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Cette année, l’UNI est droit dans ses bottes

UNIsciencespo

Etudiant de droite, rejoins le mouvement”. Dans la succession des combats d’images et de communication qui anime le paysage syndical, ce slogan de l’UNI est une droite bien placée. Il n’aura échappé à personne au début de l’année.

Depuis, tel un compétiteur sportif, l’UNI a continué à affiner le style, mais prospecte toujours à droite. Le verdict électoral tranchera sur son efficacité. Petite mise en perspective d’un changement de méthode en attendant.

 

L’UNI, un retour aux sources

Le Mouvement des ETudiants (ou MET) est né à Sciences Po en 2010, d’une fusion entre deux syndicats qui existaient alors : l’UNI et Nouvelle Donne. Pour Pierre Bornand, ancien étudiant en affaires publiques et responsable du MET en 2012, le premier relevait alors de “la droite dure” et le second d’une “UMP modérée”. Cet équilibre devait se poursuivre au niveau de la succession du bureau.

C’est pourtant un poids et deux mesures qui ont pris le pas. L’ancien élu regrette que “ça n’ait pas été une fusion, mais une acquisition. Le bureau national de l’UNI a fagocité la nouvelle structure.”

Aujourd’hui, près de 70% des militants de l’UNI seraient encartés dans un parti de droite, à l’image de Léo Castellote et de Camille Chevalier, les deux têtes de liste de l’UNI-MET, tous deux … vice-présidents de l’UMP Sciences Po. En dépit de clivages institutionnalisés au sein de l’UNI, Pierre Bornand se souvient (NDLR : un an avant l’arrivée de L.Castellote et C.Chevalier à Sciences Po) de déclarations plus ou moins radicales lors de réunions, sur les politiques sociales notamment : “Les pauvres, on les aide assez.” Il commente : “Il y avait de vrais libéraux. (…) On m’a regardé bizarrement  lorsque j’ai dit qu’on allait mettre des gens du centre et des femmes…”.

Aujourd’hui, le MET semble avoir fait son temps et la marque UNI revient en force en Péniche. Sur les tracts et les affiches, le blanc et le rouge de l’UNI ont fait complètement disparaître le bleu et rouge du MET. 

Pierre Bornand, ancien responsable du MET à Sciences Po, aujourd’hui membre du bureau national de l’UDI Jeunes.

Un ancrage fort à droite, sur le style et les valeurs

Sur le plan juridique, au même titre que l’UNEF, l’AS, le BDE, ou le club de rami du quartier qui n’attend que vous, l’UNI est une association loi 1901. Or pour de nombreux sciencespistes, la politisation des syndicats n’est donc toujours justifiée, du moins comprise.

Léo Castelotte, responsable du syndicat assume totalement la politisation du mouvement : “On va parler aux étudiants de sujets concrets à partir de valeurs qui sont les nôtres : mérite, responsabilité, excellence. On n’est pas là pour défendre des syndicats corporatistes mais pour représenter un mouvement de droite dans l’éducation.

Si l’opposition n’est pas systématique, le clivage droite-gauche trouve en effet un écho dans de nombreuses questions étudiantes. L’UNI a ainsi confirmé un style et une idéologie à droite notamment autour d’un symbole, celui de la bourse au mérite. Défendant d’abord un principe de méritocratie, Léo Castelotte déplore que “le gouvernement considère que ce soit injuste car elle s’adresse déjà à des boursiers sociaux. L’UNEF a soutenu la suppression. Les 12 millions d’euros auraient été réinvestis, soit une moyenne de six centimes supplémentaires sur les autres bourses, ce qui ne change rien pour ceux qui les reçoivent mais prive les boursiers au mérite de leurs 180E mensuels. Heureusement, nous avons réussi à les rétablir.

Depuis deux ans, le style s’est durci. “Pierre Bornand a considéré qu’il était un syndicat centriste. Or, cela ne correspond pas à mon positionnement politique qui rassemble toutes les composantes de la droite et du centre.. On doit promouvoir l’engagement politique, notamment à Sciences Po, en adoptant une com’ plus coup de poing. explique Léo Castellote.

Fatima El Ouasdi, étudiante en 3A ayant siegé pour l’UNI en conseil de direction, rappelle que les fondements du programme n’ont pas changé : “d’un côté on soutient bec et ongle le maintien des bourses au mérite et de l’autre une hausse injustifiée de frais de scolarité (…) Le positionnement à droite n’est qu’une image, que de la communication pour attirer de nouveaux militants. Et ça marche, puisqu’ils sont plus nombreux cette année !

Bref, l’UNI prend un virage à droite, et ne s’en cache pas. Même jusque dans les messages Facebook que quelques rares étudiantes ont pu recevoir, pour rejoindre l’une des deux listes, l’UNI, faute de candidates suffisamment nombreuses, ayant besoin de “filles à droite”… 

Camille Chevalier, tête de liste de l'UNI en Commission Paritaire et Léo Castellote, tête de liste de l'UNI au Conseil de Direction.

Camille Chevalier, tête de liste de l’UNI en Commission Paritaire et Léo Castellote, tête de liste de l’UNI au Conseil de Direction.

Un syndicat centriste : le tiercé gagnant ?

Alors que les interventions en Boutmy et les séances de tractage en Péniche prennent parfois des allures de guerre de clans, les sciencespistes semblent relativement éloignés de leurs syndicats. En témoigneront des taux de participation assez décevants et la faible part d’étudiants syndiqués.

Si l’on assiste à une forme de défiance, c’est notamment parce que l’offre syndicale ne répond pas forcement aux attentes de tous les étudiants, que le clivage UNI-UNEF ne séduit pas beaucoup, et que l’administration communique peu sur les enjeux électoraux.

Pierre Bornand ajoute qu’“il manque une force centrale qui puisse regrouper ceux qui ne sont pas trop à gauche ni trop à droite. Beaucoup ne votent pas car il ne sont pas représentés par l’un ni par l’autre.” Derrière la question d’être d’accord, ou non, avec un syndicat se cache surtout un clientélisme qui ne dit pas son nom : un bulletin pour un coup de main. Or “la section a le mérite de travailler énormement avec peu de moyens (financiers ou humains), par rapport à l’UNEF” indique Fatima El Ouasdi.

Un déficit pas évident à combler donc. D’où les efforts au niveau de la communication pour tenter de mobiliser et d’élargir l’éléctorat. Reste à savoir jusqu’où ils trouveront réponse à droite…

Dans la même catégorie : « Comprendre enfin les élections syndicales en 4 points » Ce jour dans l’année qu’évoque Victor Hugo est, à Sciences Po Paris, celui des élections syndicales. Mieux, il ne s’agit pas seulement d’un jour, mais de deux jours – les mardi 10 et mercredi 11 février – durant lesquels le peuple estudiantin de Sciences Po, dans tous les campus, par-delà les mers et les continents, se déplacera tout entier vers l’isoloir pour désigner ses représentants. . Lire la suite.

  • ourson jovial

    si la direction de l’UNI-MET à Sciences Po affirme avec honnêteté et intégrité ses valeurs,
    il faut je pense signaler aussi que cette affichage ne « phagocyte » pas l’expression des autres composantes puisque toutes les sensibilités (UMP donc mais aussi centristes, démocratie- chrétienne, libéraux, souverainistes comme présentés dans les numéro de Tribord) y travaillent aujourd’hui dans un esprit constructif au service de la réussite des étudiants de Sciences Po.
    Cette force du dialogue, cette culture du débat favorise je trouve des propositions intéressantes.

  • Jackass

    Du coup l’UNI-UMP fait d’une pierre deux coups avec leurs réunions, habile !

  • BicuLettresOKLM

    « fagocité », dommage les mecs c’est vrai que le mot est difficile.
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/phagocyter/60073