Grichka Bogdanoff, un penseur cosmique

il y a 4 mois par dans Après St Guillaume, Et après ? Tags : , , ,

Cette semaine, Lapéniche.net est parti à la rencontre d’un ancien étudiant de Sciences Po, aujourd’hui  scientifique de renom : Grichka Bogdanoff. Mais lorsque nous arrivons au lieu de rendez-vous, un salon de thé du VIIème arrondissement, nous croyons voir double.  Grichka et Igor Bogdanoff sont en fait venus à deux, comme pour la plupart de leurs interviews. Après avoir tenté, en vain, de reconnaitre du premier coup celui qui avait foulé le sol du 27, nous nous installons donc dans un recoin du salon. Les jumeaux scientifiques passent leur commande : le même jus de fruit, et une collation qu’ils  se partagent.  Une discussion  aux tribulations cosmiques s’entame alors avec Grichka, ponctuée par les commentaires et précisions d’Igor.

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Photo : Huffington Post

Votre famille vient d’horizons très divers, pouvez-vous nous en parler?

Nos origines peuvent être divisées en trois principaux pôles. Tout d’abord le pôle russe : nous avions cette nationalité par notre père, descendant d’une ancienne famille de la région de Saint Petersburg.pc Mais lorsque je suis passé en deuxième année, Sciences Po m’a demandé de prendre la nationalité française pour une question de quotas. Nous avons également des origines tchéco-autrichiennes par notre grand-mère maternelle. Elle nous a élevé dans un univers romanesque, où se croisaient les légendes sur nos ancêtres. L’un d’entre eux, le Prince de Colloredo-Mansfeld, a notamment éduqué le jeune Mozart et nous avons eu la chance incroyable d’avoir retrouvé au Château des partitions de sa main. Enfin notre grand-père maternel était afro-amérindien, son propre père était un chef Cherokee. Passionné de musique lyrique il a été le premier homme de couleur à diffuser cet art dans le monde entier. Sans pour autant s’attarder à faire briller le lustre aristocratique, ces racines que nous avons appris à intérioriser en grandissant, nous ont donné le gout pour le long terme et les traditions. Comme disait Nietzsche, pour accéder à l’avenir il faut avoir  la mémoire longue.

Les sciences sont au cœur de votre vie,  d’où vous vient cette inépuisable passion ?

Notre grand-mère nous a appris à lire très jeune. Dès l’âge de trois ans et demi, nous parcourions des livres en allemand et en français dans la bibliothèque du château. Nous étions très chanceux car nous avions accès à une collection de plus de 30 000 volumes. Ainsi, nous avons découvert la science par les éditions Flammarion, des opus consacrés aux représentations du ciel et parfois … aux martiens. La science-fiction nous a aussi très rapidement fascinés. Cette littérature m’a permis de développer le gout pour l’anticipation et la rationalisation d’un rêve d’avenir. Ce fut ainsi une incitation à projeter des modèles possibles dans le cadre de spéculations de plus en plus scientifiques.

Votre diplôme en Service Public à Sciences Po semble étranger à ce monde scientifique. Cette période était-elle une simple parenthèse ?

En réalité, Sciences Po restera pour moi une école où l’on enseigne l’art de la dialectique : j’espère avoir appris à introduire un discours avec diligence à partir d’un minimum de connaissances. Cette méthode oratoire m’a profondément marqué et fut bien plus importante que les enseignements de droit constitutionnel ou de macroéconomie eux-mêmes. C’est bien la fameuse méthode Sciences Po qui m’a donné l’idée de me consacrer à la vulgarisation scientifique. Elle m’a permis d’apprendre à décoder les notions opaques, les recoder puis les transmettre. Ce sont finalement les trois étapes fondamentales de l’acte scientifique. Il faut comprendre le monde pour pouvoir l’expliquer à d’autres. Sciences Po a donc été une école du savoir-faire et du faire-savoir. Je pense que cette formation m’a donné un certain avantage par rapport à nombre d’autres scientifiques qui ont souvent tendance à tenir un discours émaillé de termes complexes et peu accessibles au public.

Crédits: Lapéniche.net

Crédits: Lapéniche.net

Quels souvenirs gardez-vous de votre vie étudiante à la rue Saint-Guillaume ?

D’excellents souvenirs ! J’étais dans tous les coups comme on dit, je participais activement à la vie étudiante, aux événements aussi bien culturels que sportifs. Je me suis particulièrement investi dans l’AJS (Association des Jeunes Socialistes). Nous avons organisé de nombreux événements qui perdurent encore comme la journée des dédicaces. Je me rappelle aussi certains heurts très durs que nous eûmes avec des groupes d’extrême droite comme le GUD d’Assas.

Des rencontres au sein de Sciences Po vous ont elle particulièrement marqué?

J’ai bien sûr eu des profs mémorables : Jean Touchard, René Rémond, le doyen Vedel… Mais j’ai un souvenir tout particulier avec le directeur de jury de mon Grand O. Une dizaine d’années après l’obtention de mon diplôme, j’étais au château familial loin de Paris, et il s’avère que son épouse venait rendre visite à ma grand-mère qui l’avait cachée pendant la guerre. Nous nous sommes installés dans le salon, et au fil de la conversation il m’a soudainement reconnu et m’avoua que ma présentation avait suscité de nombreux débats. Les jurys s’étaient aperçus que je ne connaissais pas grand-chose au sujet mais j’avais réussi à parler avec éloquence pendant les dix minutes qui m’étaient accordées. Finalement j’ai eu 18 car tout l’esprit Sciences Po était là.

Parmi les élèves, je connaissais Valérie-Anne Giscard d’Estaing, qui venait prendre le thé chez nous. J’ai vécu de près l’élection de son père en 1974, l’année de notre diplôme. J’ai aussi  appris que François Hollande était dans notre promotion : s’il est vrai que nous nous sommes parfois croisés dans les grands amphis, il n’a néanmoins pas marqué mes années à Sciences Po.

Comment avez-vous entamé votre carrière de scientifique après Sciences Po?

Avec Igor, nous avons très vite écrit notre premier livre, Clefs Pour la Science-fiction. La promotion de ce premier opus nous a permis d’accéder à l’univers de la télévision. Effrontés comme à notre habitude, nous avons insisté auprès de deux chaines, et finalement après avoir eu l’accord d’Yves Mourousi, nous avons été reçus au JT de 13h de TF1. Suite à notre prestation, la chaîne nous a tout de suite proposé d’animer une émission sur la science et le monde de demain. Finalement, cela nous a permis de lancer notre propre émission le 21 Avril 1979, Temps X. Cette aventure a duré près de 10 ans, nous sommes tombés dans le piège glorieux de la télévision, mettant ainsi de côté la recherche. Nous ne pensions pas que cela durerait si longtemps, tout comme notre retour aux études par la suite ….

Vous avez en effet recommencé les études avec votre frère. Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?

Ce choix a fait suite à la publication de notre livre Dieu et la science : vers le Métaréalisme en 1991. Avec le philosophe chrétien Jean Guitton, nous y avons étudié le principe d’une cause première à travers le prisme scientifique. Nous avons connu grâce à cet ouvrage un important succès auquel on ne s’attendait pas. A partir de ce moment ont émergé des questions fondamentales : tout le monde scientifique parlait du Big Bang, mais personne ne s’était encore attardé à ce qui lui préexistait. Nous nous sommes alors tournés vers d’autres scientifiques qui nous ont généralement répondu que notre projet équivalait à chercher un point à un kilomètre au nord du Pôle Nord. En somme, aucun n’a voulu dialoguer et tous pensaient que la question était absurde. Mais peu importaient les critiques !  Nous nous sommes réinscrits à l’université pour nous plonger dans des mathématiques sophistiquées pendant près de dix ans jusqu’à soutenir nos thèses respectives au début des années 2000.

Pouvez-vous expliquer à des étudiants non-scientifiques votre théorie de l’instant pré-Big-Bang ?

L'émission "Temps X", sur TF1 (crédits: SIPA)

L’émission « Temps X », sur TF1 (crédits: SIPA)

Avant le Big Bang, les concepts de matière, de temps et d’espace n’existaient pas encore. Selon notre approche, le temps avant la naissance physique de l’Univers était soumis à de violentes fluctuations. En fait, notre principale hypothèse est que le régime pré Big Bang était composé d’informations quantifiables et manipulables à travers de grandes architectures mathématiques. L’état numérique a donc précédé l’état physique de l’univers. On peut comparer ce phénomène à un programme. En somme, un peu comme le code génétique qui précède la naissance des êtres vivants, on peut avancer l’hypothèse qu’il existe sorte de « code cosmologique » qui structure la naissance puis l’évolution de l’Univers physique.

Tout au long de notre interview, vous vous exprimez généralement derrière le «nous». La présence de votre frère aujourd’hui rappelle bien votre gémellité fusionnelle. Vous arrive-t-il d’être interviewé seul ?

Il est vrai que nous faisons beaucoup de choses ensemble. Mais il nous arrive de faire des émissions séparément, bien sûr. Par exemple ce soir je vais seul au grand Journal de Canal+. Dans ces cas-là, nous tirons à pile ou face.

[Igor prend alors la parole] Ce qui est drôle c’est qu’il y a souvent une confusion d’identité faite entre nous. L’autre jour aux puces par exemple, un homme me pointe du doigt en me demandant « c’est vous ou votre frère ? ». Lorsque je lui ai répondu en me jouant de lui « Ce n’est pas moi c’est mon frère, vous voyez bien », ce dernier a répondu «C’est bien ce que je me disais !».


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Une réponse à “Grichka Bogdanoff, un penseur cosmique”


B.
20 avril 2014 Répondre

Appréciation :

« Scientifique de renom »… Je sais bien que notre école n’a rien à voir avec les sciences, mais svp un peu d’objectivité quant à ces personnages au caractère scientifique quelque peu controversé.

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