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Carnet de voyage #2 : brèves d’auto-stop

Aujourd’hui, l’association Stop & Go Sciences Po organise une réunion afin de dévoiler les destinations choisies pour les voyages qu’elle organisera en Hiver et en Été. C’est une tradition annuelle à Sciences Po : chaque année et deux fois par an, une trentaine d’élèves, réunis en binômes, s’élancent sur les routes d’Europe à l’occasion de ces voyages d’Hiver et d’Été. Pour que vous compreniez un peu mieux de quoi il s’agit, nous sommes allés fouiller dans le carnet de bord d’un de nos reporters, qui s’était joint au groupe pour participer au voyage d’Été 2016. 

Un mois, sept binômes, 28 sciences-pistes, plusieurs dizaines de pancartes, une cinquantaine de chauffeurs – dont deux policiers écossais et quatre camionneurs polonais -, plus de 4000 km sur les routes d’Europe, entre Paris, la Pologne et l’Ecosse. Le principe est simple : tous les 3 jours, une ville étape où notre groupe d’une trentaine de sciences-pistes se rassemble pour deux ou trois nuits. Entre les étapes, en binôme mixte, on tend pancarte et pouces pour rejoindre la prochaine ville.

Épisode 1: AirBnb improbable à Budapest

Je suis évidement le dernier à prendre ma douche. Les plus vaillants sont déjà du côté de la gare, ils ont réussi à se lever plus tôt, ou plutôt moins tard. On quitte finalement l’appartement vers midi. On clôture cet épisode par un lancé de clés à travers la fenêtre, une fois la porte de notre Air bnb fermée. D’une capacité de huit maximum, nous venons d’y passer une – courte – nuit à seize, après une soirée agitée dans les bars de Budapest.

Nous repartons déjà vers le nord, moins de 24h après être arrivé. Notre sainte Ecriture, notre Raïs à nous, hitchwiki.org, nous indique une solution pour sortir de Budapest par notre propre pouce, que nous allons mettre à exécution, étape par étape. Rejoindre la bonne gare. Trouver où acheter des billets. Prendre le bon train. Sortir à la bonne station. Emprunter le bon chemin de terre au milieu de la pampa. Se demander ce qu’on peut bien faire là. Entendre la nationale, avoir de l’espoir. La traverser d’une seule traite entre deux tacots. Se réfugier sous la station-service alors qu’il se met à pleuvoir des cordes. Tendre le pouce.

L’auto-stop se pratique aussi sous la pluie, comme ici à Salzburg, Autriche. Crédits photo : Ulysse Bellier

Oui, nous, les calligraphes du carton, les dragueurs de camionneurs, nous avons pris le train pour sortir de la ville. Mais croyez-nous, en Slovaquie, nous l’avons fantasmé longtemps, le train, à la frontière, à Svolen ou à Banska Bystrica. Certains sont arrivés avec 24h de retard à la ville étape d’après, Cracovie. En prenant le train.

Épisode 2 : The Dragon Lake

Tel un cartel d’asociaux en manque de solitude, nous sommes six à vouloir nous éloigner du groupe pour un temps. Étalant la carte, nous pointâmes sur la carte d’un coup d’un seul (ou presque) un lac dans le Nord-ouest de la Pologne. On quitte Cracovie, on dort une nuit à Wrocław pour rejoindre à trois binôme ce fameux “Dragon Lake” dont le nom n’existe que dans notre tête, se tirant la bourre pour savoir qui arrivera le premier. Les sympathiques villes de Poznan, Oberniki, Piła ou encore Walsz sont nos étapes, gravées à jamais sur nos cartons délavés.

Pologne, entre Wrocław et Czaplinek. Crédits photo : Ulysse Bellier

Enfin, on est dans la nature, juste à six, loin du groupe dans lequel on sature. Deux fêtent leur 20 ans le lendemain. Huit bières en canette comme on les aime et du chocolat milka viennent compléter une tarte aux fraises. Nos tentes sont au bord du lac, petite baignade avant le petit déj’, à base d’un lointain dérivé de Nutella sur un lointain dérivé de pain, complété par le résidu la tarte au fraises. Le reste de la journée fut à base de sommeil, d’écriture de carte postale à la grand mère qui, quand même s’inquiète parce vous êtes loin, et oui ça nous arrive de prendre des douches. C’est aussi a base de petite rando dans les champs, de retour en courant sous la pluie battante, de pâtes à peine cuites – feu mon réchaud sans gaz – et de mauvais vin. Ah, et dernière chose : en Pologne aussi, les orties ça pique.

Épisode 3 : Pluie, « Deutsche Qualität » et hollandais en van

Après 48h dans Kreuzberg (mais si vous savez, c’est à Berlin) avec ses bars branchés et ses hipsters, on relance l’expérience intéressante du chien mouillé – ou comment faire du stop sous la pluie – déjà lancée scientifiquement pendant 6 heures en Autriche. A la station-service qui nous sert de vitrine, on mendie deux places pour l’ouest et deux places pour nos sacs à dos, vulgaires boules où la pluie coulant sur la house se confond avec la serviette encore bien humide à l’intérieur. Des stratégies élaborées avec patience sont mises en place : un qui demande directement aux conducteurs à la pompe, l’autre qui tend la pancarte à la sortie.

Une berline “Deutsche Qualität” nous embarque. Ma binôme s’endort après environ 35 secondes d’autoroute. Me voilà sur le siège passager pour 250 kilomètres avec à mes côtés un allemand de 33 ans, consultant en matériel de santé. L’occasion de discuter de la construction de l’opéra à Hambourg ou de la croissance à long terme, mais aussi de la crise des migrants. Pour le jeune homme, leur accueil doit se faire dans des camps en Grèce, pour un retour plus facile chez eux une fois la guerre terminée. Nombreuses ont été les discussions à ce propos, en Allemagne et ailleurs.

En camion ( oui, ils vous prennent en stop ) sur les routes de Pologne. Crédits photo : Ulysse Bellier

Un hollandais à la retraite nous prend ensuite dans son van, qui comme son conducteur n’est pas né de la dernière pluie. Alors bien sûr, il n’est pas celui qui profite au plus des fameuses autoroutes allemandes, sans limitation de vitesse. Mais il va, lui aussi, à Amsterdam. Notre hollandais dort sur la route, dans un camping proche de l’autoroute.

Nous continuons notre chemin et sommes pris par une autre voiture, un jeune couple qui arrive tout droit d’un concert de Paul McCartney à Berlin. Mais le lendemain, on retrouve notre chauffeur de van par hasard sur une aire et nous emmène jusqu’à notre camping, à deux pas du port chanté par Brel. Nous, “pouceux”, sommes-nous ces marins qui naissent “dans la chaleur épaisse des langueurs océanes” ? Une seule chose est certaine, nous traversâmes dès le lendemain la Mer du Nord, “comme dernier terrain vague”.