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De l’esprit républicain français un jour d’hommage : impressions post 11 janvier

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Cette journée du 11 janvier 2015 restera, en France et dans le monde, dans les mémoires. Près de 3,7 millions de citoyens se sont réunis pour commémorer les victimes de la tragédie que Paris et la République ont affrontée pendant trois jours. Les chaines d’informations du monde entier sont restées en direct des rassemblements tout le long des événements, affichant une solidarité internationale avec la France, et même une union internationale face au terrorisme. Ce fut un jour bouleversant, émouvant, vibrant, stupéfiant, historique. Mais surtout le jour où la France s’est réconciliée avec elle-même.

Alors que je marchais à Paris, de la place de la République à la place de la Nation, une scène me frappe plus que tout. La manifestation battait son plein, lorsqu’au milieu du Boulevard Voltaire un homme basané, portant un turban, se hisse au sommet d’un abri de bus qui borde la rue bondée. De sa forte voix, il harangue la foule stupéfaite en entonnant la marseillaise, invitant toutes les personnes se trouvant autours de lui à crier « Vive la France ! », « Liberté, Egalité, Fraternité !, « Je suis Charlie !». Sans crier gare, levant les yeux au ciel, il pointe alors son doigt bien au-dessus de nos têtes, au sommet des immeubles, en poussant un grand cri : « Vive la police ! ».

Nous regardons, incrédules, jusqu’à apercevoir une petite tête qui, sous sa casquette, apparaît comme intriguée au bord du toit. C’est la tête d’un homme en uniforme, vraisemblablement remplissant ses fonctions de surveillance de la foule, qui peu à peu se dresse sur le rebord du toit, au-dessus de ces milliers de personnes amassées dans la rue.

Et soudain, une immense clameur s’élève. Ce sont les cris, applaudissements et remerciements de la rue envers cet homme, et envers toutes les forces de l’ordre françaises qui retentissent. L’homme semble ému, se tient droit sur une corniche surplombant la rue, paraît hésiter et nous adresse finalement un petit signe de la main, un pouce levé, comme pour remercier ces applaudissements. Il s’excuse presque d’interrompre la marche, comme le GIPN à travers ce beau message sur les réseaux sociaux, accompagnant la vidéo d’une masse compacte acclamant un cortège de fourgon de police : « Trop beau, c’est vrai on est gênés, déstabilisés un peu par vos applaudissements. On n’a pas trop l’habitude. Excusez-nous. ». L’image est forte et belle : c’est celle d’un peuple qui  redécouvre la valeur de ceux qui donnent leur vie pour les servir, et qui les remercie à chaud. La scène est symptomatique d’un élan, d’une poussée de gratitude envers ceux qui sont parfois décriés comme le symbole de l’oppression ou de la restriction de liberté.

Si l’on a vu de nombreux moments de recueillement, d’hommage aux victimes et à leurs familles, les gens ne sont pas descendus dans la rue que pour pleurer les morts, mais aussi pour protéger les vivants. Car cette marche républicaine, au même titre que la plume de Charb ou les crayons de Cabu, est une arme. La France est descendue dans la rue, soutenue par la communauté internationale, pour affirmer la détermination de sa lutte contre l’intégrisme extrémiste. Cette marche républicaine, c’est un immense bras d’honneur de 3,7 millions de personnes au terrorisme.

Le hastag #NotAfraid, présent sur les réseaux sociaux et au cours de la marche, porte tout le sens de ces rassemblements. C’est le symbole de notre résistance face à la peur qu’ils tentent d’insinuer dans la société en assassinant un symbole de la liberté d’expression. Nous montrons au monde que nous ne nous censurerons pas par peur de représailles. La liberté d’expression, principal cheval de bataille des manifestants et revenant dans beaucoup des symboles présents au cœur des rassemblements, a été attaquée, assassinée, mais pour revenir de plus belle, plus affirmée que jamais par un peuple qui rentre en guerre. La guerre contre le terrorisme est ainsi bel et bien déclarée, mais passe salutairement par un nouvel élan de l’Esprit Républicain, à travers la vive défense de sa caractéristique la plus marquante : la liberté d’expression.

À l’heure où j’écris ces lignes, les médias et réseaux sociaux sont submergés d’images de marées humaines déferlant dans les rues de Paris, Toulouse ou Lyon, comme le symbole de l’Unité Nationale, d’une Nation forte et déterminée à combattre l’horreur du terrorisme.  

Nombreuses sont les images de la classe politique unie, marchant côte à côte et main dans la main ; nombreuses sont les images d’une fraternité œcuménique ou de solidarité dans les symboles et les slogans participants. Cette Union – l’amalgame islam/islamisme est redouté, dénoncé, mais n’est pas fait publiquement – est une chose que beaucoup espéraient, et une formidable arme contre l’intégrisme et le terrorisme. Mais certains se demandent, à raison, si cette Union perdurera.

L’Union Nationale, telle que nous la connaissons aujourd’hui, dans toute sa force et sa portée, relayée par la classe politique comme par le peuple français, sera probablement bientôt vacillante. Elle s’effritera lorsque seront posées les premières questions sur l’avenir, comme sur le passé, de la lutte anti-terroriste, quand les solutions divergeront.

Mais, si l’on peut bien évidemment regretter un tel dénouement pour cet élan solidaire et fraternitaire français, il faut plutôt espérer que ces évènements tragiques engendrent une prise de conscience durable sur les valeurs et l’esprit de la République Française. Car aujourd’hui, en marchant dans les rues de France, nous tous, Charlie, nous avons compris le sens véritable des mots que nous répétons à tout bout de champs, et que nous avons enseigné au monde entier. Nous avons enfin touché du doigt ces belles et immuables valeurs que sont la liberté, l’égalité et la fraternité.
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