Damien Cristofari : rencontre avec un passionné du Moyen-Orient

il y a 1 année par dans Après St Guillaume, Et après ?

 

- 1994 – 1995 : Hypokhâgne à Paris

- 1995 – 1997 : Licence d’Histoire à la Sorbonne

- 1997 – 2000 : DEA sur le monde arabe à Sciences Po Paris

- 2000 – 2002 : Coopération au Service national (CSN) à l’ambassade de France au Caire

- 2002 – 2004 : Volontariat international à l’ambassade de France à Damas

- 2004 : Concours au Quai d’Orsay

- 2008-2012 : Consul Adjoint au Consulat général de France à Jérusalem

- Depuis Septembre 2012 : Conseiller à la Représentation Permanente de la France auprès de l’Union Européenne

 

Damien Cristofari à Gaza. Source: F. De La Mure

 

Joint par Skype, Damien Cristofari a accepté de rencontrer lapéniche.net pour revenir sur ses nombreuses pérégrinations  en tant que diplomate expert du Moyen-Orient. La connexion est mauvaise, due à la grande distance pense t-on, la tête pleines d’images de ces pays aux contextes historico-politiques complexes et passionnants. En fait seuls 300 km séparent Paris de Bruxelles, où résident Damien Cristofari et sa famille depuis 2012. Retour sur le parcours nomade de ce fonctionnaire international.

 

Sciences Po, l’école tremplin

En 1997, lorsque Damien Cristofari intègre Sciences Po Paris en deuxième année son projet professionnel est encore flou ; comme beaucoup d’étudiants, il choisit l’école de la rue Saint-Guillaume pour son très large éventail de perspectives. Grâce à des cours de langue arabe pris en parallèle, il s’orientera vers un DEA (équivalent d’un master) sur le monde arabe.  Damien Cristofari garde globalement un très bon souvenir de Sciences Po. Il se rappelle des rencontres très riches, de personnes d’horizons très divers. C’est d’abord là qu’il a rencontré sa femme, Fanny, docteur en sciences politiques. Vient ensuite le souvenir de ses professeurs parfois de haute renommée comme l’économiste Jean-Paul Fitoussi ou le PDG de BNP-Paribas Michel Pébereau, mais surtout captivants comme le juriste Jean-Emmanuel Ray dont le cours de droit reste ancré dans sa mémoire.  De sa promotion, aucun grand personnage n’aura particulièrement marqué Damien Cristofari ; il se souvient d’avoir eu Rama Yade comme camarade mais celle-ci restait très discrète. Finalement, Sciences po semble avoir été l’école idéale pour préciser son orientation professionnelle dans un premier temps, puis comme tremplin vers la diplomatie.

 

Les rouages de la diplomatie d’aujourd’hui

Aujourd’hui Damien Cristofari se définit avant tout comme diplomate. Bien plus qu’un métier c’est une vocation et une véritable passion pour le monde arabe. Mais comment décrire son activité, si variée et complexe ? Il explique qu’il faut avant tout un certain sentiment de dévouement envers l’Etat : travailler pour celui-ci requiert des devoirs comme ceux de loyauté et de réserve. Il est ainsi nécessaire de vouloir servir l’Etat au mieux. Sa mission est alors bilatérale : il est chargé de promouvoir les intérêts de la France d’une part, puis de comprendre, d’analyser et d’expliquer à Paris les évènements extérieurs d’autre part. Néanmoins, être diplomate c’est avant tout être très polyvalent aujourd’hui. Il peut occuper des postes dans des domaines très divers comme la culture, la politique, la sécurité, la communication, l’administration… Il est également très mobile : par un système de choix puis d’affectation par la Direction des Ressources Humaines – qui  nous rappelle que trop bien nos choix de troisième année  – il change de location tous les trois ans. Il a ainsi eu l’occasion d’habiter à Jérusalem et vit aujourd’hui à Bruxelles. Ce métier-vocation comporte bien sûr certains inconvénients, notamment la difficulté de construire une vie familiale quand on doit déménager aussi fréquemment. Néanmoins Damien Cristofari et sa femme travaillant tous deux à l’international, Ils n’ont pas dû se confronter à ce problème. Enfin, il tient à ajouter que malgré des contraintes budgétaires ayant conduit à diminuer certains moyens d’action, « il subsiste une sécurité de l’emploi lorsqu’on est fonctionnaire international qu’il faut prendre en considération ».

 

Un acteur optimiste de l’Union européenne

S’il travaille dans le domaine de la diplomatie, il faut cependant préciser son emploi exact c’est-à-dire d’être chargé du Moyen-Orient au sein de la Représentation Permanente de la France auprès de l’Union Européenne. Ce long intitulé mérite d’être quelque peu explicité : Damien Cristofari représente la France au sein du groupe de travail consacré au Moyen-Orient, où siègent les représentants des 28 Etats membres de l’Union européenne. C’est dans ce groupe qu’est discutée et négociée la politique étrangère de l’UE dans cette zone. La Syrie est bien évidemment l’un de ses dossiers prioritaires ces jours ci. S’il apparaît que la dimension européenne de ce dossier s’est amoindrie au vu du rôle des Etats-Unis et de la Russie, Damien Cristofari n’en est pas pour autant pessimiste quand au réel poids de la France et de l’UE dans les relations internationales de nos jours. « La France reste un pays très écouté au Moyen-Orient car c’est une zone où elle a des liens historiques très forts et une présence au long terme, ce qui est d’autant plus vrai avec la Syrie ». Quant à l’Union européenne, il explique que beaucoup la croient désunie sur de nombreux sujets ce qui entraverait toute politique extérieure efficace, « mais elle ne l’est pas tant que ça ». Les membres de l’Union européenne peuvent s’entendre sur de multiples choix à l’instar des négociations avec l’Iran, portées par l’Allemagne, le Royaume-Unis et la France. En revanche il est vrai que certains  dossiers demandent un consensus total ce qui est difficile lorsqu’il y a 28 membres ; il faut alors faire des compromis.

 

Un métier prometteur…

Alors quelles sont les perspectives d’avenir dans ce domaine ? Quel message peut-il transmettre aux étudiants de Sciences Po qui souhaiteraient s’engager dans cette voie ? Tout d’abord, Damien Cristofari explique que la diplomatie est un métier qui a de l’avenir : s’il permet un emploi relativement stable, il sait aussi s’adapter et évoluer avec les nouveaux enjeux de ces dernières décennies. Le ministère des Affaires étrangères est ainsi en train de développer, lentement mais sûrement, tout le potentiel d’exploitation des réseaux sociaux, de l’information immédiate. Mais si Damien Cristofari doit donner des conseils aux futurs fonctionnaires internationaux, il en retiendrait trois. En premier lieu, il faut une vocation. C’est un projet qui doit  être mûrement réfléchi car ce métier implique un mode de vie vraiment particulier. « Cela ne peut pas être un choix par défaut ».  En second lieu, il faut multiplier ses expériences à l’étranger. « Il faut vraiment savoir ce que c’est, aller sur le terrain ». Le volontariat international, proposé sur le site du Quai d’Orsay, est parfait pour cela selon lui, car il permet d’avoir un premier aperçu  du travail d’un fonctionnaire. Enfin, il faut se démarquer des autres en apprenant une langue rare c’est-à-dire autre que le français, l’anglais, l’espagnol et l’allemand. Cet apprentissage serait une vraie plus-value pour entrer au Quai d’Orsay.

 

Lorsque l’interview se conclue sur quels seraient ses propres projets d’avenir, Damien Cristofari explique que l’année prochaine il rentre à Paris. Mais rapidement il ajoute son rêve d’aller aux Etats-Unis, ou pourquoi ne pas retourner dans un pays du Moyen-Orient…


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Marine Giraud

Marine intègre lapéniche.net en octobre 2012 au pole actualités.

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Une réponse à “Damien Cristofari : rencontre avec un passionné du Moyen-Orient”


Guillaume
8 octobre 2013 Répondre

Extrêmement intéressant, surtout lorsque l’on a envie de devenir diplomate et c’est toujours bien d’avoir un témoignage de quelqu’un qui travaille dans ce milieu relativement fermé.

Je mets un bémol = multiplier les expériences à l’étranger, oui, c’est bien, mais il est temps pour le Quai d’Orsay de se rendre compte que payer 436 euros par mois un stage à New York où il faut se loger et régler son billet d’avion, ça n’autorise ce type d’expériences qu’aux plus privilégiés d’entre nous, qui ne sont pas les seuls (contrairement aux idées reçues) à étudier à Sciences Po.

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