Littérature

Babeth la première et Loulou le quatorzième font encore parler d’eux

Aime t-on encore l’Histoire à Sciences-po ? Je l’espère. Et maudit soit celui qui ne ressent rien à l’écoute des récits de ceux qui ont fait le monde tel qu’il est. Pour Noël, l’Histoire avec un H gigantesque s’invite dans nos médias et depuis ma petite capitale irlandaise j’ai tout vu en avance alors je vous prédis l’avenir : érudits, érudites, historien confirmés et néophytes, voici deux grandes sorties à ne pas louper.Quand les historiens rencontrent la grande distribution, on n’obtient pas nécessairement que du Berstein & Milza… Bientôt sur vos écrans ‘Elizabeth, the Golden Age’ de Shekar Kapur et dans vos librairies ‘Love and Louis XIV’ de Lady Antonia Fraser.

Ces deux nouveautés reviennent sur des passages obligés de l’Histoire moderne.

On avait laissé Elizabeth dans le premier volet de ses folles aventures qui se présentaient comme suit : ‘Declared illegitimate aged 3. Tried for treason aged 21. Crowned Queen aged 25. Elizabeth, the Golden Age, est le deuxième volet de la trilogie consacré à la vie Elizabeth Ière. Il s’agit de la deuxième partie de son règne, quand les Protestants l’acceptent comme l’héritière du trône de sa sœur mais que les Catholiques la traitent comme une bâtarde hérétique, usurpatrice du trône de l’héritière officielle, sa cousine, Marie Stuart, qu’elle retient prisonnière. L’affiche du deuxième opus annonce la couleur : ‘Woman, Warrior, Queen’ avec une triple intrigue. Doit-elle ou non se débarrasser de la cousine catholique qui excite l’ardeur des Catholiques, doit-elle ou non prendre le risque de se mettre à dos Philippe II d’Espagne et son Invincible Armada et puis aussi doit-elle ou non mettre dans son lit Sir Walter Raleigh, parce que bon d’accord il est très mignon mais d’une part tout le monde croit qu’elle est vierge et d’autre part elle a une guerre civile à régler ?

Louis XIV lui n’avait pas ce genre de considérations. ‘Love and Louis XIV’ revient sur les secrets d’alcôve du Roi Soleil qui n’étaient pas tellement des secrets puisqu’il reconnaissait ces bâtards à tour de bras. Sa mère, sa femme et toutes ces maîtresses et même ses « coups d’un soir », en bref toutes les femmes de sa vie ont leur place dans cette ouvrage. C’est une façon inédite de découvrir la vie vue et revue de Louis XIV qui ne s’attarde pas trop sur les guerres, les réformes et les politiques über-compliquées mais plutôt sur les potins, les scandales, les arts et le faste de la Cour et le revers de la médaille, les déchéances des courtisanes et les duels pour sauver l’honneur. Bienvenue au XVIIème siècle, où si la drague est un brin plus sophistiquée qu’aujourd’hui, l’amour a toujours les mêmes règles.

Ces deux nouveautés sont des succès annoncés.

Le premier volet ‘Elizabeth, the Virgin Queen’ sorti en 1998 n’avait pas rencontré un succès aussi phénoménale en France qu’outre-Manche, honte aux Français qui n’ont pas vu venir l’éveil d’une actrice aujourd’hui mondialement reconnue : Cate Blanchett (sans doute parce qu’en français son patronyme sonne un peu comme un nom de chèvre, mais c’est pas sa faute.) La Galadriel du Seigneur des Anneaux, la femme torturée de Chroniques d’un scandale ou l’agonisante victime de Babel, a bien assez de majesté et de tempérament pour interpréter l’inflexible Reine Vierge. Dans le premier opus, elle donnait la réplique à un casting appétissant incluant Joseph Fiennes, qu’on connaît comme Shakespeare dans Shakespeare in Love mais aussi Fanny Ardant, Vincent Cassel et même Eric Cantonna, absolument pas crédible et donc remarquable dans le rôle de l’ambassadeur français. Et bien croyez le ou non, le casting du deuxième opus relève le défi du premier. On trouve autour de la belle Cate Geoffrey Rush, Jordi Molla (un beau spécimen espagnol), Abie Cornish (petite poupée australienne) mais surtout Samantha Morton, star montante British reconnue en Grande-Bretagne. On l’on a vu entre autre dans Minority Report. Grande comédienne habituée au registre shakespearien, elle entre dans le cercle fermé de ces actrices qui ont interprété la Reine déchue (d’Écosse, visiblement vous n’avez pas vu la pièce) qui comptait jusqu’à maintenant Marie Fuller, Elizabeth Hepburn, Barbara Flyn, Isabelle Adjani et donc Florence Foresti et bientôt Scarlett Johansson, (enfin touchons du bois, le film est encore en projet). Samantha Morton s’en sort vraiment bien, ajoutant à ce film d’action une délicate touche tragique qui nous arrache des frissons. Enfin pour attirer le public féminin, Clive Owen est de la partie dans le rôle de celui qui court après la reine vierge (il est pas dégoûté ? Faut voir les kilos de farine qu’elle se colle sur la gueule…enfin bon les goûts et les couleurs…) Pour info Clive Owen jouait dans Closer, mais ça tout le monde est au courant. Si on ajoute à ce très bon casting des moyens faramineux et des décors et costumes absolument sublimes, on atteint déjà un bon mélange. Ajoutons encore la vraisemblance historique du tout et la beauté du langage de l’époque et on obtient un must.

En ce qui concerne ‘Love and Louis XIV’, c’est sur qu’il s’adresse à un public plus restreint, un public qui a le temps de se manger quelques 500 pages. Mais ça va il y a des images. Et puis il y a le cachet de Lady Antonia Fraser. Lady Antonia Fraser on la connaît tous mais peu le savent. C’est elle qui a écrit la biographie de Marie-Antoinette dont l’adaptation cinématographique a été réalisé par Sofia Coppola il y a deux ans. Les mécréants avaient à l’époque reproché à Mademoiselle Coppola d’avoir bien trop modernisé la vie de l’Autrichienne mais c’est Lady Fraser qu’il faut blâmer. Ou plutôt remercier. Car elle a réinventé le concept de la biographie historique en le rendant bien plus moderne, plus romanesque en se collant néanmoins toujours à la vérité et en vérifiant chaque minuscule information. Un travail d’orfèvre qui nous fait redécouvrir Versailles à travers l’amour, les Français étant toujours friands de la vie intime de leurs chefs d’état. Aucun doctorat n’est réclamé pour comprendre ce livre, chaque personnage étant décrit et replacer dans le contexte, ce n’est pas un vaste brouillard, bien au contraire c’est rafraîchissant de clarté.

Voilà. Interdiction de louper ces deux grandes sorties. Elizabeth, l’âge d’or sortira pour Noël et Love and Louis XIV que l’on trouve déjà en Anglais est en cours de traduction mais ne devrait pas tarder.

Levons nos verres à Babeth et Loulou, deux stars qui plusieurs siècles après leur mort ont encore leur place dans le hit parade !

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  • hello !b "enfin touchons du bois, le film est encore en projet" : certaines parenthèses en disent + que tout le rete 🙂 merci pour tonn billet ! toujours un plaisri de te lire.

  • charles dQdVdH

    Dear Cyrille si Clive Owen avait pu rester de l’autre côté del’Atlantique le film aurait certainement perdu en humour : ces pathétiques anecdotes et cette romance niaise m’ont fait plus rire qu’autre chose. En ce qui concerne les catholiques je reconnais bien bien là ton ignoble subjectivisme elizabethain….

  • Cyrille

    Allons, Charles, je suis sûr que tu as frissonné à écouter Clive Owen raconter les angoisses de la traversée transatlantique et la joie de crier "Land !".
    Personnellement, j’ai trouvé le film un brin grandiloquent. Mais les Espagnols sont formidablement peints : le cliché murs-suintants-teints-fiévreux-lumière-tamisée vaut le détour. Et, bien sûr, Cate Blanchett. Ah… Cate Blanchett… Bref, un bon film du samedi soir.

  • J’ai aimé ce nouveau film (Elizabeth, The Golden Age) beaucoup plus que le dernier (le sujet de la guerre avec l’Espagne et Mary Stuart est beaucoup plus passionnant), mais je le trouve quand-même assez infidèle à l’histoire. Beaucoup mieux c’est le quasi documentaire produit par HBO, dont Hellen Mirren joue le rôle d’Elizabeth.

  • Charles

    j’avoue que c’est un brin manichéen tout ça. Et le Walter il m’a profondement agacé avec ses airs d’américain moyen il a sa place a wisteria lane par a la cour. Pas pour rien qu’il se passionne pour le nouveau monde c’est un beauf en puissance.

    Pour ceux que ca interesse (personne) la phrase que dit Marie Stuart à son bourreau et qu’on entend pas est "I forgive you with all my heart for now, I hope, you shall make an end of all my troubles."

    c’est pas mal….

  • Valentine

    J’ai beaucoup aimé le film. Le seul détail réellement kitsch étant le côté cinglés/sanguinaires que l’on colle aux catholiques, à grands coups de cryptes, tenture rouge qui dégouline sur les visages et voix flippantes.

  • Marion

    J’ai pu aussi voir Elizabeth outre-atlantique et j’ai pas adore… le realisateur a voulu faire quelque chose d’artistique mais cote scenario on se perd parfois dans les differentes intrigues. J’ai largement prefere le premier opus. Par contre il est clair que Cate Blanchett et clive Owen sont tres bons. Mention speciale aussi a celui qui interprete le roi d’Espagne qui m’a bien fait flippe avec sa folie.

  • Gudule

    cool article! je vais courir au vidéoclub pour voir le premier volet