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Cop 21 : le face à face Ecolos vs. Les Républicains

Aurélien Froissart

Claire Hasnier

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La COP21 est présentée par la classe politique comme un enjeu fondamental, est-ce que la couverture médiatique est à la hauteur?

Claire : La couverture médiatique est présente, mais trop faible. Plus de 50% des Français ne savent même pas ce que signifie COP21. Les partis politiques commencent à se mobiliser sur cette question, un travail en amont a été fait, dans tous les partis politiques. Notamment chez les Républicains de nombreux projets sont mis en place pour sensibiliser à ces questions.

Aurélien : On voit aujourd’hui une couverture médiatique clairement insuffisante par rapport à l’enjeu. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là, la plupart des scientifiques estiment que 2025 est la date irréversible, donc il faut agir très vite. Mais c’est aussi toute la mobilisation citoyenne autour de cet évènement qui est insuffisamment médiatisée. Il y a peine deux semaines, place de la République, le village mondial des alternatives, organisé par Alternativa, réunissait 50 000 personnes, ce qui est énorme pour un évènement ayant pour thème le climat. Et pourtant il n’y a eu quasiment aucune couverture médiatique sur cet évènement. Des gens agissent, des politiques agissent, des institutions même, et pourtant les médias en parlent toujours comme d’un sujet secondaire.

Concernant les politiques, s’ils se saisissent du sujet, c’est bien souvent un discours de façade. Chez les Républicains par exemple, je me suis demandé ce que faisaient les Républicains pour la COP21 et je n’ai tout simplement trouvé aucun article dessus! Quant au gouvernement actuel qui cherche à faire de la COP21 son grand enjeu, les engagements ne suivent pas derrière. Il conditionne la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, il est revenu sur l’écotaxe… Il y a un clair manque d’ambition en matière écologique, au niveau européen aussi, avec le TAFTA qui revient sur de nombreuses normes environnementales qui ont été décidées démocratiquement ! Par ailleurs, le fait que les sponsors de le COP21, qui la financent à plus de 20%, soient les plus gros pollueurs français, dont EDF et GDF, n’est pas du meilleur augure. Il y a une hypocrisie généralisée sur ce sujet. Et si les médias mettaient plus l’accent sur la mobilisation citoyenne, il est probable que les politiques auraient moins peur de s’engager sur ce sujet.

C. : Je suis d’accord sur ce point, les mobilisations autour de la COP21 ne sont pas assez mises en avant par les médias. Aujourd’hui la numéro deux des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, est extrêmement impliquée dans les questions climatiques: son métier d’origine est d’ailleurs de participer à ces conférences climatiques (N.D.L.R : elle fut notamment conseillère technique en Écologie et Développement durable auprès du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin). Elle porte dans les médias le sujet de la COP21, et ceux-ci cherchent toujours à l’en écarter en abordant les primaires…

Sur la COP21 tous les partis se mobilisent, la société civile aussi, et pourtant les médias ne relaient rien. Je pense que pour eux ce n’est tout simplement pas une priorité : la COP21 n’est pas le sujet primordial pour les Français, donc ils ne le traitent pas beaucoup. Mais cette couverture médiatique va arriver à mesure que l’échéance se rapproche. La mobilisation se renforce : la Fondapol, avec qui les Républicains Sciences Po ont un partenariat va publier deux notes à ce sujet. Les Républicains ont mis en place une série de concertations publiques au niveau national qui concernent l’environnement… Donc, il y a un défaut de couverture médiatique certes, mais de manière générale je pense qu’il y a un défaut d’intérêt de la part des Français pour l’instant.

Vous dites que la mobilisation va monter, que le sujet va venir, mais nous sommes aujourd’hui très proches du début de la conférence et pourtant le sujet ne semble toujours pas occuper l’espace médiatique, ne va-t-il pas y avoir un problème?

C. : Bien sur, aujourd’hui si vous parlez d’actualité avec quelqu’un, il va y avoir beaucoup de sujets qui vont le préoccuper, et pas forcement la COP21. Les gens aujourd’hui en France sont plus attristés par la montée du terrorisme et par le chômage que par les enjeux de la COP21. Ils pensent que ça les touche moins, alors que ça les touche vraiment! Il y a un manque d’information à ce sujet je pense. De manière générale des accords climatiques sont pris au niveau international depuis maintenant deux décennies et je pense que les populations ne sont pas assez incluses dans ces négociations. Beaucoup de gens laissent les Etats réfléchir pour eux sur ces sujets là.

A. : Il y a tout de même eu 200 000 personnes qui ont participé au tour de France d’Alternativa! Donc il y a au moins 200 000 personnes en France qui se sentent concernées par le sujet et ont envie d’agir pour lui. Alors bien sûr ce chiffre peu paraître faible. Les gens se sentent plus concernés par le chômage et la crise migratoire que par le climat. Mais ils ignorent que ces sujets sont liés! Actuellement 20 millions de personnes dans le monde migrent à cause des dérèglements climatiques : assèchement des terres ou montée des eaux. Concernant le chômage un rapport de 2014 montre que baisser les émissions de C02 de 84% créerait 1 million d’emplois en Grande-Bretagne et en France: dans les BTP par la rénovation des batiments, dans l’agriculture, dans les transports, dans l’énergie…

Donc la question climatique est une question dont tout le monde, à tous les niveaux, peut se saisir, car elle touche les préoccupations directes de tous les Français. Avec un peu de bonne volonté une vrai mobilisation peut-être faite pour montrer aux politiques qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils sont soutenus par les citoyens.

 

 

L’accord contraignant, vous y croyez ?

C. : Sur 196 États, 146 ont déjà rendu un rapport sur les objectifs d’émissions d’ici 2025. Mais un accord contraignant me parait compliqué à obtenir dans la mesure où les économies nationales sont à des niveaux de développement très différents, il parait difficile de contraindre les pays émergents. De grosses négociations sont en perspectives : le Brésil et la Chine ne souhaitent pas ralentir leur croissance au nom d’un réchauffement climatique causé en grande partie par les pays du Nord lors de leur propre développement. Un fond de 100 milliards mis en place en 2020 pourrait justement être la clé pour pallier à ces problèmes, encore faudrait-il que certains Etats soient d’accord pour le financer. Pourtant la prise de conscience a eu lieu, elle doit aboutir à un accord.

A. : Au point où on en est, les engagements pris par les Etats ne limiteraient la hausse des températures qu’à 3 ou 4 degrés d’ici 2100, donc l’objectif ne serait pas atteint. D’où la nécessité d’une action citoyenne, pour pousser les négociations, empêtrées dans le lobbying. Pour l’instant pays du Nord et du Sud se renvoient la balle sur la question de la responsabilité du réchauffement climatique, cela n’est pas encourageant. Le problème ne se résoudra pas sans prendre en compte la justice climatique : les pays les plus riches doivent montrer la voie à ceux qui ont le moins de capacité d’action. Et laisser une plus grande place aux BRICS dans les négociations.

C. : Je suis tout de même un peu plus optimiste. Il y a de bons indicateurs, notamment la Chine qui a annoncé vouloir réduire de moins 60 à moins 70% par unité de PIB ses émissions des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2005.

Concernant les BRICS, je pense quant à moi qu’ils sont déjà énormément présents dans les négociations. Mais il est vrai que les pays les moins développés, les pays africains notamment, ne sont pas assez inclus dans les négociations, toutefois ce ne sont pas eux qui polluent le plus. Ce sont eux qui sont les plus touchés, ce n’est donc pas à eux que l’on doit demander des efforts en matière de politique climatique mais plutôt ceux qui doivent bénéficier des aides pour les protéger des effets pervers du réchauffement climatique.

A. : Il est justement important qu’ils soient dans les négociations, les victimes du réchauffement climatique sont les plus susceptibles d’être investies dans la défense de l’environnement. De manière plus générale, oui, de nombreux pays ont pris des engagements, mais ils sont insuffisants ! Il faut pousser les pays à faire le plus d’efforts possibles, à mettre en place le plus de mesures concrètes.

C. : En effet des mesures concrètes peuvent être prises au niveau national. Ce qu’avait fait le gouvernement précédent avec l’écotaxe de NKM, la Charte de l’environnement, alors que le gouvernement actuel ne fait rien. Avec l’entrée des ecologistes au gouvernement en 2012, on pouvait s’attendre à ce que ce chemin soit poursuivi, et cela n’a pas été le cas. L’écotaxe a été retirée, et rien n’est venu la remplacer.

A. : C’est normal nous n’y sommes plus ! Quant au gouvernement précédent, N.Sarkozy ne disait-il pas que « l’environnement ça commence à bien faire » ? Le gouvernement écologiste a tout de même mis en place l’encadrement des loyers qui est un immense pas en faveur de la justice climatique. L’écotaxe a été rejeté par le gouvernement Valls alors qu’il n’y avait plus d’écologistes au gouvernement. Le gouvernement actuel est maintenant en train de revenir sur l’interdiction des forages de gaz de schiste et de favoriser le transport en cars… Donc quel que soit le gouvernement, les mesures prises ne sont pas les bonnes ou pas suffisantes. De manière plus générale il faut remettre totalement en cause le paradigme économique actuel. Penser un nouveau modèle de consommation et de production pour re-localiser et diminuer le transport.

La limitation à deux degrés est un objectif affiché, mais concrètement par quoi cela passe ? Quels changements pour en arriver là ?

A. : Cet objectif ne pourra être atteint sans un changement total de paradigme économique comme je l’ai déjà dit : il faut sortir du système capitaliste pour former un système bien plus respectueux de l’environnement, des hommes et des territoires. Il faut arriver à une autre gouvernance mondiale. C’est pour cela que l’écologie ce n’est pas simplement planter des arbres. C’est toute une réflexion sur l’agriculture, l’énergie, sur nos façons de consommer et de produire et nos façons d’échanger. Ce n’est qu’en prenant en compte tout ces critères que nous résoudrons la crise actuelle.

C. : Tout cela me semble très idéaliste. On a déjà du mal à obtenir un accord international pour limiter le réchauffement à deux degrés, chaque pays a son propre système politique… Si on rajoute des considérations sociales, aussi louables soient elles, on n’arrivera à rien. L’accord qui résulte de la COP21 doit être contraignant, mais par la suite chaque Etat doit avoir la liberté de mettre en place la politique qu’il veut pour tenir ces objectifs en matière de limitation des émissions. Chaque Etat doit garder sa souveraineté tout en accomplissant sa responsabilité. Il y doit y avoir des sanctions contre un Etat qui ne respecterait pas ses engagements.

A. : Cela reviendrait à maintenir le statut quo et à risquer une disparition de l’humanité d’ici 2100 ! Je le répète, ces engagements ne pourront être tenus sans une refonte totale du système.

C. : Tu auras du mal à changer tout le système libéral…

A. : La question n’est pas de savoir si on peut, mais de savoir si l’on doit. C’est une question primordiale, qui menace notre avenir à nous et la survie de nos enfants ! On ne peut pas se contenter de ‘mesurettes’, qui n’engagent pas les Etats, et c’est actuellement ce à quoi se destine la COP21. Notre survie n’est pas compatible avec la recherche de la croissance à tout prix.