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Journalisme numérique : les geekeries de l’EDJ

edj marie

Evaluer le caractère sexiste d’une affiche publicitaire ? Savoir combien gagne ton voisin ? Suivre les campagnes électorales de plus près ? Tout cela est possible grâce aux sites internet créés par les étudiants de l’École de Journalisme de Sciences Po, qu’il s’agisse de combiengagnemonvoisin.com ou stereopub.edj-code.fr.

Ces projets s’inscrivent dans la formation numérique proposée par l’EDJ dans sa maquette pédagogique. Car, comme l’a souligné Jacques-Antoine Granjon lors de la masterclass organisée le samedi 15 novembre, “la presse est en mutation”et l’EDJ de SciencesPo s’est efforcée depuis sa création d’adapter son cursus à ces transformations du métier de journaliste.

 

L’EDJ face aux transformations du métier de journaliste

Face à l’indispensable polyvalence des journalistes aujourd’hui, l’EDJ s’est en effet engagée dans une approche particulièrement axée sur les médias webs. Ainsi, les étudiants y apprennent aussi bien à communiquer sur leurs productions qu’à les réaliser. C’est le “bagage culturel indispensable qu’un étudiant en journalisme doit apprendre en 2014 pour exercer son futur métier”” estime Alice Antheaume, directrice adjointe de l’EDJ.

La formation numérique de l’école devient  ainsi dès sa création en 2007  un “pilier” du Master proposé par SciencesPo. L’intérêt est alors, selon Alice Antheaume, de former “des journalistes professionnels qui vont pouvoir travailler sur différents formats et différentes temporalités”. Image, son, interaction avec audience, breaking news, long format… La clé est de savoir s’adapter.

L’École de Journalisme de Sciences Po se veut donc formatrice d’une “agilité intellectuelle” permettant le passage aisé d’un format à un autre en trouvant l’angle approprié pour traiter l’information. “On se creuse la tête tous les jours pour savoir ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Pour essayer d’apporter quelque chose qui n’a pas été dit de cette manière-là” confirme Anne Sinclair, directrice du Huffington Post. Ce “Média de complément”, selon ses propres mots, organisait une masterclass exceptionnelle le 15 novembre en partenariat avec l’EDJ.

“Il s’agit d’essayer de mêler les techniques du digital et les techniques de l’Internet” a-t-elle poursuivi en s’appuyant sur une infographie réalisée au sujet des bateaux Mistral qu’Hollande refuse de vendre à la Russie. “Plutôt que de répéter la même information que tout le monde, on s’est interrogé, sur comment traiter cette affaire directement”. Trouver un angle et une manière d’aborder un sujet, là est toute la délicatesse du journalisme. D’autant plus s’il est numérique. Interview, vidéo, Foire aux Questions… Un tas de solutions est à disposition, il faut donc choisir en connaissance de cause et c’est une compétence “très difficile à acquérir” confirme Alice Antheaume. C’est donc précisément ce que cherche à apporter l’EDJ à chacun de ses futurs diplômés.

 

“Être capable de concevoir un projet de A à Z”

Concevoir un projet, “c’est aussi bien du code que de l’écriture, de la conception d’interface que de la production de contenus, du travail avec les journalistes et avec des développeurs” explique Alice Antheaume. Pour cela, l’école a développé plusieurs ateliers ciblés qui ont donné naissance aux sites internet cités plus haut. L’atelier de culture numérique, propose par exemple l’étude des algorithmes Twitter ou Google et la manière de les apprivoiser pour diffuser au mieux son information.

Plus original, les étudiants apprennent également à réagir face aux trolls, véritables fléaux du journalisme, que la Grande-Bretagne a même décidé de sanctionner pénalement il y a peu. On trouve également un atelier spécifique de codage digne des geeks informatiques avec les acronymes barbares d’html, php ou javascript.

C’est d’ailleurs dans le cadre de ces ateliers de codage que sont nés les sites internets des étudiants. Au delà de l’aspect ludique ou de la visée sociale d’un site comme Stéréopub, c’est la capacité à maîtriser les techniques du digital qui est développée par les étudiants. Les ateliers de codage encouragent les étudiants à créer des algorithmes qui permettent par exemple de comparer votre avis sur les publicités de Stéréopub, avec les utilisateurs précédents.

Autrement, avec des sites comme Paris5sur5, Platderesistance et même Parisbyfood les sujets semblent converger sur celui de Paris et de la nourriture. Doit-on y voir une obsession ? Ce sont les étudiants qui choisissent leurs sujets. Il y en a un d’ailleurs très intéressant sur le centenaire de la Première Guerre mondiale [ndlr : 14-14]” justifie Alice Antheaume. Et d’ajouter “Paris5sur5 a été créé pendant la campagne municipale. Les étudiants se concentraient sur les cinq arrondissements qui pouvaient soit passer à droite, soit passer à gauche sans certitude. Le site proposait ainsi un zoom sur un sujet que les médias nationaux n’avaient pas l’occasion de traiter.”

Des sujets aussi originaux qu’intéressants qui amènent même certains étudiants à voir plus loin. Ainsi, les concepteurs de combiengagnemonvoisin.com envisagent aujourd’hui de vendre leur projet. Le site aujourd’hui protégé par un mot de passe, pourrait donc être acheté et diffusé plus largement, prouvant l’utilité et la portée grandissante de cette formation numérique, aujourd’hui indispensable.