Le Mag’

This is England, Welcome.

Des jeunes gens en jean, crânes rasés, qui courent à travers les champs. Un drapeau anglais qui flotte au vent dans une plaine des iles Malouines, les images presque floues de jeux vidéos 8 bits, une marée humaine qui se heurte aux bobbies. L’Angleterre des années Thatcher contée par Shane Meadows commence ainsi. This is England.

Action et solitude : La condition Humaine selon Malraux

André Malraux fait partie de ces auteurs (mais en existe-t-il d’autres ?) dont la vie et l’œuvre sont profondément liées. On ne peut écrire sur La condition humaine sans (re-)présenter son auteur. La vie du dandy Malraux ne fut qu’action ; il courut d’aventures archéologiques en affrontements politiques, de la guerre d’Espagne au 30 mai 1968. Ces luttes ne sont pas sans lendemain, elles s’inscrivent dans le temps, au point que Malraux désire « marquer le siècle de cicatrices », autrement dit devenir immortel par son oeuvre. Celle-ci n’a de sens que comme réponse aux interrogations et aux espoirs d’une génération.

Ni d’Eve, ni d’Adam, Amélie Nothomb nous ouvre enfin son coeur

Au regard des élans lyriques qu’elle a pu émettre au sujet de toutes les créatures féminines qui lui ont été données de rencontrer ou d’inventer, les critiques les plus férus de révélations qui ne les regardent pas s’étaient permis de faire sortir Amélie Nothomb d’un placard dont personne ne pouvait réellement dire si elle s’était vraiment enfermée. La romancière belge aime s’entourer de mystères et préserve au mieux sa vie privée des hordes de fans hystériques qui s’arrachent à chaque rentrée le petit dernier de la saga qui compte maintenant 17 opus. Une saga ? Quelque chose qui s’apparenterait à ce petit sorcier britannique ? Pas du tout. L’œuvre Amélie-Nothombesque a toujours une ode à la féminité et c’est ainsi que se reliait toutes les oeuvres. Qu’elle s’appelle Nishio San, Fubuki San, Azel ou Hirondelle, Panonique ou Juliette, la perfection féminine change de nom mais reste bien présente. Dans « ni d’Ève, ni d’Adam », parut ce mois ci chez Albin Michel, Amélie Nothomb nous raconte une partie de sa personne qu’elle n’avait que peu évoqué : sa vie sentimentale.

Belle du Seigneur d’Albert Cohen, ou le leurre de la passion amoureuse

Roman considéré comme le chef d’œuvre de la littérature amoureuse du XXème siècle, Belle du Seigneur est aussi celui de l’aliénation et l’ennui de l’amour, celui qui enferme et coupe de la vie des amants que l’on pensait éternels. C’est Roméo et Juliette qu’on désacralise, Tristan et Yseult qu’on assassine. L’Amour avec un grand A est démythifié. Pour une fois… La première page est celle de l’arrivée de Solal, le Grand, le Beau Solal, vers sa Belle, son aimée Ariane. Ariane mariée à la médiocrité incarnée, Adrien Deume, homme arriviste, sans consistance ni esprit. Arrive son preux chevalier, le Valeureux Solal, dont on tombe amoureux dès la première ligne.

M. Assouline: Knut l’ourson et vin blanc

Huh, huh, huh… Quand un prof de lecture à Sciences Po pond un livre, ça peut être redoutable, féroce, sanglant même. En tout cas, c’est ce qu’on espère… J’ai ouvert Rosebud, éclats de biographie hier soir, et j’y croyais à mort. Pierre Assouline mon super ex maître de conf de lecture, le Johnny Montana de la littérature… Avec lui rien ne passait, tout trépassait, et ensuite on disséquait… Un peu de Simenon par ci, un morceau de Cioran par là, et entre les deux une oreille de Van Gogh. Bref, pour son livre j’étais archi-partante. Et puis j’ai attaqué la première page, et là boum ! J’ai senti la première piqûre de la mouche tsé tsé… Brrr… Mais je me suis accrochée, parce que c’était lui, parce que c’était moi… En refermant la dernière page – ouf ! – j’ai su que j’avais bien fait. Votre livre Mr Assouline, il faut le lire quand même, voilà pourquoi…