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Splendeur et misères de la gestion associative à Sciences Po (2/3)

Précédemment – Dans la première partie de notre enquête, Andreas Roeesner, directeur de la vie universitaire, explique pourquoi ses prédécesseurs ont redonné au BDA l’entière responsabilité d’organiser les cours optionnels de pratique artistique. Selon lui, ce n’est pas une coupe budgétaire mais un manque de visibilité sur la maquette pédagogique et un « questionnement juridique » qui en sont les causes.

L’UNEF l’a scandé, l’UNEF l’a écrit, l’UNEF l’a répété : « la vie associative à Sciences Po est menacée ». De nombreux chiffres sur les cours de pratique artistique ou sur le budget associatif global sont avancés pour soutenir l’idée. L’administration, quant à elle, réfute en bloc et parle de « raccourcis » et d’ « omissions » dans l’argumentaire du syndicat. La Péniche a décidé d’éclaircir cette contradiction. Nous nous sommes procurés les budgets de la FNSP. « Erreur comptable » et opacité… Voici la suite de notre enquête sur la splendeur et les misères de la gestion associative à Sciences Po.

 

Sciences Po et son « erreur comptable »

« Sur les documents budgétaires, il y a une différence de 55 000 € entre 2014 et 2015 sur les subventions aux associations étudiantes », martèle Josselin Marc, président de l’UNEF Sciences Po. Une information que nous n’avons pas tardé à vérifier. Le budget prévisionnel de la Fondation Nationale des Sciences Politiques et de l’IEP pour l’année universitaire suivante est fourni tous les décembre aux élus du Conseil de Direction. La ligne nous intéressant et sur laquelle nous nous concentrons a pour nom « Subventions aux associations étudiantes ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les subventions aux associations étudiantes passent de 290 000 € en 2014 à 235 000 € en 2015. C’est bien une diminution de 55 000€, soit de 20 points.

Un dessin de Marie Gros

Pour tenter de calmer le jeu, Frédéric Mion s’est entretenu le 29 Octobre avec l’Unef et les associations permanentes. « L’administration nous a indiqué que cette baisse apparente était due à une erreur comptable sur les budgets », témoigne Josselin Marc. Il semblerait en effet que certaines dépenses aient été comptabilisées par erreur dans les « Subventions aux associations étudiantes » l’an dernier, d’où un budget anormalement élevé.

Nous nous sommes également, non sans difficultés, procurés le procès verbal du Conseil de Direction du 8 Décembre 2014 portant notamment sur le budget 2015. Lors de cette séance, Jacques de Champchesnel, alors directeur de la vie universitaire, explique que la baisse à 235 000 € de cette ligne est simplement un retour à la normale et non une coupe budgétaire.

Extrait du Procès Verbal du Conseil de Direction du 8 décembre 2014

Frédéric Mion va laisser la parole à Jacques de Champchesnel. Cette baisse apparente est en réalité une présentation différente de plusieurs postes de dépenses. Les moyens alloués aux associations sont préservés.

Jacques de Champchesnel confirme. L’année 2014 a été une année exceptionnelle par le soutien ad hoc d’une association qui avait connu un dérapage d’organisation lors d’un événement festif (…) Par ailleurs, il y a également un effet de périmètre. Les dépenses restent inchangées, mais les questions de sécurité ou la mise en place du plan vert avec la direction des services généraux sont affectées à d’autres lignes budgétaires.

Nous ne pouvons que croire sur parole ces informations. Nous partirons désormais du principe que le budget associatif global n’a pas diminué. Cependant, le Bureau des Arts nous a confié avoir bel et bien perdu sa dotation annuelle ainsi qu’une subvention indirecte de 14 500 €, pour l’organisation des cours de pratique artistique. 20 000€ manqueraient par ailleurs à l’AS pour l’organisation de la compétition interuniversitaire, par rapport à l’an dernier. Mais où sont passés les sous de cette chère cassette ?

 

Le budget : palme d’or d’opacité

Mona Oiry est présidente du Bureau des Arts. « Cette année, nous n’avons plus de dotation annuelle de la part de Sciences Po », explique-t-elle. Comme toute autre association, le BDA doit dorénavant passer par la Commission de la Vie Universitaire. « Nous n’avons plus de soutien financier de l’IEP pour l’organisation des cours de pratique artistique. L’an dernier, l’école finançait une partie des professeurs ayant le statut de vacataires. C’était une subvention indirecte que nous ne touchons plus aujourd’hui », pointe-t-elle du doigt. Une subvention d’environ 14 500 € selon nos informations.

Ainsi, il n’y aurait eu aucune baisse du budget global des subventions aux associations étudiantes depuis l’an dernier mais une réallocation du budget au sein même de cette ligne.

La Péniche a cherché à connaître le détail de cette ligne « Subventions aux associations étudiantes ». Mais depuis le début de notre enquête, l’administration botte en touche et « ne peut pas » nous communiquer de document. Si chacun est libre d’interpréter ce refus, une chose est certaine : nous ne connaissons que des postes de dépense qui ont diminué. Or, réallocation signifie qu’à budget constant si certains postes ont diminué, d’autres ont nécessairement augmenté…

La ligne budgétaire « Subventions aux Associations Etudiantes » concerne uniquement (à notre connaissance) les subventions inférieures à 600 € accordées par Bérangère Gavaudo, la Commission de Vie Etudiante, les associations permanentes et pédagogiques, et le Fond de Soutien aux Initiatives Etudiantes dans les campus délocalisés. Mais nous ne savons pas dans quelle proportion.

Le détail de la répartition des 235 000€ de la ligne « Subventions aux associations », exception faite des 73 000€ dont dispose chaque année la CVE, est donc inconnu. L’incapacité de Sciences Po à nous communiquer des données claires et transparentes sur ce point ne nous rassure pas…

© Claire Guillemin

La CVE, un bien étrange fonctionnement

Composée d’élus étudiants, la CVE statue sur le bien fondé des demandes de subventions supérieures à 600 € et peut leur donner suite, ou non.

L’un des objectifs de la « réforme du financement associatif » consiste à centraliser toutes les demandes de subventions des associations reconnues autour de la CVE. « Or, il n’y a pas d’augmentation du budget de cette commission », regrette Josselin Marc. Plus de sollicitations pour un budget constant, c’est donc un budget par association en baisse.

Mais le mystère ne s’arrête pas là. Chaque année, la CVE aurait un reliquat non distribué. L’Unef parle de 38 000 € l’an dernier. Qu’importe l’exact montant, une chose est certaine : ils ne sont pas réalloués l’année suivante et viennent alimenter l’opacité de la ligne… « Subvention aux associations étudiantes » !

L’administration n’a pas désiré répondre sur l’utilisation de ces reliquats. L’UNEF juge qu’ils seraient dûs à « des critères trop restrictifs », qu’ils tentent aujourd’hui de faire réformer.

L’opacité de cette ligne budgétaire nous empêche de conclure sur la réelle diminution, ou non, du budget associatif à Sciences Po. Si le détail précis semble être un tabou de l’administration, une chose est certaine : le BDA et l’AS ont perdu des ressources, et un important reliquat s’est envolé.

La colère grondant chez les associations, un rendez-vous avec Frédéric Mion leur a été accordé. On leur a promis une « solution pérenne »…

 

Retrouvez la troisième et dernière partie de notre dossier jeudi matin sur lapeniche.net.