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Acte II à Nancy : entre nouveauté et désillusion, par Der Parvenu

En septembre dernier, l’annonce de la réforme du collège universitaire a provoqué remous et excitation au sein du campus franco-allemand de Sciences Po. Un an et de nombreux changements plus tard, les premiers avis objectifs émergent de la masse éclectique de notre Kampus. Bilan.

La réforme vue à travers… les cours

S’il peut se targuer d’apporter aux étudiants germanophones nancéiens un semblant d’aptitudes linguistiques anglophones, l’Acte II n’a pas fait que des heureux. De nombreux étudiants déplorent, en effet, le peu de cours dispensés dans la langue de Goethe, fruit d’une nouvelle politique des langues. Quelle déception pour beaucoup de voir ainsi disparaître toute trace de cours d’allemand sur leur emploi du temps, une fois le niveau C2 atteint (les cours de substitution ayant malheureusement été supprimés) ! Déception à laquelle l’administration réplique cordialement que Sciences Po demeure une université de sciences sociales avant tout et non une université de langues. Paradoxe, lorsque la possibilité de pratiquer à un bon niveau plusieurs langues est souvent mise en avant comme un critère de sélection de notre école et intrinsèquement du campus de Nancy.

Bien heureusement, notre Kampus préserve globalement ce pourquoi nous l’avons tous choisi : son ouverture sur l’Europe, son intérêt persistant pour l’espace germanophone, (ses victoires aux Collégiades) et son niveau académique excellent.  La création de majeures semble être intéressante, puisqu’elles permettent à chaque étudiant de se spécialiser dans les domaines qui lui plaisent. Notons tout de même que la possibilité de rester généraliste grâce au tronc commun demeure envisageable. Toutefois, il est encore impossible de dresser un bilan fidèle et précis de ces majeures, puisque leur mise en place ne sera effective qu’à partir de la rentrée.

Parlons enfin de la troisième année à l’étranger. A nouveau, l’Acte II s’impose de manière contrastée sur le campus de Nancy. Tout d’abord heureux de la disparition des dérogations, qui rend l’ouverture à l’internationale plus vaste encore, les étudiants ont eu la stupéfaction de découvrir la nouvelle carte des universités. Beaucoup d’entre elles sont désormais inaccessibles à certaines majeures… certaines de ces dernières étant plus pénalisées que d’autres. L’Allemagne bénéficie tout de même d’un choix assez large et égalitaire d’universités dispensant des cours dans les trois majeures. Le campus de Nancy semble donc ici moins pénalisé que d’autres campus, bien que tous ses étudiants n’envisagent pas une troisième année dans un pays germanophone.

La réforme vue à travers… le parcours civique

Grande nouveauté de la réforme, le parcours civique se déploie depuis l’année dernière sur notre Kampus et s’impose petit à petit à la masse étudiante nancéienne prise de court. Les étudiants déplorent la lenteur avec laquelle chaque étape est mise en place, négligeant un temps d’organisation nécessaire pour chacun. Ainsi, les informations concernant le stage civique ne leur sont parvenues qu’en janvier, et celles sur le projet civique fin août, pour une rentrée prévue le 3 septembre.

En dépit de cela, le parcours civique possède tout de même plusieurs atouts. L’opportunité donnée aux étudiants de s’engager pour une cause qui leur est chère semble être une bonne idée. En outre, l’éclectisme des associations et projets proposés permet à chacun de s’adresser à un public précis et ciblé. Le cadre institutionnel et universitaire qui lui est conféré peut également être perçu comme une bonne chose puisqu’il motive plus qu’il ne dissuade. Les étudiants nancéiens issus des systèmes scolaires allemands et autrichiens sont d’ailleurs familiers avec ce type d’engagement civique. En effet, leur système éducatif promeut en effet le volontariat face à la question de la précarité ou de l’immigration, par exemple. Le parcours civique s’avère donc être non seulement une opportunité pour certains de se dédier à une cause nouvelle, mais également, pour d’autres, la possibilité de continuer à s’investir dans une cause qui leur est chère.

Néanmoins, il convient de préciser que certaines conditions de validation demeurent problématiques pour certains étudiants : travailler bénévolement de quatre à six semaines pendant les vacances d’été ou encore trouver un stage de 35h par semaine dans une association s’avère parfois plus compliqué que ne l’envisage l’administration parisienne.

En conclusion, l’Acte II du Collège Universitaire s’impose de manière contrastée sur le campus de Nancy. Apportant de nombreuses améliorations dans plusieurs domaines, il possède également ses limites. La promotion 2022 étant la première génération à expérimenter ce nouveau processus d’enseignement, il semble naturel et légitime que des doutes et des problèmes émergent.

La réforme ne pourra être jugée par les étudiants nancéiens à son juste titre qu’à l’issue des trois années de licence. Toutefois, nous pouvons d’ores et déjà formuler le vœu d’une communication apaisée et favorisée entre étudiants et administration, afin de soulager les promotions suivantes des angoisses et frustrations, qu’une telle réforme peut -légitimement – engendrer.