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Benoît Hamon à Sciences Po : un passage remarqué

« L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé ».

C’est sur ces mots de Théodore Monod que s’est ouverte la conférence de Benoît Hamon à Sciences Po, ce mercredi 21 janvier au soir, dans un amphithéâtre Boutmy bien rempli. Le ton était donné : l’ancien candidat à la présidentielle était venu présenter sa promesse ambitieuse d’un nouveau modèle social, à l’occasion du lancement du mouvement Génération.s à Sciences Po. Trois axes au programme de ces deux heures : l’analyse de l’avenir du contrat social en France tel que M. Hamon l’envisage, mais aussi un commentaire de l’action du gouvernement Philippe et de la pente que celui-ci semble emprunter à travers ses réformes actuelles et à venir, avant une série de questions du public.

« Les choix politiques essentiels n’ont toujours pas été faits, et les décisions qui comptent seront prises par votre génération. »

Après une ouverture sous forme de boutade à Laurent Wauquiez et à ses récents déboires, Benoît Hamon s’est lancé dans une brève analyse de l’époque charnière que nous vivons, et a voulu démentir la croyance selon laquelle toutes les révolutions ont été accomplies et selon laquelle les nouvelles générations ne peuvent plus rien accomplir pour changer l’ordre des choses. Au contraire, selon lui, « les choix politiques essentiels n’ont toujours pas été faits, et les décisions qui comptent seront prises par votre génération », ce qui est pour lui « source de confiance et d’engagement politique ».

Crédits photo : Louise Benoit-Gonin

Un position tranchée quant à la loi de 1905

Pendant ses 45 minutes de discours, l’ancien candidat a tout d’abord déploré l’état actuel des débats sur l’Etat social. Il regrette dans l’ensemble un système qui ne conviendrait à personne, et qui reposerait sur des logiques inégalitaires où chacun pense à son intérêt et où les débats s’enveniment par manque d’écoute et de prise en compte globale des enjeux. « A force de réserver des droits pour les pauvres, on n’a que de pauvres droits. Si les droits ne sont plus universels, on constate un effondrement du consentement des classes les plus riches », a-t-il déclaré.

« C’est une loi de liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire. » Benoit Hamon, au sujet de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État

L’invité du soir a ensuite abordé la question « sulfureuse » de la laïcité et s’est attaché à redéfinir ce principe fondateur de la République trop souvent « tordu dans tous les sens », en prenant l’exemple récent de l’affaire Mennel. Selon lui, il est nécessaire de mettre fin aux dialogues de sourds et de prendre la laïcité pour ce qu’elle est, « une loi de liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire », et la seule à laquelle « il ne faut toucher à aucun prix ».

L’amphithéâtre Boutmy plein pour la conférence. Crédits photo : Louise Benoit-Gonin

Ensuite, c’est le système scolaire français qui a été décortiqué, un modèle « indéfendable » et « le plus inégalitaire d’Europe » selon Benoît Hamon. Celui-ci a insisté sur la nécessité de repenser le parcours scolaire pour que l’origine sociale des élèves ne soit plus le seul déterminant de leur avenir, et sur l’urgence et de mettre fin aux logiques élitistes, pour que l’on cesse de vivre « avec l’idée qu’un excellent maçon n’arrivera jamais à la ceinture d’un excellent philosophe ».

Les dérives de la « start-up nation »

Enfin, le leader de Génération.s a eu quelques mots à propos de la politique de notre gouvernement actuel, dénonçant le modèle en vogue de la « start-up nation », qui crée un climat de tension et de peur et où ceux qui n’acceptent pas ces nouvelles formes de « servitudes volontaires » apparaissent comme des privilégiés.  « Quelle défaite culturelle ! On conquiert des droits qui deviennent des privilèges », s’est-il ainsi exclamé.

« Laisserez-vous d’autres décider à votre place, ou en aurez-vous assez ? Prenez le pouvoir. »

Dans une conclusion passionnée, M. Hamon a enjoint son public à faire valoir ses convictions, et a témoigné sa certitude qu’un changement social inédit restait à venir. « Les formes que prendra cette contestation, personne d’entre nous ne peut dire le visage qu’elles auront, la portée qu’elles auront. […] Laisserez-vous d’autres décider à votre place, ou en aurez-vous assez ? Prenez le pouvoir. » a-t-il lancé, avant de répondre à quelques questions sur des sujets comme le projet de loi sur l’immigration, les élections européennes à venir ou encore sa proposition emblématique d’instaurer un revenu universel, dans un échange au cours duquel il a témoigné son indignation par rapport au premier sujet, son espoir à propos du second ou encore son bilan en ce qui concerne le dernier.

Benoît Hamon en Péniche après la conférence. Crédits photo : Pierre-Alexandre Bigel

De la conférence ressortent donc des prises de position assumées, un certain réalisme quant à la défaite électorale subie par l’ancien candidat il y a quelques mois, mais aussi un message d’espoir dont on ne peut désormais qu’attendre les retombées avec la première échéance des européennes de 2019.