Dans le cabinet de curiosités des maquettes pédagogiques (2/2)

il y a 5 mois par dans Vie du campus Tags : , , ,

De l’économie à l’histoire, en passant par la broderie (« Histoire de fil en aiguille », maquette pédagogique 2012-2013), les matières – au sens propre comme au sens figuré – se suivent mais ne se ressemblent pas à Sciences Po. De même, le corps enseignant de l’école peut se prévaloir d’une grande pluralité, ce qui influe sur l’organisation des cours et détermine grandement le choix de tout Sciences Piste au moment de procéder aux Inscriptions Pédagogiques tant redoutées.

Aussi, La Péniche a essayé de reconstituer la genèse de ces cours qui font la réputation de l’école. Un précédent article expliquait quelles étaient les premières étapes administratives de l’élaboration des maquettes pédagogiques. Voyons maintenant plus en détail qui détermine le déroulement des cours.

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Choisir le format des cours,les  effectifs étudiants, et la langue d’enseignement : une opération qui n’est pas si simple

Dès lors que l’administration de Sciences Po avalise un projet, l’envie qu’a le professeur de partager un savoir devient alors idée. Idée de cours, d’enseignement, de méthode pédagogique. Rien de véritablement défini encore, mais déjà se posent des questions très concrètes. Quels effectifs étudiants fixer pour un cours ? Dans quelle langue le dispenser : français ou anglais ? Pour répondre à cette dernière question, sont pris en compte deux facteurs principaux : le bilinguisme des professeurs, bien sûr ; mais aussi, pour les cours des étudiants de deuxième année de Collège Universitaire et pour ceux des étudiants internationaux, la nécessité de proposer des enseignements en français et en anglais. Mathématiquement (quand bien même aucun pourcentage ni quota n’a été fixé), il faut donc proposer une certaine offre de cours dans chacune des deux langues. Inutile de dire que le recrutement des intervenants est orienté en conséquence. Cela conduit alors certains professeurs à ne pas enseigner dans leur langue maternelle, et parfois, quoique rarement, à s’exprimer avec moins d’aisance qu’ils le pourraient.

En ce qui concerne les effectifs moyens d’étudiants inscrits à un cours, ils sont plus ou moins déterminés à l’avance par l’administration, avant même les Inscriptions Pédagogiques. Par exemple, un cours séminaire n’est ouvert que si une vingtaine d’étudiants au moins s’y inscrivent. Bien sûr, ce seuil varie en fonction du format des cours (conférence, cours magistral…), mais il est déjà arrivé – très exceptionnellement – de fermer un cours où trop peu d’étudiants s’étaient inscrits. Inversement, quand des questions de sécurité imposent de n’ouvrir un cours (ou surtout un atelier) qu’à 12 étudiants, ce nombre ne saurait être dépassé malgré toute la bonne volonté des responsables pédagogiques. En tout cas, les professeurs à qui l’on attribue un cours séminaire sont immédiatement prévenus qu’ils feront cours à 50, 70, voire 100 étudiants. Ils n’interviennent donc pas du tout dans la détermination du nombre maximal d’étudiants pouvant assister à leur cours.

À chacun sa méthode pédagogique

L'amphi Chapsal plein à craquer. Image : France Culture

L’amphi Chapsal plein à craquer. Image : France Culture

Tous ces éléments contraignent alors les professeurs quant au contenu et à la forme à donner à leur enseignement, en déterminant en partie les modalités d’évaluation. Plus les effectifs sont élevés, moins il est possible aux professeurs d’exiger des exposés à l’oral dans leur syllabus. Surtout, la forme du cours magistral ou du cours séminaire les astreint souvent à endosser le rôle traditionnel du professeur délivrant son cours du haut de sa chaire, rôle dans lequel ils ont parfois du mal à se reconnaître. Là se trouve en fait, pour les professeurs, l’aspect véritablement contraignant du cours magistral, qui les empêche de faire circuler la parole et de communiquer avec les étudiants comme ils le voudraient. Pour pallier cela, chacun trouve rapidement sa méthode : certains interrompent le cours pendant quelques minutes entre les deux heures de cours magistral, comme le fait Jean Picq en « Histoire et Droit des États » ; d’autres, comme Marie-Anne Frison-Roche, professeur en « Grandes Questions du droit », ouvrent un forum destiné aux étudiants ; d’autres encore préfèrent réitérer les invitations au dialogue, comme Andrew Diamond, qui enseigne le cours d’approfondissement Histoire « Race, Immigration, and Political Culture in the US, France and Great Britain », et qui regrette que les salles de cours soient si grandes : « Come on in, and sit in the front row ! », encourage-t-il les étudiants. Un tel problème ne se rencontre normalement pas en atelier artistique, puisque l’équipe pédagogique veille à ce que les effectifs y soient réduits pour permettre le suivi individuel des étudiants et favoriser le travail collectif et le partage.

Le contenu des cours à Sciences Po : toute matière est-elle politique ?

Dès lors que les questions d’ordre purement administratif sont réglées, l’idée de donner un cours devient projet. Projet de forme, projet de fond, et en cela, les professeurs ont pleine liberté – dans la mesure par contre où il s’inscrivent dans la perspective propre à celle de Sciences Po : celle d’un enseignement en politique, histoire et sciences sociales ; et sous la condition également qu’ils respectent les modalités d’évaluations des étudiants établies par la charte pédagogique de Sciences Po.
Or, c’est bien là que se pose la question « toute matière est-elle politique à Sciences Po ? », en particulier pour les ateliers artistiques. Est-il vraiment pertinent de proposer un cours sur la joaillerie (« Le bijou : usages et techniques ») aux étudiants de deuxième année dans la maquette pédagogique du deuxième semestre 2013-2014 ? Interrogée à ce propos, Astrid Ténière, chargée de mission et responsable pédagogique des ateliers artistiques du Collège Universitaire, répond par l’affirmative. Elle considère en effet que l‘objectif fondamental des ateliers est de dispenser un savoir tant pratique que théorique aux étudiants, afin d’attiser leur curiosité et de les ouvrir à « d’autres modes de pensée ». Dans ce cas, oui, la broderie et la joaillerie valent d’être étudiées à Sciences Po, en tant que métiers d’art et de tradition qui requièrent des aptitudes telles que la précision du geste ou la concentration. De plus, à Sciences Po, les artistes et autres intervenants organisant des ateliers doivent respecter un cahier des charges, qui leur impose notamment d’articuler leur expertise technique avec une réflexion sur les enjeux sociétaux contemporains (identité, frontières, territoire, engagement politique). Autrement, ils peuvent modifier à leur guise le contenu d’un cours d’une année sur l’autre, car après tout, en la matière, ce sont eux les spécialistes. D’ailleurs, une réactualisation des maquettes pédagogiques est toujours nécessaire – comme l’indiquait notre précédent article.

Quel est le rôle des assistants ?

D’autre part, dans les cours magistraux et les cours séminaires, les assistants (chercheurs et doctorants) jouent souvent un grand rôle au côté des professeurs. Ils interviennent surtout dans la gestion des modalités administratives, mais aussi dans la détermination des supports pédagogiques utilisés (vidéos et illustrations, Power Points, textes complémentaires…). Mathilde Villechevrolle, doctorante qui assistait François Dosse pendant le cours de French Theory en sa qualité d’historienne et de philosophe de la médecine, témoigne ainsi : « mon travail est de rendre le propos « humain », d’incarner au maximum les livres, les concepts, les polémiques, dans des images, des chaires et des voix ».

Faire en sorte qu’un cours soit vivant requiert effectivement beaucoup de préparation de la part du professeur, même si au final, ses interactions avec les étudiants lui ouvriront largement la voie à l’improvisation.


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Laura Welfringer

Etudiante en deuxième année. A rejoint La Péniche en Septembre 2013.

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Une réponse à “Dans le cabinet de curiosités des maquettes pédagogiques (2/2)”


Alix H
12 février 2014 Répondre

Appréciation :

Bonjour,

je me permets de rajouter que ce système de contrat avec les professeurs vacataires est d’une part particulièrement opaque du point de vue des salaires et d’autres parts pérennise une certaine forme de précarité chez les chargés de conférence (potentiellement licenciables tous les semestres, et encore quand ils ont un contrat de travail!) ; qui ne sont de fait pas considérés comme des acteurs/professeurs à plein du de l’établissement mais comme des sortes de pigistes, travailleurs occasionnels alors qu’ils fournissent la plupart des heures de cours de l’établissement et le font vivre. Ils ne sont d’ailleurs pas payé au mois…

Une partie des vacataires de sciences po fait aujourd’hui circuler une pétition dénonçant cette précarité. En tant qu’étudiant.es il me semble indispensable de s’informer sur les conditions de travail de notre corps professorale et sur la réalité d’une libéralisation par trop présente de l’enseignement. Et en l’occurrence de les soutenir :

http://www.petitions24.net/les_enseignants_jetables_de_sciences-po

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