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Hauts Parleurs, l’association qui parle aux collégiens

« L’association souhaite développer l’esprit critique et la curiosité des élèves pour former des citoyens qui contribuent à la construction d’une société solidaire, démocratique et respectueuse. Au-delà des savoirs qu’elle transmet, l’association veut apporter à tous des repères et des moyens pour vivre en société : s’exprimer, analyser, comprendre, construire avec d’autres sur la base des savoirs acquis. » Tel est le mot d’ordre de l’association Hauts Parleurs, souvent méconnue à Sciences Po, car comptant moins du vingtaine de membres et communiquant très peu. Nous nous arrêtons aujourd’hui sur son activité.

Tout est parti du stage d’intégration effectué par les étudiants pendant la première semaine de la première année à Sciences Po. Steve Krief, créateur de l’association Hauts Parleurs, s’est aperçu que les initiations à la prise de parole lui auraient été utiles bien avant le stage d’intégration, pour l’oral du brevet, les oraux du baccalauréat et bien sûr celui conditionnant l’entrée à Sciences Po. Cette initiation arrivant très tardivement, voire pas du tout selon les parcours d’études et professionnels empruntés, les Hauts Parleurs proposent des cours de prise de parole en public dans des classes de collèges de France métropolitaine et répondent ainsi à une véritable nécessité.

L’association est reconnue pour la deuxième fois lors de la rentrée 2015. Son action pour le moment dirigée vers les collèges. Elle pourrait dans les mois à venir intervenir à Sciences Po si les étudiants en faisaient la demande. Pour se faire connaître, l’association participe à des concours. En 2015, elle s’est rendue jusqu’en finale aux prix des alumni de Sciences Po et a aussi remporté le prix Ernst & Young de la meilleure association de Sciences Po. Ces résultats ont constitué une réelle impulsion pour continuer et étendre son projet.

« Faire en sorte que l’apprentissage vienne des élèves. »

Les intervenants des Hauts Parleurs adoptent une approche ludique de l’enseignement. Les maquettes d’intervention se basent sur des exercices construits avec le groupe des membres de l’association. Ils utilisent par exemple l’exercice des silences : l’un des deux intervenants s’adresse ainsi, calmement, aux élèves :

« Je vais vous dire quelque chose de très important. » Il se tait pendant quelques secondes, puis continue : « Le silence est fondamental. » Les élèves prennent ainsi eux-même conscience de la sensation du poids du silence et de l’outil qu’il peut devenir pour ralentir, se poser et reprendre ses esprits.

 

« Parler bien, parler plus »

L’aisance de la parole vient avec la pratique et l’entrainement, la répétition étant essentielle dans l’apprentissage. Les conseils des interventions sont réalisés de telle sorte qu’ils peuvent être réutilisés lors de tous types d’oraux. Ils ont pour but d’ouvrir « une porte vers un mode de communication qui n’est pas partagé à l’école », et permettent non seulement d’acquérir des méthodes pour passer un entretien plus aisément, mais peuvent aussi aider à la communication des jeunes élèves avec leurs parents, leurs amis, et leurs professeurs avec lesquels le contact est parfois difficile.

Les intervenants essayent de faire comprendre aux élèves que la relation avec le professeur peut être autre chose qu’une écoute passive, et que l’ennui passe avec la participation et l’écoute active. Au lieu de prendre des notes artificielles sur les attitudes à adopter lors d’une prise de parole, les élèves regardent et écoutent une demi-heure les intervenants qui croisent les bras et mettent leurs mains dans les poches pour leur faire déduire la mauvaise impression des tics gestuels. Pendant la demi-heure suivante, les élèves appliquent les méthodes en pratiquant devant les autres et intériorisent ainsi plus facilement les conseils.

© Hauts Parleurs

 

« Si ne serait-ce qu’un élève de la classe y arrive, on a gagné. »

Depuis deux ans, l’association a déjà rencontré près de 1000 élèves et a pour ambition d’augmenter significativement ses résultats chaque année. Les interventions dans les classes se font généralement durant les mois de janvier et juin (pendant les vacances de Sciences Po). Les élèves sont assez demandeurs des interventions pendant les heures de cours, pour l’originalité de l’exercice et surtout se rassurer en groupe avant les oraux.

L’année prochaine, les Hauts Parleurs comptent être de nouveau reconnus et étendre leur action dans davantage de collèges. Avec bientôt trois ans d’existence, l’association pourra bénéficier de l’agrément du rectorat de l’Académie de Paris et ainsi participer au service public de l’enseignement. L’équipe des Hauts Parleurs a aussi le projet d’organiser des conférences à Sciences Po pour sensibiliser à la question de l’éducation et aux transformations des méthodes d’apprentissage.

Tous les étudiants peuvent rejoindre l’équipe et réaliser les interventions auprès des élèves, après avoir suivi une courte formation qui assure le même niveau de qualité de méthode et de contact, et même une « Marque Hauts Parleurs ». Les membres de l’association interviennent en binôme en privilégiant la mixité dans la mesure du possible, et suivent une maquette identique, toujours avec les trois parties « attitude, confiance en soi et écoute », mais avec un libre choix des exercices dont le répertoire est fixé lors de réunions. Les Hauts Parleurs sont à la recherche permanente de nouvelles énergies pour continuer l’innovation de cette maquette. Pour en savoir plus.