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Conférence Les Engagés – Femmes en politique : pour un droit à l’indifférence ?

« Quand j’ai reçu cette invitation, je n’étais pas vraiment emballée »

C’est par cette phrase que s’introduit Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, lors de la conférence « Être une femme en politique » organisée par Les Engagés, association récemment élue initiative étudiante, qui a pour ambition d’encourager le débat d’idées. C’est fidèle à ces principes que le président Grégoire Cazcarra avait réuni autour de la table des femmes de tous horizons politiques (ou presque).Votre parcours a-t-il souffert de votre genre ?

À cette question ont dû répondre tour à tour Aurore Bergé et Barbara Pompili, toutes deux députés LREM, suivies de Valérie Boyer, ancienne maire LR du sixième secteur de Marseille et enfin Nathalie Arthaud (qu’on ne présente plus). C’est donc autour de ce thème général à l’allure de question rhétorique que les quatre intervenantes ont échangé, alliant expériences personnelles et convictions politiques.

Sans grande surprise, toutes se sont accordées à dire que les femmes sont aujourd’hui sous-représentées en politique. Pour citer les chiffres de l’Observatoire des inégalités, 32% seulement des membres du Sénat sont des femmes, et l’hémicycle situé à quelques pas du 13U n’accueille que 38,7% de députées. Cette infériorité en nombre se ressent lorsque les femmes décident de prendre la parole, soutient Barabara Pompili. On se souvient tous de ce bien triste épisode de 2013 lorsque, en pleine séance parlementaire, Véronique Massonneau (alors députée d’Europe écologie les verts) avait été caquetée au cours de son allocution contre la réforme des retraites. Pourtant, les lois pour encourager la parité en politique n’ont pas manqué. Pour n’en citer qu’une, le 6 juin 2000 avait été votée la loi favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux fonctions électives. Alors, quelles solutions ?

« Si les quotas peuvent être perçus comme dégradants par certaines, ils demeurent un mal nécessaire. » Si l’on devait retenir une idée de la conférence des Engagés, ce serait celle-là. Personne n’a envie de porter le stigmate d’une discrimination devenue culturelle. Néanmoins, au rythme que suit la marche vers l’égalité, il faudrait attendre 112 ans pour assurer les mêmes opportunités et les mêmes salaires à tous les individus, sans distinction de genre[1].« Silence femelle, va faire la vaisselle et coucher tes morveux »

C’est en ces termes tout à fait charmants qu’un utilisateur de Twitter a exprimé son désaccord avec les idées défendues par Barbara Pompili. Ce genre d’apostrophe, elle en reçoit une centaine par jour. « Nous sommes les premières victimes de l’hystérisation du débat public » constate amèrement la députée. Tout est l’objet d’une remarque : une jupe jugée trop courte, une chemise trop décolletée. Tout est détourné, sexualisé. C’est notamment pour cette raison que les familles et les conjoints des femmes désirant s’engager en politique se montrent bien souvent réticents.

Engagez-vous, qu’ils disaient

Enfin, concluons sur une note positive, pour ne pas décourager les futures énarques qui occupent actuellement les bancs de Boutmy. La situation est en amélioration constante – même si encore bien trop lente – depuis des années, et les derniers signaux en la matière sont tous au vert (proportion de députées historiquement importante au Parlement, mobilisations féministes, vague #metoo…). L’engagement politique demeure un acte courageux et valorisant, qui crée avant tout fierté et satisfaction chez celles qui choisissent cette voie, même si pour elles, le chemin est encore semé de plus d’embûches que pour leurs collègues masculin, et même s’il faudra encore être patient avant qu’atteindre la parité ne soit une évidence…

Mathilde Lamy

[1] Rapport du forum économique mondial de 2015 (mais le chiffre sur le nombre d’années à attendre a été calculé à partir de 2018)