A la une

Conférence JCSP: «Entreprenariat féminin: où en est-on?»

Le 23 février dernier, à un horaire bien trop matinal, Junior Consulting SciencesPo, fière de compter désormais parmi les 30 meilleures junior entreprises de France, organisait une conférence à l’intitulé « girl power »: « Entreprenariat féminin, où en est-on? ». Cette conférence s’inscrivait dans le cadre des Women’s talk des junior entreprises, coordonnées par la Confédération Nationale des Junior Entreprises. Son objectif était double: d’une part, inciter les jeunes femmes à entreprendre, et d’autre part, dans la lignée du mouvement onusien « HeforShe », sensibiliser les hommes au rôle qu’ils se doivent de remplir dans le combat pour l’égalité hommes-femmes. Le travail semble long sur ce dernier point quand on note que l’audience ce matin-là était très majoritairement féminine. En effet, en dehors des membres masculins de Junior Consulting, les hommes présents sur les bancs de l’amphi Chapsal se comptaient sur les doigts d’une main. S’il y a bien un message à retenir de cette conférence, c’est le suivant: « Messieurs, impliquez-vous! ».

17195420_1352384121490054_1040903962_o

L’engagement de Sciences Po pour la parité 

La conférence a été introduite par Romain Decharne, membre de la Fédération Francophone de Débat, qui, après une interpellation évocatrice – « Françaises, Français, Entrepreneuses, Entrepreneurs » – a immédiatement donné le ton des deux heures d’échange qui suivront. Le franc-parler et l’humour sont à l’honneur, à l’image de sa référence à la série Netflix «The Young Pope »: « L’égalité hommes-femmes sera totale le jour où l’on choisira une femme pour Pape ».La parole était ensuite à notre cher directeur Frédéric Mion, qui a insisté sur la volonté de SciencesPo de faire du combat pour l’égalité hommes-femmes son cheval de bataille, aux cotés des deux autres priorités de l’institution: la liberté et l’égalité des chances. Son discours d’introduction s’est achevé sur une note à la réalité dérangeante: à niveau académique égal, les femmes sont moins ambitieuses que les hommes, ce qui se traduit très concrètement par une orientation vers des masters conduisant à des carrières moins rémunératrices. Le constat est sans appel: à la sortie de SciencesPo, le différentiel de salaire entre hommes et femmes est de 16%. Face à cette inégalité, l’association Jamais sans elles, fondée par Natacha Quester-Semeon et principal partenaire de Junior Consulting Sciences Po dans le cadre de cette conférence, a décidé de réagir d’une façon très simple et pourtant, terriblement efficace. Ses membres, une centaine de dirigeants de tous horizons, refusent d’intervenir dans un événement dans lequel il n’y a pas de femme. Ils favorisent ainsi l’entrée en scène des femmes, tout en incluant les hommes dans cette démarche de mixité et peuvent se targuer de compter à ce jour 120 signataires, du PDG de Venteprivee.com, Jacques-Antoine Granjon, au fondateur d’En Marche!, Emmanuel Macron. La conclusion qui s’impose se trouve parfaitement résumée en une citation méconnue d’Albert Einstein: « La manière de penser qui a généré un problème ne pourra jamais le résoudre ». A méditer.

L’importance de la parité expliqué en une table ronde 

Deux tables rondes se sont succédées. La première pour nous convaincre de la nécessité de la mixité: il ne s’agit « ni de s’imposer, ni de s’opposer mais de collaborer ». Sur les cinq intervenants, tous ont constaté, au cours de leur carrière professionnelle, qu’hommes et femmes pensent et réagissent différemment mais sont sensiblement plus efficaces ensemble. Sylvie Lachkar, directrice des ventes chez SAP, a mis les choses au clair d’entrée de jeu: « notre complémentarité est une force », il n’est pas question pour les femmes d’adopter un comportement masculin pour accéder à des postes à haute responsabilité. Chacun a ensuite fait un point sur l’avancée vers la parité dans leurs sphères professionnelles respectives. Chez SAP, on en est encore loin, avec 67% de cadres masculins, mais la situation progresse avec une parité établie au sein du Conseil d’administration. Selon Florence Verzelen, directrice du développement chez Engie, l’entreprise énergétique fait figure d’élève modèle comme premier membre du CAC 40 ayant nommé une femme – Isabelle Kocher – à sa tête. Toutefois, son Conseil d’administration, à majorité féminine, a créé la polémique en son temps. L’intervention d’Ines Bordet, étudiante à l’Ecole de Droit de SciencesPo et fondatrice de son Club de débat, qui a clôturé cette première table ronde, a débuté par une anecdote très révélatrice. Quelques années auparavant, à l’issue d’une simulation de procès, à la question « qu’est ce que cela vous fait d’être une fille? », elle avait naïvement répondu « bah comme d’être un garçon! », n’ayant pas réalisé qu’elle était la seule femme sur scène. Cet épisode fut un déclic. Au fur et à mesure de sa progression, Inès Bordet a compris qu’à chacune de ses victoires, l’on estimait qu’elle ne devait pas ses trophées à son talent mais à la chance qu’elle avait eu d’être la seule candidate féminine. Les anecdotes des autres intervenantes ont alors fusé. Et Florence Verzelen, diplômée de l’X et des Mines, de s’entendre dire au cours d’une discussion avec un conseiller d’orientation:« vous pourriez faire femme d’ambassadeur car vous êtes très cultivée » … C’est sur cette note, dont l’assemblée a ri jaune, que nous sommes passés à la seconde table ronde.

Osez mesdames ! 

La seconde table ronde a été placée sous le signe de l’entreprenariat et, plus largement, de l’audace. L’entreprenariat est profondément associé à des stéréotypes masculins, qui sont diffusés d’autant plus facilement que 70% des entrepreneurs sont des hommes. Très vite, fut évoqué le « syndrome de l’imposteur », mis en lumière par la brillante Sheryl Sandberg, directrice des opérations de Facebook, dans son ouvrage En avant toutes!. Une grande majorité de femmes est touchée par ce syndrome qui se manifeste par un sentiment d’illégitimité face aux hommes, quant à la place qu’elles occupent dans la hiérarchie de l’entreprise et sur le marché du travail. Ceci constitue une première explication du retrait des femmes de l’entreprenariat. La deuxième est à trouver dans la « pré-disposition des hommes au networking », leur aisance à recourir au réseau, étant habitués dès leur plus jeune âge à progresser par cette voie. Pour y faire face, Axelle Tessandier, autoentrepreneuse et fondatrice d’Axl Agency, s’est adressée directement aux jeunes femmes de l’assemblée en les appelant à créer leur « squad », pour survivre dans ce qu’elle nomme la « bro culture ». Plus sérieusement, la figure du mentor féminin a été longuement évoquée et, avec elle, l’importance pour les jeunes filles de s’inspirer de « role-models » féminins.

Il apparaît dans cette conférence, et ce n’est pas nouveau, que les femmes érigent leurs propres barrières. D’éléments de langage qui paraissent anodins, comme l’utilisation récurrente de l’adjectif « petit », au fameux « syndrome de l’imposteur », les femmes dépensent deux fois plus d’énergie pour atteindre leur objectif, se battant simultanément contre la concurrence et contre elles-mêmes. Et le mot de la fin appartient à Guy Mamou-Mani, co-président de l’association Jamais sans elles: « le féminisme n’est pas un combat de la femme, mais bien un combat de la société ».