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Faut-il adhérer à un syndicat sciencespiste ?

A peine as-tu fait tes premiers pas au 27 rue Saint Guillaume que l’on t’a pris pour cible. En deux minutes, tu t’es fait ensevelir sous les tracts des syndicats étudiants. Tes camarades de triplette ont adhéré immédiatement, et toi tu hésites encore. La Péniche t’aide à faire ton choix avec quelques questions clés à te poser !

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Les syndicats sciencespistes ayant répondu à notre appel

Quel est le rôle des syndicats étudiants ?

Interlocuteurs privilégiés avec l’administration, les syndicats ont vocation à représenter les étudiants et à faire valoir leurs opinions auprès de l’école. Par cette délégation de pouvoir, la voix de chaque individu peut ainsi peser lors des processus de décision au cours desquels les syndicats sont consultés. Comme le rappelle Solène, présidente de l’Unef à Sciences Po, un syndicat n’est pas une simple association. « C’est un mouvement qui prend une orientation politique. Cela ne veut pas dire qu’on est partisans mais on défend un projet. Quand on siège dans un Conseil, tous les dossiers ont une dimension politique. »

Quelles sont les valeurs dans lesquelles tu te reconnais ?

Au-delà de cette dimension concrète, les syndicats sont aussi les vecteurs d’une certaine idéologie. « Nous nous définissons comme mouvement étudiant. L’UNI (Union Nationale Interuniversitaire) a été créée en opposition aux évènements de Mai 68 quand la voix de la gauche devenait prépondérante en France et particulièrement dans le domaine de l’éducation. Nous nous battons à Sciences Po et partout dans le pays pour défendre les valeurs de liberté, de mérite, d’excellence, de travail et de responsabilité. » rappelle la présidente Carla Sasiela.

« Nous nous battons à Sciences Po et partout dans le pays pour défendre les valeurs de liberté, de mérite, d’excellence, de travail et de responsabilité. », Carla Sasiela

Dans le camp opposé, l’Unef se bat « pour que l’école soit la plus accessible possible, qu’il y ait à la fois plus d’accès et plus de réussite. ». Le mouvement a ainsi pris position en faveur du dispositif CEP ou contre l’augmentation des frais d’inscription. La présidente de l’Unef recommande à tous les étudiants de consulter les programmes des différents syndicats pour trouver celui dont on partage les idées.

« Nous nous battons pour que l’école soit la plus accessible possible, qu’il y ait à la fois plus d’accès et plus de réussite. », Unef

Considères-tu l’adhésion à un syndicat comme un geste politique fort ?

Ce qui freine Antoine, étudiant en première année, c’est la dimension politique des syndicats. « Aujourd’hui, à mon sens, les syndicats se sont égarés : ils sont devenus des mouvements politiques et des organisations partisanes au service d’idéologies. Ils utilisent leur poids pour des idées politiques. Ce n’est pas leur rôle. Un syndicat doit, je pense, être apolitique et neutre. Voilà pourquoi je n’adhèrerai pas à un syndicat étudiant tant qu’ils ne se consacreront pas exclusivement à leur rôle d’intermédiaire entre les élèves et l’administration. Adhérer à un syndicat ne doit pas être le même geste qu’adhérer à un parti politique. »

« Aujourd’hui, à mon sens, les syndicats se sont égarés : ils sont devenus des mouvements politiques et des organisations partisanes au service d’idéologies.Ce n’est pas leur rôle. », Antoine, étudiant de première année.

Si pour Solène, un syndicat est nécessairement politique, puisqu’il doit prendre position et présenter un projet articulé autour d’un ensemble de valeurs, une nouvelle voie est possible. La création de The Alliance en témoigne. Reconnu depuis l’an dernier, ce syndicat se décrit comme un mouvement international qui souhaite « créer un Sciences Po plus diversifié, plus inclusif et ainsi représenter tous les étudiants, peu importe leurs idées politiques, leur passé, leur nationalité, leur ethnie ou leur genre. » D’après Freek Haarmans, président de The Alliance, le syndicat se doit de rester apolitique, car il sert un projet qui dépasse les considérations partisanes et l’opposition gauche-droite traditionnelle.

« Nous voulons créer un Sciences Po plus diversifié, plus inclusif et ainsi représenter tous les étudiants, peu importe leurs idées politiques, leur passé, leur nationalité, leur ethnie ou leur genre. », Freek Haarmans

Les syndicats sont-ils réellement utiles et efficaces ?

Pour Carla Sasiela, « Chaque élève doit être conscient que l’action des mouvements étudiants à Sciences Po et en France a un réel impact sur son quotidien. Nous sommes présents dans les conseils de Sciences Po, et par exemple, sans notre action, la bibliothèque de Sciences Po fermerait encore tous les soirs à 19h. Au niveau national, sans la mobilisation des militants de l’UNI, plus aucun lycéen n’aurait pu profiter des bourses au mérite. Ne pas s’engager c’est prendre le risque qu’un ordre contraire à nos convictions s’impose à nous. »

Même son de cloche du côté de l’Unef qui considère qu’il est important d’adhérer car « les syndicats font vivre la démocratie à Sciences Po ». Solène rappelle par ailleurs que si les syndicats ont un poids vis-à-vis de l’administration pendant les prises de décision, une grande partie de leur action est invisible : la défense individuelle. « Tous les ans, on a des centaines d’étudiants qui ont des problèmes de frais d’inscription, d’autonomie financière, avec le Cours, ou de harcèlement, et on les soutient, mais c’est une action qui ne se voit pas. »

Freek Haarmans confit avoir été de ceux qui pensent que les syndicats sont plus ou moins inutiles. « Je pensais simplement que la vie à Sciences Po était telle qu’elle était et que ça ne valait pas le coup d’essayer de la changer. » Aujourd’hui, il a la conviction qu’œuvrer ensemble pour contribuer à façonner le futur de l’école à un sens. Il travaille dans ce sens à l’extension du mouvement dans les campus délocalisés, notamment avec la création de The Alliance Menton. « L’unité est vitale pour se faire entendre » rappelle-t-il.

Comment souhaites-tu t’investir ?

Une fois le syndicat choisi, la première étape est d’adhérer et de cotiser. Comme le rappelle la présidente de l’Unef, cela permet aux syndicats de garder leur indépendance financière vis-à-vis des partis politiques, mais aussi de gagner en légitimité. Ensuite, tu peux choisir de militer activement, en assistant aux réunions et en participant aux campagnes.

 

Note : le syndicat Solidaires a été contacté par la Rédaction mais n’a pas souhaité répondre à nos questions.