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Que connaître d’Henri Guaino avant son Grand Oral ?

Après Benoît Hamon en septembre dernier, c’est au tour d’Henri Guaino de passer son Grand Oral jeudi 29 octobre, devant Sciences Po TV et La Péniche. Avant la venue de l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, voici 5 choses qu’il faut savoir à tout prix sur Henri Guaino.

 

A Sciences Po Paris, il commence à avoir ses habitudes

C’est seulement 6 mois après sa dernière conférence à Sciences Po qu’Henri Guaino s’apprête à remettre le couvert pour un Grand Oral dans l’amphithéâtre Boutmy. Visiblement, le diplômé de la promo 1978 de Sciences Po Paris aime revenir sur les bancs du 27 rue Saint Guillaume.

Invité en avril dernier par Critique de la Raison Européenne (CRE) en partenariat avec l’UMP Sciences Po sur le thème « Quel avenir européen pour la France ? », le député des Yvelines avait alors rempli l’amphithéâtre Caquot … moins d’une semaine seulement après sa présence dans l’amphi Boutmy en tant que juré du Prix Philippe Séguin 2015 !

© Sciences Polémiques

Jeudi, il arrivera donc en terrain connu. Au moment d’entamer la séquence de l’interview politique de Benjamin Duhamel, ce sera d’ailleurs la troisième fois qu’il se confrontera aux questions de Sciences Po TV puisqu’en 2011, Henri Guaino avait déjà répondu aux questions de la télévision étudiante depuis les bureaux du Palais de l’Elysée, et en 2013 dans l’interview Yahoo-Sciences Po TV.

 

Il ne passera pas l’été 2016 avec Alain Juppé

Entre le peut-être-futur-président-de-la-République et Henri Guaino, le moins que l’on puisse dire est que les relations n’ont jamais été très cordiales. D’ailleurs, dès l’ouverture de la conférence de CRE pour sa dernière venue à Sciences Po, le député des Yvelines n’avait pas manqué d’égratigner avec une ironie cinglante le maire de Bordeaux : « je suis presque gêné d’arriver devant tant de personnalités tellement éminentes [NDLR : référence à la venue d’Alain Juppé à Sciences Po en mars dernier]… Elles incarnent toutes … disons quelque chose, qui résume assez bien d’ailleurs l’histoire de notre pays de ces 30 et 40 dernières années et des nos élites dirigeantes qui ont façonné cette société merveilleuse, cette Europe extraordinaire et ce monde fantastique dans lequel nous vivons aujourd’hui. »

Depuis un peu plus d’un an, les passes d’armes entre les deux hommes sont légion. Au printemps 2014, Alain Juppé avait invité Henri Guaino à quitter l’UMP après qu’il eut annoncé qu’il ne comptait pas voter pour le pro-européen Alain Lamassoure, tête de liste UMP aux européennes en Ile-de-France. « Ce sont des mots qui sont empreints d’arrogance, d’un mépris qui sont peut-être franchement déplacés », avait rétorqué Henri Guaino avant de s’en prendre vigoureusement à Alain Juppé trois mois plus tard sur l’antenne d’Europe 1 :  « je croyais que les épreuves de la vie avaient enfin débarrassé Alain Juppé de cette épouvantable arrogance, de cet épouvantable mépris dont il accable depuis toujours tous ceux qui sont en désaccord avec lui (…) J’avoue que je commence à être un peu fatigué des leçons de monsieur Juppé. »

© Europe 1

L’inimité entre les deux hommes ne date pas d’hier : derrière la fraîcheur des relations entre Henri Guaino et Alain Juppé transparaît en réalité les fractures du RPR des années 90, et la très forte rivalité entre le « meilleur d’entre nous » libéral pro-européen et le souverainiste Philippe Séguin, les deux frères ennemis de la chiraquie.  “Je me souviens comment Juppé a dirigé le RPR quand il en était le secrétaire général dans les années 1980 et 1990. Je n’oublierai jamais la façon dont on a traité à l’époque des gens comme Philippe Séguin, Charles Pasqua, tous ceux qui de temps en temps se levaient pour dire non”, avait ainsi récemment déclaré Henri Guaino.

 

Il y a des chances que Guaino pique une colère noire dans l’amphi Boutmy

L’ancien conseiller spécial du président Sarkozy est un grand spécialiste des coups de colère et des coups de sang sur les plateaux télé. En 2014, lors du débat sur le mariage pour tous, il s’emporte contre Jean-Luc Romero et quitte furieux en cours d’émission le plateau de l’émission C A Vous sur France 5. L’échange entre les deux hommes avait dérapé lorsque Jean-Luc Romero, lançant à Henri Guaino « vous ne me respectez pas car vous ne souhaitez pas que je puisse me marier », avait provoqué la colère du conseiller spécial.

En 2012, le ton était montré Henri Guaino et l’ancien président du conseil général de l’Essonne Jerome Guedj sur le plateau de La Voix est Libre (https://www.youtube.com/watch?v=0cQ1-Hyfns0), sur France 3, et le premier, irrité d’être coupé en permanence, avait piqué une colère noire en lâchant un « Mais c’est insupportable à la fin ! (…) Et si je vous traite de sale con ça va vous plaire ? ponctué d’un très finkelkrautien “Taisez-vous”.

Mais la saillie la plus mémorable d’Henri Guaino sur un plateau télé reste son altercation avec Joseph Macé-Scaron, en 2013, au sujet du débat sur l’identité nationale. L’actuel député des Yvelines avait piqué une colère noire lorsque le rédacteur en chef de Marianne lui reprocha d’avoir mené un débat qualifié « d’indigne ».

 

C’est lui qui a importé les figures de la gauche dans le champ lexical de la sarkozie

Ce gaulliste social, ancien chargé de mission auprès de Philippe Séguin au Palais-Bourbon, avait déjà inspiré le thème de la campagne de 1995 de Jacques Chirac,  la fameuse « fracture sociale ».

Après une longue traversée du désert, il devient la principale plume du candidat Nicolas Sarkozy pendant l’élection présidentielle de 2007 et c’est lui qui va faire du militant communiste Guy Môquet une des références historiques majeures de la campagne électorale. C’est au printemps 2006 qu’Henri Guaino fait lire à Nicolas Sarkozy la fameuse lettre de Guy Moquet : le futur président de la République se dit alors « profondément bouleversé », et n’hésitera pas à la citer allègrement, depuis son discours d’investiture de janvier 2007 jusqu’au lendemain du 2nd tour.

© Le Point

Les nombreuses références aux figures tutélaires de la gauche Jean Jaurès et Léon Blum que fera Nicolas Sarkozy au cours de la campagne de 2007 ont également été inspirées par Henri Guaino. En 2012, pour le grand discours du Trocadéro, Guaino retente le coup : « comme lors de la campagne de 2007, nous voulions désaffilier les discours »explique-t-il.

La figure jaurèsienne des républicains des deux rives, Guaino aime la prendre comme référence. « Ce n’est pas gênant pour un républicain de parler de la prière. Ce n’est pas gênant pour un républicain de parler de la foi. Jaurès disait « le mot ‘Dieu’ ne me fait pas peur ». Voilà : le mot prière ne me fait pas peur », affirme-t-il en soutien à une prise de position de Nicolas Sarkozy au sujet de la prière.

Une citation de Jaurès qu’il maîtrise bien puisque dans le discours de Dijon d’avril 2007 qu’il avait écrit pour Nicolas Sarkozy, il l’avait déjà évoquée : « La France est une synthèse des 2000 ans de chrétienté et la morale laïque. Je suis prêt à dire, pardon Monsieur Hollande, comme Jaurès : « le mot Dieu ne me fait pas peur. » Monsieur Hollande, laissez donc Jaurès tranquille, il est trop grand pour vous ! »

Et tout récemment, en août 2014, dans un entretien pour Réforme, un hebdomadaire protestant, Guaino avait chaudement salué les qualités de l’ancien leader de la SFIO : « Jaurès était selon moi un personnage d’un immense talent, d’une immense culture, qui a fait de la politique avec son talent et sa culture. Il n’a jamais fait de concessions – qu’elles soient intellectuelles ou morale – à la facilité. Il a parlé aux ouvriers de la même façon qu’aux députés, aux intellectuels ou aux lycéens. Sa conception de l’engagement politique l’a toujours porté à viser haut. »

 

Pour Guaino, Hollande est un homme de la IVème République

Héritier fidèle de Philippe Séguin, eurosceptique patenté, profond admirateur du général de Gaulle, défenseur acharné du scrutin majoritaire, Henri Guaino voue une fidélité absolue aux grands principes de la Vème République. Et il aime rappeler lors de ses nombreuses interventions médiatiques à quel point François Hollande trahit selon lui le modèle de la présidence gaullienne.

En 2011, dans une réunion publique, il déclare au sujet de François Hollande : « ce n’est pas la gauche molle, c’est la gauche mollet ». Quelques semaines plus tard, il précise sa pensée en expliquant que « la conception de la politique de François Hollande, c’est l’art du compromis, de la synthèse, du marchandage. Bref, c’est l’esprit de la IVe République opposé à celui de la Ve. Cela me rappelle la vieille SFIO de Guy Mollet. Quand Mollet était président du Conseil en 1956, confronté à des problèmes économiques et à la guerre d’Algérie, il a cherché partout des compromis sans jamais trancher, et cela a conduit la IVe République au désastre. »

Dès le 16 mai 2012, dix jours après l’élection de François Hollande, il remet le couvert en estimant que « Hollande est plus proche de la IVe République que de la Vème ». Rebelote en 2014 au cours d’une interview sur RTL où il déclare que « Hollande est un homme de la IVe République. C’est un homme qui déteste la Ve République et qui veut absolument la démolir pan par pan. Un homme pour qui la modernisation de nos institutions, c’est la fin de la Ve République. »

Si vous n’avez toujours pas pris votre place pour faire partie du jury d’Henri Guaino jeudi soir, n’hésitez plus !
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