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Et dans les années 80, ça se passait comment les inscriptions pédagogiques ?

Dessin Gabrielle Vallières

Illustration : Gabrielle Vallières

Avez-vous déjà malmené votre ordinateur chéri le jour des inscriptions pédagogiques ? Ne vous êtes-vous jamais demandé comment on faisait avant, quand il n’y avait pas de touche F5, pas de wifi, pas de lien hypertexte qui rend fou ?

Quand il n’y avait que du papier, des files d’attente au 27, et que l’on recevait un emploi du temps pour toute l’année ? Come back en nuances sépia. Dans les années 1980, faire ses IP était assez tranquille. Il paraît que l’on pouvait même prévoir d’aller se déhancher sur It doesn’t matter de Dépêche Mode ce jour là…

Des IP vintage

Pendant l’été, le secrétariat envoyait par courrier postal aux élèves les maquettes pédagogiques, avec la liste des enseignements de modules (un module étant l’association d’un cours magistral et d’une conférence de méthodes, pour une matière), le jour et l’heure. Pléthore de petits tickets en papier multicolores (la couleur dépandait des matières) invitaient alors les sciencepistes à d’audacieuses combinaisons, probablement déjà à la hauteur de certaines de leurs successeurs… Le choix se faisait uniquement en fonction des horaires. En effet, le nom des enseignants était inconnu des étudiants, sauf dans le cas de cours dispensés dans une langue étrangère.

Après avoir rangé son slip de bain bicolore et fait l’acquisition de lunettes dignes de celle d’Helmut Kohl, on allait rue Saint-Guillaume, à la fin de l’été. On remettait entre trois et dix tickets par module à l’administration, classés par ordre de préférence, qui tentait alors de satisfaire tout le monde… A une exception près : on était « prioritaire » en pouvant justifier d’un boulot à côté. Un bon plan dont certains seraient probablement jaloux aujourd’hui ! Effectivement, un job étudiant garantissait de “bons horaires” et de quoi payer sa tournée à l’Indép.

Myriam Dubois Monkachi, co-directrice de la scolarité précise : « Les étudiants identifiaient facilement les responsables de leur section (équivalent des responsables de masters), ils aimaient bien se déplacer pour apporter leurs tickets.». Un lien de proximité se ainsi mettait en place entre les élèves et l’administration. C’est d’ailleurs pour cette raison que Jacques de Champchesnel, aujourd’hui directeur de la de la vie étudiante, assimile une partie de ses inscriptions pédagogiques au « sourire de Joëlle Delafontaine », l’une de ses futures collègues !

Illustration : Daniel Legendre©

Échange moi ton cours d’anglais s’il te plait…

Suad Arrar, entrée en 1993 à la section internationale et désormais membre de l’équipe Sciences Po Avenir, ajoute : « Il n’y avait pas, ou peu, de stress. Les affectations commençaient en effet une fois que l’administration avait tous les retours des étudiants ! »

L’ancienne élève poursuit : « C’était assez souple, on arrivait toujours à trouver un compromis, on pouvait échanger certains cours dans les emplois du temps des élèves ». Il n’était pas rare que des binômes, viennent mettre au courant l’administration de leur projet de changements.

Jacques de Champchesnel ajoute : « On pouvait se permettre certains réglages que l’on retrouve aujourd’hui sur les campus en province, là oùles effectifs sont moindres ». Un passé qui inspire encore aujourd’hui. C’est ainsi que l’UNI aimerait bien mettre en place une bourse d’échanges des cours, institutionnalisée sur le site de Sciences Po, après les inscriptions pédagogiques.

Le stress était finalement davantage du côté de l’administration que de celui des élèves. En effet, les étudiants avaient “juste” à émettre des voeux. L’administration tentait ensuite de prendre en compte les préférences de 400 personnes environ, réparties sur trois années. Elle devait aussi garantir certaines priorités, s’assurer qu’il n’y avait pasde conflits horaires, de cours pleins à craquer, ou désertés… Un challenge sans ordinateur sur lequel compter ! Les étudiants venaient ensuite chercher leur emploi du temps à Sciences Po.

Syllabus

Le « SAS », comme une longue tradition de « premier arrivé premier servi » ?

Jusque dans les années 2000,la scolarité s’étalait sur deux ou trois ans. Deux possibilités s’offraient à celles et ceux qui voulaient voir Serge Berstein en chair et en os : rentrer à Sciences Po en première année, après le Bac, ou en deuxième année, à la suite d’une autre formation (licence de droit, de lettres, école de commerce ou d’ingénieurs le plus souvent). Dans le premier cas, on effectuait une “année préparatoire”, en vue passer un examen et de continuer deux ans dans l’une des quatre sections suivantes : service public ; section internationale ; communication et ressources humaines ; économie et finance ; équivalent des masters aujourd’hui. Dans le second, on entrait directement dans l’une de ces sections.

Le cas échéant, les étudiants devaient passer par la case « SAS », une période d’un mois et demie de mise en niveau en historiographie, économie et méthodes documentaires, au début de l’année. Il fallait homogénéiser des profils divers, entre ceux qui connaissaient déjà Sciences Po en ayant suivi l’année préparatoire, et ceux qui venaient d’ailleurs.

Là encore, les maquettes pédagogiques étaient envoyées par la Poste. Stupeur du côté de Jacques de Champchesnel : « Quoi ? Il y a pétanque ?! ». Pas seulement… Le sport était une obligation de scolarité jusqu’en 1998.

Le jour des IP du SAS, il valait mieux avoir pris un bon petit déjeuner,  être armé de patience et de sang froid. Les cours étaient attribués au fur et à mesure. Les premiers étudiants avaient l’embarras du choix. Les derniers en étaient délivrés. Le directeur de la vie étudiante se souvient : « On venait très tôt, la file d’attente s’étirait jusqu’à dans le hall ! ».

L’AS 400, genèse du helpdesk

En 1988, le service informatique comptait deux personnes. Philippe Petat, actuellement responsable du service accueil des enseignants, l’un d’eux se rappelle : « On était alors aux balbutiements du PC et de l’informatique spécialisée. Petit à petit, de plus en plus de domaines ont été concernés à Sciences Po, dont la scolarité. En 1992, un algorithme sur AS 400, un ordinateur d’IBM, a commencé à traiter les affectations des élèves ».  La machine faisait la taille d’un bureau. Le développement informatique a été extrêmement rapide. En 1994, une quinzaine de personnes en était responsable.

Les IP en ligne seront lancées au début des années 2000. Allez, un dernier petit détail, sans rapport direct avec le sujet mais non dénué d’intérêt : est-ce que vous saviez que Frédéric Mion était le responsable pédagogique de la prép’Ena et de la filière service public en 1998 ?
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  • Merci, ah ! voilà un article éclairé !

  • Marin de La Rochefordière

    Bonjour Jack,

    Nous comptions sur des photos d’archives des tickets de couleur pour éclairer le propos. Malheureusement ces documents n’étaient pas disponibles.
    L’idée de l’article était surtout de distinguer les IP du SAS de celles du reste de la scolarité, des années 1980 à 2000.

    Bien à vous,

    Marin de La Rochefordière

  • Jack

    C’est dommage, le sujet était intéressant, mais il est si mal traité…

  • Joe

    Quand est ce que sciences Po va enfin adopter le même système que les autres université c’est à dire une semaine en début de semestre ou l on peut essayer tous les cours ? Le système actuel est désespérant.