La conférence Politiqu’elles : comment combattre le sexisme en politique ?

il y a 8 mois par dans Actualités, Vie du campus

Mardi dernier, l’association Politiqu’elles organisait sa grande conférence de l’année, à l’occasion du 70ème anniversaire du droit de vote des femmes. Traitant de l’avenir des femmes en politique, elle aurait dû se dérouler en présence de la Ministre du Droit des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Mais, conjoncture politique oblige, celle-ci n’a pu s’y rendre. Retour sur cette conférence bouleversée par le  remaniement du premier gouvernement paritaire de la République française.

Les invitées à la conférence Politiqu'elles, de gauche à droite : Brigitte Grésy, Réjane Sénac, Janine Mossuz-Lavau, Françoise Gaspard et Jeannette Bougrab.

Les invitées à la conférence Politiqu’elles, de gauche à droite : Brigitte Grésy, Réjane Sénac, Janine Mossuz-Lavau, Françoise Gaspard et Jeannette Bougrab.

La question de la parité et plus généralement de la place des femmes en politique est ancienne. Malgré cela, bien que l’on avance à petits pas, la situation reste compliquée pour les militantes, ministres ou encore mandatées. Le sexisme en politique est un vieil enjeu dont la résolution nécessite un petit lifting. En effet, malgré l’instauration de la parité en 2000 et comme l’a justement rappelé Fatima El Ouasdi, présidente de Politiqu’elles, « nous reproduisons les mêmes erreurs que nos aînés ».

« Les hommes ne sont pas les méchants, et les femmes les gentilles. »

Réjane Sénac, Janine Mossuz-Lavau et Françoise Gaspard répondant aux questions d’Alice Liogier, vice-présidente de Politiqu’elles.

Réjane Sénac, Janine Mossuz-Lavau et Françoise Gaspard répondant aux questions d’Alice Liogier, co-présidente de Politiqu’elles.

Car, rétablissons d’abord une réalité  : les femmes sont tout autant sexistes que les hommes. C’est ce qu’a assuré Jeannette Bougrab, ministre du gouvernement Fillon. Le sexisme prend sans nul doute origine dans les mœurs dépassées de certains hommes. Il se rencontre aussi bien en politique que dans le monde de l’entreprise. Dans la politique, selon Brigitte Grésy, il prend seulement des formes différentes plus manifestes. Il y est d’abord beaucoup moins bienveillant. L’homme politique, n’ayant de compte à rendre qu’à ses électeurs, ne se soucie en aucun cas des normes sociales qu’il viole en poussant un « cot-cot » à l’attention d’une député, en plein débat parlementaire. Ces incidents révèlent-ils que « l’homme est mal quand il y a une femme dans un périmètre serré » comme l’a affirmé Réjane Sénac, chercheuse au CNRS ?
Peut-être. Mais si les hommes en sont les premiers coupables, le pire reste que les femmes intègrent ces stigmates, qu’elles se mettent des barrières elles-mêmes. Et leur mise en avant par la parité ne fait parfois qu’engranger une lutte plutôt qu’une solidarité féminine, témoignage de Mme Bougrab à l’appui. Elles adoptent des pratiques minoritaires, visant à mettre à l’écart leurs pairs pour mieux profiter du prestige de la place qui leur est accordée.  Le sexisme semble donc difficile à combattre, tant il est intériorisé.

L’échec de la sensibilisation historique

L’avancée du droit des femmes est le fruit d’un travail aussi acharné que long. Tellement long, que son histoire semble infinie. Jeanine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au CNRS, et Françoise Gaspard ont répondu à la première question de la co-présidente de l’association Alice Liogier, par une litanie de dates, acronymes et pourcentages. Ce discours bien trop historique et théorique a vraiment fait regretter l’absence de Najat Vallaud-Belkacem. Bien que pour aborder l’avenir, il vaille mieux connaître le passé, les dates se succédaient mécaniquement sans réel intérêt. Il semble qu’afin de mobiliser, les témoignages de soixante-huitardes potentiellement signataires du « Manifeste des 343 salopes » soient bien moins efficaces que des anecdotes sur la vie politique féminine d’aujourd’hui.

 

« J’ai tous les handicaps : je suis une femme, maghrébine, célibataire et j’ai 40 ans. »

Fatima El-Ouasi, présidente de Politiqu’elles pendant son discours de présentation : « Nous reproduisons les mêmes erreurs que nos aînés ».

Fatima El-Ouasi, présidente de Politiqu’elles pendant son discours de présentation : « Nous reproduisons les mêmes erreurs que nos aînés ».

C’est ainsi que Jeannette Bougrab, dont l’arrivée tardive a néanmoins apporté de la fraîcheur au débat, a ouvert son discours sur la lutte contre les discriminations. « Lorsque j’ai voulu adopter une petite fille, j’ai dû garantir que je ne m’impliquerais plus en politique » a ajouté l’ex-présidente de la HALDE. Ce petit moment de pathos ajoutés aux récits de ses voyages dans différents pays aussi women-friendly que le Pakistan ou le Yémen, ne sont pas restés sans effet.  Les témoignages de femmes, les anecdotes – non sans une touche d’humour – semblent rester le meilleur moyen de mobiliser. C’est ce qu’ont semblé assurer les rires et l’attention croissante de l’assemblée lors de la prise de parole de Mme Bougrab. Relayée par Brigitte Grésy, membre du Conseil supérieur de l’égalité entre les hommes et les femmes, les anecdotes sexistes ont fusé : « J’ai dû faire l’ENA pour avoir le droit de parler d’ordures ménagères » (Brigitte Grésy), « On m’a reproché d’être venue en robe, bras nus au Sénat » (Jeannette Bougrab). La conviction affichée dans leurs voix lorsqu’elles exhortaient l’assemblée à s’engager, fit éclater les rires dans l’amphi. Rires, semblant masquer la gêne face à un problème qui malheureusement persiste.

La parité constitue la mesure la plus significative concernant la place des femmes en politique. Mais leur avenir en politique semble obscurci par le sexisme ambiant régnant dans les couloirs des ministères ou de l’Assemblée. Et, bien que Brigitte Grésy assure que les quotas soient la solution, on a encore du mal à y croire. Car, l’absence d’hommes pour la conférence, soulignée par Jeannette Bougrab, « prouve que les femmes s’occupent des problèmes de femmes ». Et, on ne peut que lui accorder crédit, alors que Najat Vallaud-Belkacem – une femme donc – a été reconduite au Ministère du droit des femmes.


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Marie Zafimehy

2A éternelle perfectionniste. Accro au café noisette et aux Pom'potes.

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4 Réponses à “La conférence Politiqu’elles : comment combattre le sexisme en politique ?”


Siegrist
8 avril 2014 Répondre

Bon article. Mais il y avait des hommes à cette conférence. Bien plus de femmes certes mais presque 50 hommes sur les 200 participants. Dont moi. Je suis resté jusqu’au bout d’ailleurs. Enfin 25% d’hommes quand il y a 60 % d’étudiants de sexe féminin à sc po c’est pas si mal non ? Mais si cela te semble négligeable … Peut etre voulais tu dire l’absence d’hommes parmi les intervenants dans ce que là autant pour moi.

Marie Zafimehy Marie Zafimehy
8 avril 2014 Répondre

Oui, bien entendu que je ne parle que des intervenants, mais c’est vrai que c’est mal dit ! C’est bien entendu l’absence d’hommes pour débattre qu’a soulevée Jeannette Bougrab. Elle a dit qu’il n’y avait « que des femmes sur l’estrade », ce qui prouvait que « les femmes s’occupent des problèmes de femmes ».

Fatima EL OUASDI
9 avril 2014 Répondre

On a essayé d’avoir des hommes sur la chaire ce soir là, tout cela pour vous dire que c’est bien facile de la part de Jeannette Bougrab de dire qu’on pense « entre femmes » mais les hommes sont peu nombreux à se bousculer pour en parler… C’est regrettable. Cela étant, nous affichons une volonté différente dans l’association, le secrétaire général est un garçon (oui oui!) et lors de la dernière rencontre organisée par l’association, il y avait autant de garçons que de filles ;)

Pour l’anecdote des épaules découvertes : l’Assemblée nationale tout comme le Sénat sont comparables des lieux de culte. On ne peut pas y entrer sans être « habillés décemment ». Barbara Romagnan, députée PS que nous avons reçu à Politiqu’elles avait pointé le même fait… Les huissiers vous courent après si vous n’avez pas les épaules couvertes.

L’introduction de NVB n’était absolument pas prévue dans la maquette originelle. Nous avons eu beaucoup de chance de la voir accepter notre invitation. Son introduction aurait été un plus, mais nous n’avons pas eu de chance. Il est à noter aussi que Frédéric Mion a fait une excellente introduction, très riche, documentée sur l’histoire des femmes dans Sciences Po. Je regrette que l’on n’en fasse pas mention dans l’article.

*Alice LIOGIER est co-présidente de l’association. Puis, pour mon nom de famille je suis habituée aux fautes :)

Merci pour l’article !

LE STREAMING DE LA CONFÉRENCE : https://www.youtube.com/watch?v=aydh_54SjeQ

Clotilde
9 avril 2014 Répondre

Un article plutôt fidèle à la réalité. Mais pourquoi choisir d’a peine mentionner Réjane SÉNAC, pourtant chargée de recherche au CNRS et au CEVIPOF et membre du comité de pilotage de PRESAGE, qui a, me semble-t-il, montré beaucoup plus de respect envers l’assemblée et les autres participantes au débat que Jeanette Bougrab, qui semblait absolument ennuyée (et c’est un euphémisme), d’être là, qui s’est assise aux côtés des autres et a sorti son ordinateur, qu’elle a fermé pendant son temps de parole et réouvert dès l’instant où elle a eu fini de parler?
Sinon, bonne description. J’ai trouvé Brigitte Grésy vraiment enthousiaste et enthousiasmante.

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