Vie du campus

Bien belle Belle

Le théâtre du Châtelet n’a pas fait le bonheur que des amateurs de danse hier soir, mais aussi de ceux de Voici, Gala, et autres magazines people, puisque, installés au premier rang de la corbeille, nous pouvions apercevoir Caroline de Monaco, son mari Ernst, sa fille Charlotte ainsi que Karl Lagerfeld… Rien d’anormal, puisque se produisaient les ballets de Monte-Carlo, dont la princesse de Hanovre est la présidente, dans une création de Jean-Christophe Maillot datant de 2001, La Belle, avec la musique de Tchaïkovski.

Alors que les différentes versions de La Belle au bois dormant sont légion, en voici une qui innove tout particulièrement, en allant explorer la seconde partie, méconnue, du conte de Perrault. En effet, si l’on connaît tous l’histoire de la princesse s’endormant cent ans après que la fée carabosse lui a jeté un sort, puis qu’un baiser du prince la réveille – « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » – les fans de Walt Disney n’en savent pas plus. Pourtant, après, le roi meurt et son fils, le prince, part à la guerre : sa mère, désormais reine-mère, en profite pour enfin assouvir son désir d’enfants à croquer, puisque de race ogresse. C’est alors qu’elle se met en tête de manger la princesse, après que de multiples ruses l’ont empêché de manger le reste des jeunes membres de sa famille. Mais le prince revient à temps, et sauve sa bien-aimée en tuant sa mère, la jetant dans la marmite où elle s’apprêtait à cuire la princesse. Ils continuèrent à avoir beaucoup d’enfants – on ne chôme jamais à la cour)

Jean-Christophe Maillot prend prétexte de cette partie méconnue de La Belle pour réinterpréter l’œuvre de Perrault dans le sens d’une lutte féroce pour la vie de chaque être. La scénographie vient renforcer ce sentiment, par les costumes des personnages ou encore l’opposition des deux univers – du prince et de la princesse – par les décors : sombre et oppressant d’un côté, clair et ouvert de l’autre, le lien ne se faisant que par le rêve d’un personnage.

L’ensemble est proprement exceptionnel. La danse virtuose des Ballets de Monte-Carlo est envoûtante, avec notamment la fantastique étoile belge Bernice Coppieters dans le rôle de la princesse et Jérôme Marchand dans le rôle de la mère du prince. Tout cela est accompagné par un Orchestre d’Ile de France dont la prestation est respectable sans toutefois éblouir outre mesure. Il est vrai que la partition de Tchaïkovski est suffisamment géniale pour se permettre certaines approximations, particulièrement en début de représentation. On peut toutefois penser que celles-ci seront corrigées au fils des soirs.

On entre donc totalement dans cet univers méconnu créé par Jean-Christophe Maillol, fait de dangers et de morts, de luttes. Elle conduit à une réflexion très psychanalytique, autour de thèmes tels que le meurtre de la mère ou encore de la surprotection de l’enfant. Une vraie valeur ajoutée à l’œuvre de Perrault, qui ravira tant les fans de danse que tous ceux qui gardent au fond d’eux une certaine âme d’enfant. Avis toutefois à ceux que la mort de Bambi a traumatisés à jamais, cette version de La Belle au bois dormant est sensiblement moins féérique que d’autres que nous connaissons mieux !

La Belle, par les Ballets de Monte-Carlo, au théâtre du Châtelet.

Création (2001) de Christophe Maillot

Les 11, 12, 13 et 14 juin 2007. De 10 à 60€.

Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot ; Scénographie : Ernest Pignon-Ernest ; Costumes : Philippe Guillotel ; Lumières : Dominique Drillot. Orchestre National d’île de France.

Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski.

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