La Fiche de lecture: François Sureau, « Le Chemin des morts »

il y a 9 mois par dans Le Mag', Littérature Tags : , ,
Source : France Info

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Vous attendiez avec impatience une Fiche de lecture sur le dernier prix Renaudot, Naissance, de Yann Moix, 1300 pages ? La Péniche, journal anticonformiste et inspiré, vous propose à la place Le chemin des morts, de François Sureau, 45 pages tout mouillé.

Vous le lirez d’autant plus volontiers qu’il se destine, entre autres, à tous ceux qui ambitionnent de finir dans les bureaux cossus du conseil d’État. En effet, avant d’être avocat et écrivain, François Sureau a été auditeur dans cette institution tantôt vénérée pour la finesse de sa jurisprudence, tantôt raillée pour son caractère archaïque et schizophrène, à la fois conseiller et juge de l’État. Mais je m’égare. Le Chemin des morts, c’est l’histoire d’une décision rationnelle, raisonnée et raisonnable. Devant la commission qui traite les demandes d’asile politique, où officie le narrateur-auteur au moment des faits, comparaît un vétéran de la résistance au franquisme et membre de l’ETA, convaincu de courir un grave danger dans son pays d’origine. Prémisse majeure : le Conseil d’État n’accorde l’asile politique qu’aux ressortissants victimes de persécutions de la part de gouvernements antidémocratiques. Prémisse mineure : l’histoire se déroule en 1983, alors que l’Espagne est déjà sortie de la dictature et reconnue par tous comme une démocratie. Le syllogisme juridique tombe comme un couperet.

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Le Chemin des morts ne fait pas le procès du conseil d’État. L’institution en elle-même n’est rien : l’important, c’est l’individu qui se cache derrière le masque du juge. Humain donc sociable, il interagit avec son entourage : la relation du narrateur avec son président de section, Georges Dreyfus, occupe une place centrale dans le récit. Humain donc faillible, « lorsqu’il adopte une solution, c’est bien souvent que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage. »

Sans être un mea culpa, c’est donc le témoignage d’un homme égaré sur un chemin qu’il était prédestiné à suivre, poussé par des forces qui le dépassent. Le style est concis sans être militaire. Au contraire, le rythme des phrases, brèves et resserrées, se met au service d’une écriture spontanée, qui ne cherche pas à accumuler aphorismes et autres artifices littéraires. Sans grandiloquence mais non sans grandiosité, François Sureau se remémore la réalité de son quotidien, de l’étude des dossiers jusqu’à la session qui scelle le destin des requérants. Entre deux verres avec ses collègues, il nous ouvre les coulisses du droit dans ce qu’il a de plus puissant et de plus cruel : le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets.

Futurs énarques, tournez sept fois la langue dans votre bouche avant de prendre des décisions rationnelles, raisonnées et raisonnables.


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Responsable du Magazine en 2013-2014, intervieweur de personnalités du monde de la culture et de professeurs de Sciences Po. À ses heures perdues, chargé de la communication du Mag'. (Les calembours vaseux, c'était lui.)

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Une réponse à “La Fiche de lecture: François Sureau, « Le Chemin des morts »”


Lagoutteaunez
12 novembre 2013 Répondre

Appréciation :

Critique un peu faible…Et un peu facile. On a vraiment l’impression en lisant que c’était pour ajouter un article en plus. Et si, justement, quelqu’un avait le courage de lire « Naissance » pour faire une critique un peu plus approfondie ?

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