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Les 10 phrases à retenir du Grand Oral de Benoît Hamon

Lundi 28 septembre au soir, sous les applaudissements d’un amphithéâtre Boutmy (presque) comble a démarré le premier épisode du Grand Oral, le nouveau format mensuel d’interview organisé conjointement par Sciences Po TV et La Péniche. Benoît Hamon a inauguré le bal et est passé sur le grill. Retour sur ce que vous avez peut-être manqué.

L’estrade accueille en premier Lola Elbaz, membre de Sciences Polémiques et finaliste du Prix Philippe Séguin 2015, qui dresse un portrait irrévérencieux de l’ancien ministre.

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Ni une ni deux, avec une faconde remarquée et un tutoiement de circonstance, se fendant de quelques bonnes trouvailles comme « Martine Aubry, elle repousse tes avances à la braderie de Lille » ou encore « au Ministère de l’Éducation, tu n’as même pas eu le temps de te faire détester par les profs », elle fait mouche en provoquant la réaction amusée de l’auditionné. À une saillie sur le mauvais temps en Bretagne, Hamon rétorque citant Kersauson : « il n’y pleut que sur les cons ! »

L’interview politique menée par Benjamin Duhamel, le président de Sciences Po TV, ouvre la seconde séquence du Grand Oral, sous le signe de la franchise.

 

     1 – « L’hospitalité ne se discute pas »

Invité à s’exprimer sur ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « la crise des migrants », qui déchaîne actuellement les passions, Benoît Hamon a exprimé son soutien (inhabituel) envers l’attitude du Président de la République sur ce sujet et a réfuté les arguments qui sous-entendent que nous serions submergés par les arrivants : « Au Liban, 1 500 000 migrants ont été accueillis. Comparativement c’est comme si d’un coup 20 millions de personnes s’étaient réfugiées en France. On voit bien que tout ceci est assez famélique, superficiel (…) de toute façon ils viendront alors il faut s’occuper en priorité des conditions d’accueil. En plus les réfugiés politiques ont souvent des trajectoires scolaires brillantes. »
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2 – « Le clivage gauche-droite est pour moi toujours pertinent mais il ne l’est plus pour beaucoup d’électeurs »

La question était inévitable. Connu pour être un des représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste, Hamon a été interrogé sur la nature de ses relations avec la prétendue aile droite et notamment avec Emmanuel Macron. Malgré un lent soupir avant d’aborder la réponse, l’interviewé semble entretenir un bon contact avec l’intéressé, il comprend sa volonté de faire bouger les lignes et de faire émerger des idées neuves, pour autant il n’en reste pas moins très critique à l’encontre des mesures proposées (comme la remise en cause du statut des fonctionnaires par exemple) qui pour lui sont clairement de droite

« Le vrai enjeu pour la gauche ce n’est pas de savoir si l’on a dépassé le clivage gauche-droite mais bien de se soucier du clivage bas-haut, de reprendre l’électorat populaire qui n’a plus foi en l’élite, c’est de se demander comment notre légitimité politique peut être renouvelée », martèle-t-il.

 

3 – « S’il y a bien quelque chose d’impopulaire en France, ce sont les partis politiques »

Arrivé indemne au troisième temps de ce Grand Oral, Benoît Hamon doit maintenant répondre à une nouvelle question : « Comment devient-on Benoît Hamon ? » La salle, médusée après avoir appris que la ténébreuse Nolwenn Leroy était également née à Saint-Renan et que la fille de l’ancien ministre chantait Louane à tue-tête sous la douche, assiste à un exposé un peu plus sérieux des convictions politiques de l’orateur du jour.

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Et lorsqu’Arnaud Bernet, pour La Péniche, lui demande s’il n’a pas l’impression d’être le parfait apparatchik, Hamon répond par l’affirmative dans un élan d’honnêteté. Il nuance néanmoins : « Oui, je peux être vu comme un apparatchik mais la particularité c’est que je n’ai pas un poste qui m’attend au chaud, je n’ai pas de sécurité comme certains. C’est très facile de critiquer les appareils politiques, c’est très démagogique aussi. »

 

4 – « Quand on est militant politique on travaille peu, pas assez, on revêt un prêt-à-porter idéologique »

Cette séquence est également l’occasion pour le député des Yvelines de faire son auto-critique et de reconnaître le manque compréhensible de subtilité des individus au début de leur engagement politique. « Quand vous commencez en politique vous avez deux ou trois idées, quelques colères et ça s’arrête là », regrette-t-il.

Benoit Hamon s’estime tout de même satisfait de son propre parcours en politique et finit par avouer qu’il « croi(t) être assez cohérent depuis mon entrée dans le milieu il y a 20 ans. »

 

5 – « J’aimerais plaquer la banalisation de la progression du FN »

Mon confrère de La Péniche laisse place à un intermède détendu mettant à l’honneur quelques faits d’actualité.

Benoît Hamon est alors l’interlocuteur de Siane de Camas. Il réagit à des images de sa propre prestation dans le cadre de la fameuse Coupe du monde des parlementaires. « Qui aviez-vous envie de plaquer à ce moment là » demande l’étudiante de Sciences Po TV, amusée.

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Un moyen de rappeler son opinion sur le parti de Marine Le Pen et par la même occasion sur sa future entrée au sein de l’IEP : « La banalisation du discours frontiste est inquiétante, tout comme cette soi-disant entreprise de dé-diabolisation (…). Pour ce qui est de Sciences Po, il n’y a pas de raison que le droit ne s’applique pas de la même manière pour tout le monde, et en plus cela permettra d’évincer l’argument anti-système largement utilisé, la Présidente du FN étant de plus en plus entourée par ces élites qu’elle déteste. »

 

6 – « Le débat politique aujourd’hui c’est beaucoup de joutes et peu de fond »

L’amphithéâtre déjà bien remué par les précédents échanges ne s’attendait sûrement pas à assister à une véritable foire d’empoigne lorsque la virevoltante et truculente Elisabeth Lévy fit son entrée sur la scène.

Enthousiaste et résolument poussée l’envie d’en découdre, derrière quelques amabilités initiales, la polémiste attaque sans détour : « n’avez-vous pas l’impression de représenter le camp du bien qui affirme une parole religieuse, refuse le débat et s’adonne à une chasse aux sorcières permanente ? » Et clac, un bourre-pif aurait dit Raoul Volfoni. « Je crois que la caricature éloigne des vrais sujets (…), j’ai beaucoup réfléchi au côté vain du débat politique politicien car il est présent dans tous les sujets, notamment sur la question du travail dominical », tente de répondre l’ancien ministre, sur le fond.

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7 – « Le sujet de l’immigration occupe une place omniprésente dans le débat public français »

La rédactrice en chef de Causeur, intarissable, revient à la charge à plusieurs reprises et martèle la nécessité d’arrêter de criminaliser les inquiétudes des classes populaires pour lutter contre le parti frontiste. « Qui parle des problèmes d’immigration, d’intégration, de multi-culturalisme aujourd’hui ? C’est le FN. Il faut cesser de cataloguer comme racistes ou fascistes les électeurs de ce parti », insiste-t-elle.

L’ancien ministre bousculé par une Élisabeth Lévy d’une édifiante théâtralité explique a contrario que des thèmes comme l’immigration sont abordés volontairement tous les jours par les médias : « On ne parle que de cela, tous les intellectuels donnent leur avis dessus. Il faut en réalité agir à la racine, en amont, le racisme se trouve dans tous les milieux sociaux, dans les classes populaires comme dans les classes les plus aisées. Cette question de l’immigration est un faux problème agité par certains pour alimenter les peurs et masque en fait un problème d’éducation. »

 

8 – « Nous avons totalement négligé le fait de créer un arc de force collectif en Europe »

Martin Lewandowski, en patient modérateur affolé par la durée beaucoup trop longue de l’échange, finit par bouter poliment mais fermement la pittoresque journaliste. La paire Lévy-Hamon, davantage dans une opposition forcée et de circonstance que sujette à un profond désaccord, cède donc la place aux de questions de la salle.

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À une intervention sur la crise grecque, Hamon évoque la « faiblesse de l’Europe dans cette affaire » qui n’a laissé aucune chance à Alexis Tsipras d’appliquer son programme initial. Le député insiste sur la nécessité d’une solidarité européenne renforcée pour faire face à la crise économique persistante. Il demeure cependant sceptique quant à l’évolution des choses eu égard à l’attitude allemande sur le sujet.

 

9 –  « Nous avons besoin d’une nouvelle irruption de démocratie en Europe »

Toujours à propos de l’Europe, un étudiant questionne l’orateur sur un éventuel idéal européen à porter. « À court terme, dit-il, il y aura des convulsions qui auront raison de ce projet politique. Tant que l’on associera ce dernier à une flexibilité toujours plus importante du marché du travail, aux critères de convergence, à l’austérité, il est impossible qu’il soit mené à bien », répond Benoît Hamon. Pour Hamon, il faut redonner du pouvoir aux citoyens dans le processus décisionnel de l’UE.

Matthias de Bièvre, l’étudiant l’ayant justement interpellé sur la question de la démocratie en Europe, a souhaité revenir sur quelques points, dans nos colonnes. Le Parlement est élu au suffrage universel direct à la proportionnelle. Ce Parlement doit voter toutes les décisions prises par les ministres ainsi que le budget, la partie exécutive de l’U.E est ainsi contrôlée par les représentants directs des citoyens européens. Non seulement en est elle contrôlée mais elle en est même directement issue : le Président de la Commission est obligatoirement le chef de file du parti majoritaire au Parlement et le Parlement doit voter et approuver les commissionnaires. Chaque institution, chaque membre du corps législatif et exécutif est directement issu de la volonté exprimée dans les urnes. Egalement, une pétition/proposition recueillant plus de 1 millions de voix doit être examinée par la Commission et le Parlement. Donc Mr. Hamon a tort d’appeler à plus de démocratie : les institutions démocratiques sont en places depuis le Traité de Lisbonne en 2007. Ce qu’il faut souhaiter c’est une plus large prise de conscience des citoyens de l’impact que leur voix peut avoir sur les politiques menées sur leur continent. 

 

10 – « J’espère que Najat à l’Éducation Nationale aura le privilège d’annoncer les bonnes nouvelles »

Interrogé sur la portée de l’acte II de la vie lycéenne, le rapport remis en 2014, le ministre se dit satisfait du travail accompli et insiste sur le fait « qu’il faut apprendre ce qu’est la démocratie dans les écoles, en allant au delà de l’éducation civique. Il s’agit d’élargir les compétences du CVL, de davantage valoriser les élus lycéens et enfin inculquer une véritable morale laïque, voici les défis importants »

Hamon, seul ministre français de l’Éducation Nationale à n’avoir pas connu de rentrée scolaire, soutient l’action de l’actuelle ministre et lui souhaite du courage pour la suite.

Néanmoins, pour ce qui est de l’éloge du ministre de l’économie, il faudra retenir que « Macron c’est le dernier des jeunes giscardiens », piqué à titre de conclusion.

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