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Emouna, la naissance de l’Amphi des religions (1/2)

Nouveauté de cette année, Sciences Po accueille des ministres… de culte. Visant à vivifier le dialogue inter-religieux et à une meilleure compréhension des institutions de la part des différents cultes,  la formation a débuté cette rentrée. Elle est le fruit d’un long travail entre Sciences Po et le « Collège des fondateurs », la dizaine de religieux à l’origine du projet.

Ainsi, en ce Lundi 12 septembre qu’avait lieu la rentrée solennelle d’Emouna, « L’amphi des religions ». « C’était une prise de contact solennelle et chaleureuse » raconte Jean-Marie Donegani à La Péniche. Spécialiste du fait religieux, sa leçon inaugurale portait sur la place des religions dans les sociétés libérales. « Tout le monde était très ému » se souvient Frédéric Puigserver, professeur de droit public à Sciences Po et initiateur du projet.

Celui-ci a démarré il y a plus d’un an. Différents responsables religieux, se rencontrant de manière informelle, eurent l’idée d’une formation, issue du constat suivant : la formation religieuse des ministres du culte, quelle que soit la religion, possédait des lacunes dans la connaissance inter-religieuse d’une part, et dans la gestion de communauté humaine d’autre part. Ce groupe informel et ses idées furent portés à la connaissance de Frédéric Puigserver qui raconte pour La Péniche la naissance du projet : « On ne pouvait plus rester les bras croisés ».

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Un dessin de Clara Marchaud

Une préparation d’un an « à marche forcée »

« Chacun est arrivé d’un monde totalement différent », Frédéric Puigserver

Après un été de prospective sur sa faisabilité, il en parla à Frédéric Mion, qui se dit rapidement « intéressé et enthousiaste » pour cette idée « courageuse ». Depuis cet automne 2015, le projet avance à « marche forcée » grâce à la persévérance de Frédéric Puigserver, « facilitateur », tel il se définit lui-même. Grâce à sa connaissance de l’école (il fut Président de la commission paritaire), il se tourna vers Sciences Po Executive Education – la structure de formation continue – et surtout son directeur Nicolas Péjout, qu’il connaît bien, pour monter le projet. « Parti d’une table rase, il fallait écrire l’histoire ».

Malgré la conviction que le travail de groupe apporterait un « supplément d’âme », le projet, inédit pour chacun, fut mené dans son coté pratique par la structure que dirige Nicolas Péjout. Cependant, « ça été difficile », lâche M. Puigerver. Le premier défi, selon Jean-Marie Donegani, fut de faire travailler ensemble les différents cultes, « c’est ça, le projet original ». « Chacun est arrivé d’un monde totalement différent » ajoute M. Puigserver, qui souligne le défi de « la confrontation avec le savoir universitaire ». Le second challenge fut la levée de fond, car le prix payé par les participants (790€ pour 18 jours de formation sur 9 mois) représente moins de 10 % du coût total. Donateurs habituels de Sciences Po et institutionnels (singulièrement des fondations religieuses) furent les sources principales. Vint ensuite le recrutement d’intervenants compétents, souvent des universitaires, en plus des membres du Collège des fondateurs, qui participent tous, sauf exception, à l’encadrement de la formation.

 

Instaurer « un dialogue par les faits »

Cette première promotion, d’une trentaine de participants, a été recrutée par chaque membre du collège des fondateurs au sein de sa communauté religieuse. On y compte 12 femmes, avec par ailleurs quelques hauts fonctionnaires souhaitant rester discrets. La formation est découpée en quatre modules : « religions et institutions », « religions et culture », « religion et leadership » et enfin production et soutenance d’un mémoire. Les ministres du culte « ont une influence sur les fidèles » explique Jean-Marie Donegani, éclairant la raison d’être du module « religion et leadership ». Les compétences en ressources humaines, gestion du budget, médiations, résolution de conflits, énumère M. Puigserver, sont autant de savoirs et savoirs-faire nécessaires aux ministres du culte.

« Le savoir est forcément créateur de liberté. », J.M. Donegani

Emouna, nous dit-il, « résulte d’un constat des religions de se dire ‘nous voyons sur le terrain que la laïcité à la Française n’est pas la séparation mécanique donnée dans les manuels’ ». Il faut donc mieux comprendre le paysage institutionnel, support de la laïcité, afin que « chacun comprenne mieux son rôle », « les limites de chacun et la frontière religieux/public ». Partenaire du projet, le Ministère de l’Intérieur, en la personne de son Ministre, Bernard Cazeneuve, devrait faire une intervention au cours de la formation. Dans le contexte actuel de tension religieuse, il fallait « prendre une initiative » pour instaurer « un dialogue dans les faits » entre les religions, remarque Frédéric Puigserver. « La République est intéressée par ce projet, car il s’agit d’une pacification par le savoir » note Jean-Marie Donegani.

On est tenté de se demander, à la vue du programme et du mode de recrutement, s’il ne va pas prêcher des convaincus. Le Professeur des universités répond dans les largeurs, sans vraiment donner de réponse. « C’est un signal envoyé à la société civile, pour montrer qu’il est possible de parler » entre les différentes religions. Le but n’est pas de les convertir, « car c’est déjà fait avec la laïcité », mais de prouver que les principes républicains « ne sont pas contre la religion », mettant en avant la nécessaire collaboration entre religions et l’État pour la création d’une culture civique commune. « Le savoir est forcément créateur de liberté. »