…

A côté de ça, je vous rassure, beaucoup d’avantages : une très grande facilité d’accès, la complète mainmise sur toutes les étapes de développement de votre projet, donc une grande liberté, l’opportunité d’échanger avec blogueurs, journalistes, auteurs…

Finalement, l’auto-édition ne sonne pas le glas de l’édition classique. Cependant, elle représente à mon sens une étape intermédiaire, qui peut s’avérer très intéressante, et qui serait un tremplin vers l’édition traditionnelle.

Alors, si vous avez un ou des manuscrits dans vos placards et disques durs, n’hésitez plus !