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Depuis le 21 septembre, le centre Georges Pompidou accueille entre ses murs une exposition inédite sur l’œuvre de René Magritte. A la recherche du sens tout en éveillant les nôtres, Magritte nous livre une exposition énigmatique. La Péniche vous invite dans ce dédale artistique, dans lequel on se plaît à se perdre.

René Magritte

René Magritte

 

Un belge à Paris

Si le peintre belge est devenu internationalement connu pour son tableau La trahison des images (Plus connu sous le nom de « ceci n’est pas une pipe »), l’exposition nous donne à voir une importante partie de sa prolifique production. Le surréalisme dans lequel baigne l’auteur met en scène de façon récurrente des éléments chers à l’auteur. Une pomme, un oiseau, une bougie ou un chapeau melon, la majorité des tableaux sont intrinsèquement liés par la présence de ces objets. Pendant plus de quarante ans, il s’est tenu à une diversité minimale des sources d’inspiration et pourtant quelle hétéroclisie de production ! Tout au long des cinq salles, le visiteur est amené à suivre le peintre dans les méandres de sa pensée, à chercher une signification dans l’absurde : à outrepasser la trahison des images.

 

Magritte philosophe

L’ordre dans le désordre : aucun agencement chronologique mais un thème commun, l’illusion du réel. On suit Magritte comme on suit Platon, par images et métaphores. Il conduit notre regard, nous oblige à contempler la profondeur du tableau pour saisir l’infini de l’irréel. Alphonse de Waelhens, traducteur de Heidegger avait dit de lui « il parle de la peinture comme si on parlait d’une œuvre philosophique en s’inquiétant du porte-plume et du papier qui ont servi à l’écrivain ». Ainsi donc l’œuvre matérielle n’est qu’un support visuel pour des idées, l’âme du tableau réside dans son interprétation au fond de chacun de nous.

« Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection », Lautréamont

La série de tableaux La Condition humaine prend, par exemple, à revers une des représentations fondamentales de la philosophie : l’allégorie de la caverne. Les images projetées par le feu devant les yeux de l’Homme font place à un paysage éthéré, vide, dont le peintre s’inspire. C’est à se demander si l’œuvre du peintre, trônant majestueusement au centre de la toile, représentant un château brumeux au loin dans les montages ne serait pas une interprétation de la réalité. Le rôle intrinsèque de l’artiste ne serait pas ainsi d’instruire le lecteur ou le spectateur selon sa vision propre des images ? Voilà ici une mise en abyme de la vocation artistique des surréalistes, montrer l’irréel par le réel, sublimer les Choses dans leur absurdité pour en extraire la substantielle beauté.

Lautréamont est souvent utilisé pour comprendre l’art de Magritte, « beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection ». Et bien non, cette exposition n’est pas un agglomérat fortuit de tableaux, eux-mêmes ne sont pas des associations fortuites d’objets. Il y a derrière Les Amants, derrière Les Vacances de Hegel, derrière L’Usage de la parole une association réfléchie, notre devoir étant par son appropriation la recherche d’une explication.

Le Beau selon Magritte réside dans l’impression de réel, les objets se découpent sur un fond neutre, le rendu des courbes et des contrastes minimalistes font ressortir la locomotive dans La Durée poignardée, les corps de Tentative de l’impossible. Il n’y a pas de recherche de perfection par la surcharge, les corps en particulier ne répondent pas aux canons proportionnés, le peintre cherche la conversation libre avec le visiteur. C’est ce dont il se revendique, « la même liberté pour la vie éveillée que nous avons en rêvant » et c’est ce dont l’exposition est empreinte : la liberté de penser, la liberté d’imaginer.

colere

La colère des dieux, René Magritte

 

Des nœuds au cerveau

Seulement, à force de penser, à force d’élaborer des hypothèses de plus en plus alambiquées, on finit par perdre le fil des tableaux et l’imagination s’essouffle. S’il est une chose à reprocher à cette exposition c’est le manque d’indications. Très peu d’encarts explicatifs ou bien des allusions pour le moins incongrues à des auteurs antiques dont la connaissance est pour la plupart des visiteurs quasi nulle. Est-il réellement nécessaire de remonter aux prémices de la peinture, à l’étude de Parrhasios par Pline l’Ancien pour comprendre les jeux d’ombre de Magritte ? L’exposition est réservée dans le fond aux aficionados de Magritte et non aux simples visiteurs venus s’instruire. De là sans doute, des analyses poussées à l’extrême, pompeuses et sibyllines.

Il faut pour mieux saisir seul la complexité d’une toile, ôter de son horizon intellectuel l’association d’idées : devenir prolixe et laisser filer les mots sans chercher la cohérence. Une cohérence qui n’existe pas, nulle part à premier regard. Notamment entre titres et œuvres, comme Magritte le disait lui-même : « Les titres de tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres ».

Malheureusement pour un visiteur fantasque, le nombre d’œuvres fatigue et use le cerveau, heureusement pour un amateur d’art plus distant, le nombre d’œuvres présentées au sein d’une même exposition est inédit. Il permet de découvrir des aspects méconnus du peintre, son engagement politique, qui transparait peu ou prou, ses inspirations de Chirico et la mobilisation des objets du quotidien pour signifier la Beauté.

Les amants, René Magritte

Les amants, René Magritte

 

L’exposition de Magritte souligne donc toute la superbe de l’œuvre de l’artiste en regroupant un grand nombre de ses toiles, mais peut laisser perplexe par ses choix thématiques. Rien de mieux pour la décrire face à toute l’ambiguïté et la profondeur des œuvres que les mots de son auteur : « Toute chose ne saurait exister sans son mystère ».

 

Il semble préférable de prendre un conférencier pour mieux appréhender toute la profondeur de l’exposition.

 

 

  • Vianney

    l’article semble dire que l’art réside dans l’interprétation de la personne qui reçoit et non dans l’intention ou le discours de l’artiste. Je pense que c’est faux, c’est un raccourci. Magritte ne souhaite pas transférer la production au visiteur mais simplement l’interroger. Se poser des questions au sujet d’un magritte n’est pas un acte artistique.
    « l’âme du tableau réside dans son interprétation au fond de chacun de nous. » : peut être mais bon c’est un peu osé d’un point de vue théorique…. stylistiquement parlant oui certainement mais l’intention n’est pas au choix des visiteurs.