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Elles prennent la parole

Chaque année, des formations sont organisées par les associations Sciences Polémiques et Politiqu’elles de Sciences Po afin de permettre aux femmes de prendre confiance en leur prise de parole et de s’améliorer à l’oral. En trois séances, les formateurs (des étudiants membres de Sciences Polémique s’étant illustrés au prix Philippe Séguin) font un état des lieux, partagent leurs astuces pour s’exprimer avec éloquence puis invitent les participantes à les mettre en pratique immédiatement. Retour sur la formation qui donne la parole aux femmes.

 

Une formation féminine

Cette formation n’est pas un cours de rhétorique classique : il ne s’adresse qu’à des femmes. Le postulat de départ vient d’une observation simple : même à Sciences Po où les étudiantes sont majoritaires, les hommes ont plus de facilité à prendre la parole. Leur voix n’est en théorie pas plus pertinente, ils ne savent pas nécessairement plus de chose que leurs consœurs, pourtant peu d’entre eux ressentent de la gêne à l’idée de s’exprimer à l’oral. Cette inégalité, déjà criante pendant les études, se renforce dans le milieu du travail. Prendre la parole lors d’une réunion, oser négocier une hausse de salaire, défendre un projet sont autant de défis qu’une femme sera amenée à rencontrer dans sa carrière.

La couleur est annoncée dès la première séance : il faut apprendre à s’imposer, prendre confiance en soi en maitrisant les codes de l’éloquence et surtout oser pratiquer. Réunies en petit groupe, les participantes peuvent prendre la parole sans peur d’être jugées et peu à peu les langues se délient.

Première séance : état des lieux et analyse des difficultés des oratrices

Réunies pour la première fois, la gêne est palpable. Pour détendre l’atmosphère, mettre les participantes en confiance et faire un premier bilan de leurs difficultés, l’exercice est simple : prendre la parole spontanément pour se présenter, expliquer les motivations qui ont poussé à s’inscrire et enfin raconter une petite anecdote amusante. Après chaque passage, les conseils pleuvent sur la posture, la voix, le regard ou encore la respiration et les silences. De la bienveillance, toujours, mais une réelle exigence.

Sont mis en lumière des réflexes de protections qui montrent le malaise que ressente certaines étudiantes au moment de se mettre en avant. Beaucoup se positionnent en retrait, la cage thoracique fermée et se contentent de petits gestes pour ponctuer leur discours. Du point de vue vocal, peu parviennent déjà à faire porter leur voix jusqu’au fond de la salle. Les discours sont plutôt bien construits sur le fond, mais la gestion du débit de parole et des silences apparaissent comme une difficulté majeure. Toutes ont eu l’occasion de prendre la parole : les potentiels sont immenses mais les talents restent à polir.

 

Deuxième séance : connaissances théoriques et jeux oratoires

La deuxième rencontre a pour but de transmettre les connaissances théoriques de base pour construite un discours, le déclamer avec éloquence et tenir son auditoire. Loin d’un cours magistral, il s’agit plutôt pour les formateurs de transmettre leurs astuces et leurs conseils. Comment se tenir, comment prendre de l’espace, comment jouer avec les silences pour créer une attente, comment construire son discours sont autant de choses qui s’apprennent et se travaillent.

Travail rime également avec pratique. Immédiatement après cet exposé des techniques de l’oral les plus efficaces, des jeux sont mis en place pour s’entrainer. Pour améliorer sa diction et sa capacité à faire vivre un texte, les participantes volontaires doivent lire des arrêts de la cour de cassation avec des phrases interminables en tachant d’emporter son public. Pour apprendre à accompagner son discours d’une gestuelle efficace, une personne lit un discours de François Hollande les mains dans le dos tandis qu’une autre se place derrière elle et doit réagir en illustrant ce qui est dit en reconstituant les gestes correspondants. Enfin, pour apprendre à se détacher de son texte, le dernier exercice consistait à lire un texte à trou en improvisant une histoire cohérente. Tous ces jeux visent à préparer les oratrices à l’échéance qui les attend la semaine suivante : présenter un discours en appliquant les conseils prodigués.

 

Troisième séance : le discours final

Les discours sont tapés en police 20, les feuilles sont coloriées comme des partitions, les participantes sont prêtes. Les formatrices annoncent la couleur dès le début : « Vous êtes venues à toutes les séances, montrez-nous que vous êtes prêtes à aller jusqu’au bout. C’est l’occasion ou jamais de se donner à 800% ! ». Chacune vient discourir sur le sujet de son choix : le don d’organe, le harcèlement sexuel, le handicap mais on assiste aussi à un plaidoyer pour les poils, une ode à la confiance en soi ou encore à un réquisitoire contre les tongs.

Le verdict est sans appel : les progrès sont impressionnants. Des conseils sont tout de même donnés pour s’améliorer et se perfectionner mais les défauts principaux sont évacués. Toutes sont allées au bout de leur discours sans se dérober, ce qui était le principal objectif de la formation.