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Bretoned Sant-Ghwilerm : le régionalisme au beurre salé

Bretoned Sant-Gwilherm, l’association des bretons de la rue Saint-Guillaume, est connue pour ses « crêpes parties » et ses cours de breton. Mais dans une France et une Europe minées par les nationalismes et les passions identitaires, cette association vise aussi à porter l’attention sur la place laissée aux régionalismes.
Rencontre avec Thibault Bourreau, président sortant de l’association, et Léandre Mandard, l‘un des quatre membres actifs. Ils ont accepté de répondre à nos questions, en français.

© Bretoned Sant-Ghwilerm

Quel était le projet initial ?

Bretoned Sant-Gwilherm a été créée fin 2010 dans une optique de « promotion » culturelle de la Bretagne. Nous voulions donner la possibilité d’approcher une culture difficile d’accès à Sciences Po. Notre association est ouverte aux bretons, bien sûr, mais aussi à tous les amis de la Bretagne !

Il ne faut pas voir la culture bretonne comme un folklore. Elle n’est pas passéiste, mais ouverte aux métissages et aux innovations, notamment chez les jeunes générations.

Votre association ne s’inscrit-elle pas également dans une perspective plus politique ?

Le terme peut sembler fort, mais il y a eu une vraie répression culturelle de la Bretagne depuis la Révolution. Comme d’autres, la région n’a aujourd’hui pas d’autonomie politique ou administrative particulière dans ce domaine-là. Il est très difficile d’ouvrir des classes de breton, par exemple.

Bretoned Sant-Gwilherm ne vise pas à véhiculer un patriotisme béat, mais à donner une forme de visibilité de la province en général à Paris. Pour l’instant, il n’y a aucune autre association régionale de ce type à Sciences Po, c’est dommage. Alors on essaie de combler le vide en soulevant des questions sur la décentralisation, la place des cultures régionales… Nous voulons un débat ouvert. Bretoned Sant-Gwilherm n’est donc pas une association politique, mais le fait de l’avoir créée est en lui-même un acte politique.

Il y a deux ans, quelques personnes avaient bien tenté de monter « En avant la Bourgogne », mais ce projet visait surtout à parodier le nôtre. C’était drôle, et surtout très intéressant de voir qu’on avait suscité cette réaction.

La création de Bretoned Sant-Gwilherm n’a donc pas été aisée…

Nous avons eu quelques frictions avec la préfecture de Paris lors du dépôt des statuts, car nous les avions rédigés à la fois en breton et en français. Cela n’était pas du goût de la préfecture, qui les a d’abord refusés. Pourtant, nous ne violions ni la loi ni la constitution. Le conflit a été résolu et nos statuts sont bel et bien bilingues aujourd’hui !

© Un dessin de Hadrien Dupin

Parlez-vous breton couramment ? Quelles sont les particularités de cette langue ?

Thibault Bourreau: J’ai appris le breton à l’école où j’ai effectué ma scolarité dans des structures diwan, où les cours sont exclusivement en breton. C’est une langue très libre et beaucoup plus imagé que le français, qui véhicule une autre forme de pensée. Le breton est favorable à la liberté de pensée et à la mélancolie.

Léandre Mandard: Pour ma part, je viens du pays rennais donc je parle le gallo. C’est ma langue familiale. C’est une langue romane avec sa propre structure linguistique. Elle a beaucoup moins de visibilité que le breton. On la parle à l’est de la Bretagne tandis que le breton est plus pratiqué à l’ouest.

Chaque année, vous organisez seuls le module de breton à Sciences Po. Quelles sont les motivations de ceux qui souhaitent découvrir cette culture aujourd’hui ?

En effet, nous organisons et finançons seuls le module de breton, ce que nous regrettons. Nous tenons à ce qu’il soit gratuit pour les étudiants, ce qui devient de plus en plus difficile. Les salles sont néanmoins mises à disposition par Sciences Po.

Quant aux motivations des inscrits, elles sont diverses : initiation à une nouvelle langue, découverte de la culture celtique, et puis, bien sûr, de ses propres origines pour les élèves bretons… Pour information, l’histoire bretonne n’est enseignée que dans les facs d’histoire situées en Bretagne.

A titre personnel, vous portez sans doute des revendications territoriales ou identitaires. Nantes, par exemple, c’est en Bretagne ?

L. M. : Bien sûr ! La Bretagne a été amputée de la Loire-Atlantique sous le régime de Vichy, mais pour moi, cette région demeure composée de ses cinq départements originels. Le problème, c’est que le débat est bloqué par des intérêts technocratiques et partisans.

Je suis pour la réunification de la Bretagne. Pas seulement pour des raisons culturelles, mais parce que je crois que les régions doivent être fortes et cohérentes. La Bretagne « à cinq » à un potentiel économique important ; le label « Bretagne » fait vendre.

T. B. : Depuis la dernière réforme territoriale, on s’est affaibli. On est devenu une petite région. Alors au sein de l’association, on essaye d’encourager le débat sur ce sujet. Il est vrai qu’on a une tendance régionaliste, mais pas indépendantiste. Les identités françaises et bretonnes ne s’opposent pas. Et on s’accorde sur le fait que la Bretagne, sans la France, ne serait pas grand-chose mondialement.

Peut-on parler d’une communauté bretonne à Paris ?

Le réseau breton est présent dans beaucoup de secteurs ici: dans la culture, par exemple, avec la Maison de la Bretagne, ou dans l’entreprenariat avec l’Association des cadres bretons. Il y a une véritable communauté bretonne à Paris. On travaille beaucoup avec la mission bretonne, dont on relaye les évènements. On avait par exemple fait la publicité du film Lann Vraz (« Grande Lande ») réalisé de A à Z en breton, et sous-titré en français.

Vous portez des marinières, comme à La Péniche ?

On en a tous une dans notre garde-robe, mais on la porte rarement. La marinière, c’est un fantasme bourgeois parisien. Une année, on en a tout de même vendues à des prix imbattables, grâce à un partenariat avec Armor Lux.

  • ligérien

    Sauf que Nantes n’est plus du tout économiquement en Bretagne, elle a beaucoup plus de liens avec Angers et Le Mans qui sont sur l’axe Nantes-Paris qu’avec Rennes ou Brest par exemple. Une région Grand Ouest aurait fait sens mais les bretons sectaires l’ont refusée.

    • RA

      Faux !

      La Loire-Atlantique conserve des liens économiques forts avec la Bretagne, ne serait-ce parce que l’attractivité de Nantes aide au développement de liens avec tous les départements environnants. Cependant, sur les 5 départements bretons, il existe des liens plus forts, comme peut l’illustrer Produit en Bretagne.

      Quant à la réforme territoriale :
      1) les bretons souhaitaient la réunification bretonne, attendue depuis 1972
      2) le président du Conseil régional du Centre, ainsi que d’autres élus de cette région, ont demandé un redécoupage régional qui aurait permis la fusion entre leur région et 4 des 5 départements de Pays de la Loire, et donc la réunification bretonne.

      Les seuls à être vent debout contre toute évolution ont été les élus des Pays de la Loire (dont l’usage pour les qualifier de l’adjectif « ligérien » est complétement erroné), attachés à leurs postes et à leurs sièges d’élus…

      • ligérien

        ‘Ligérien’ est tout ce qui correspond à la Loire, je viens personnellement du Maine et Loire, c’est moi même que je qualifie, mais insulte mon propre qualificatif, fais toi plaisir. Par ailleurs, les élus des Pays de Loire ont été à l’origine de la proposition d’une région Grand Ouest, refusée par les Bretons, et ‘Produit en Bretagne’ ne suffit pas à effacer l’Université Nantes-Angers-Le Mans, Angers-Nantes Opéra, l’ONPL et une liste considérable de liens avec le reste des Pays de Loire, confirmés par les migrations pendulaires et les métadonnées téléphoniques.