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Etre réfugié à SciencesPo

En février dernier, Sciences Po a lancé un programme d’accueil des réfugiés à l’initiative d’une de ses étudiantes, membre de l’ONG Kiron. Le projet consistait à accueillir une vingtaine de réfugiés de 20 à 40 ans en auditeurs libres en leur procurant des cours de français. La Péniche a rencontré l’un d’entre eux, retour sur son expérience.

La Péniche: Bonjour, pouvez-vous vous présenter et expliquer d’où vous venez. Pourquoi être venu en France?

Sohrab Noori: Je m’appelle Sohrab Noori. J’ai 20 ans et je viens de Kunduz en Afghanistan. J’étais en dernière année de lycée quand les Talibans ont pris le contrôle de mon village. Il me restait seulement trois mois avant d’obtenir mon baccalauréat quand j’ai quitté Kunduz en août 2015. J’aimais beaucoup la France avant de partir d’Afghanistan et les conseils d’autres migrants m’ont convaincu de choisir ce pays. Je suis arrivé en décembre et j’ai demandé l’asile à Paris. J’attends toujours mon entretien avec l’OFPRA [ndlr: Office français de protection des réfugiés et des apatrides].

S'il a quitté SciencesPo au printemps dernier, Sohrab manifeste son souhait de revenir ici. Photgraphie: Ulysse Bellier

S’il a quitté SciencesPo au printemps dernier, Sohrab manifeste son souhait de revenir ici. Photgraphie: Ulysse Bellier

Comment avez vous entendu parler du programme d’accueil des réfugiés à Sciences Po?

Quand je suis arrivé à Paris, j’ai rencontré une étudiante en journalisme à Sciences Po à qui j’ai parlé de mon envie de faire des études. En fait, elle m’a d’abord parlé de Kiron [ndlr: une ONG allemande qui offre des cours en ligne niveau licence], puis j’ai rencontré des étudiants  de Sciences Po qui voulaient créer le programme.

Comment s’articulaient les cours à Sciences Po?

On avait trois cours par semaine, un d’anglais et deux de français. À côté de ça, on avait aussi accès à la bibliothèque, aux cours de sport, au jardin, au wifi et même à certaines conférences. En plus, on avait une fois par semaine des cours de conversation avec des étudiants volontaires de Sciences Po. C’était le mieux même si je ne pouvais pas aller à tous les cours car je commençais juste ma procédure de demande d’asile et j’avais tout le temps des rendez-vous à l’OFPRA.

Est-ce que Sciences Po vous apportait aussi de l’aide juridique?

Oui, effectivement. Il y avait un programme avec des étudiants de master en droit qui nous aidaient dans nos démarches administratives et qui nous donnaient des conseils pour nos demandes d’asile. On a également eu des rencontres pour nous apprendre à écrire un CV, nous entraîner pour un entretien d’embauche et en général pour chercher du travail en France.

Quelles étaient vos relations avec les professeurs et les autres étudiants de Sciences Po?

Nos professeurs étaient des gens géniaux, c’était comme des amis. Les étudiants étaient chaleureux avec nous. Ils nous aidaient avec le français, avec les démarches administratives. Entre tous les papiers administratifs de ma demande, j’étais très occupé mais certains des réfugiés qui avaient plus de temps ont même rejoint des associations étudiantes. Honnêtement, ce qui a le plus compté pour moi, c’est de rencontrer à mon âge autant de personnes aussi intéressantes dans l’environnement idéal qu’est Sciences Po. En plus d’avoir amélioré mon français, le programme m’a permis de rencontrer d’autres jeunes et de m’amuser.

Est-ce que vous continuez le programme en septembre? Quels plans avaient vous pour le futur?

J’aimerais beaucoup continuer mais je viens de déménager dans les Yvelines et c’est trop loin pour que je puisse être à l’heure aux leçons. Du coup, je cherche de nouveaux cours plus près. Je n’aurais jamais pensé en arrivant en France qu’on serait traité comme on l’a été, une partie de ma jeunesse a été gâchée… mais on doit rester positif. Certains français ont été tellement accueillants. J’aimerais beaucoup étudier l’informatique quand mon niveau de français le permettra. J’ai beaucoup d’espoir et d’objectifs pour le futur, mais le principal est de continuer à apprendre, pour être quelqu’un de bien et rendre ma famille et mon pays fiers de moi.