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LE MAG – Festiféros 2016, plus on est de fous plus on rit

Un article de Valentin Boissais et Valentine Fantino.

Organisé par l’association de théâtre Rhinocéros, Le Festiféros s’est déroulé du 29 avril au 1er mai 2016. Avec une bestiale envie de partager leur passion, les acteurs et metteurs en scène ont proposé un surprenant programme de quatre pièces Honni soit qui mal y pense, Partition de l’inceste, Illusions et Juste le ciel et moi inédites à l’atmosphère bien à part. Nous y étions.

 

Une association joyeusement loufoque 

Avec plus de 101 membres-comédiens (dont 25 en activité) dirigés par 7 metteurs en scène différents, Rhinocéros est un bel exemple de la diversité de Sciences Po. Etudiants du Collège universitaire, de masters et de tous les campus y sont présents. Certains sont même diplômés. Cette diversité s’étend même en dehors de notre école à l’instar d’une collaboration inédite avec les troupes de La Commedia de l’ESSEC. Bref, les planches ont de beaux jours devant elles.

Le festival Festiféros est la principale occasion de présenter leurs productions. Des pièces, comme toujours, d’une grande qualité et d’inspirations diverses et variées.

« Ça va être un festival plein de belles choses, de bonne humeur, tant attendu par tous » Elsa Sontag, étudiante de 1A et metteur en scène de Honni soit qui mal y pense, trépignante à l’idée de découvrir son public. Engagée auparavant dans une troupe de sa région, elle est ravie de retrouver cet engouement de la scène à Sciences Po.

 

Un travail titanesque

Derrière ce projet, on retrouve de nombreux amateurs bénévoles engagés. Elsa confirme qu’il s’agit d’une grande responsabilité mais la passion édulcore la charge de travail.  « Monter un spectacle tout au long de l’année, dans l’optique d’un festival étudiant, c’est avant tout être à fond dans un projet collectif, autant au niveau de la troupe qu’au niveau de l’association. C’est beaucoup d’énergie mise en commun, et qu’on espère transmettre aux spectateurs », relève Salomé, la présidente de l’association. A quelques jours du festival, elle n’a plus une minute à elle. Entre répétitions et dernières mise au point, il ne doit y avoir aucun faux pas.

Illusions, une pièce de l’écrivain contemporain Viripaev © Rhinocéros

« Les représentations sont l’aboutissement de plusieurs mois de travail, où toutes les troupes vont enfin pouvoir découvrir ce qu’elles ont respectivement fait », rappelle Elsa. Chacun cultive le secret pour mieux surprendre son public et ses collègues.

 

Partition de l’inceste, une comédie dramatique jouée les 29 et 30 avril

C’est tout en légèreté et en poésie qu’une heure et demi s’écoulent pour le spectateur devant cette pièce écrite et mise en scène par My-Linh Dang. À mi chemin entre l’univers onirique de Vian et la curiosité de celui de Myasaki (sans peut être que ce soit fait exprès), les acteurs nous transportent dans une épopée sentimentale tourmentée par la passion, les regrets, la fatalité et la sensualité.

L’ensemble de l’histoire est axée sur la demande d’une petite « poétesse » à un inventeur à la retraite pour que ce dernier lui fournisse une machine capable de ramener à la surface les souvenirs. A terme, l’objectif est de faire vivre à son père devenu aveugle une bonne expérience avant sa mort.

Chaque rôle est travaillé et taillé pour les acteurs. L’inventeur un homme semble-t-il ravagé par le regret et blasé par le temps qui passe est merveilleusement bien interprété par Gaspard Baumhauer qui parvient à faire passer au spectateur la sensation d’un personnage torturé par son passé qui revient le hanter en arrière plan (et personnifié par Gabriel Calvet et Maya Eyal). Le personnage parvient à nous faire rire mais aussi à nous communiquer une forme d’impuissance de l’homme face à une histoire qui a fini par lui échapper et qui s’est avérée fatale par le passé.

Illusions, une pièce de l’écrivain contemporain Viripaev © Rhinocéros

Face à lui une jeune poétesse, interprétée par Eve Albergel, fille du père aveugle, amoureuse de la poésie, perdue dans ses jolies mots et son désir de rendre à son père un semblant de joie avant une mort annoncé. Elle fera tout pour convaincre l’inventeur de satisfaire sa demande d’invention. Usant du verbe fin, d’une certaine forme de sensualité mais aussi d’une bonne dose d’honnêteté dans son jeu. Ce même père est interprété par Rémi Mardini dans un rôle torturé lui aussi par son passé sentimental mais également comme le spectateur le comprendra désespéré par sa condition d’aveugle et la perte de son épouse. C’est sur lui et sa fille que s’ouvre la pièce dans une première scène dérangeante sous certains égards par une violence (dans le jeu) entre la poétesse et le père qui saisit d’emblée le spectateur.

Le titre pourrait laisser le futur spectateur perplexe quant à la jovialité de la pièce. Mais c’est en réalité une véritable surprise à la sortie. En effet loin de livrer une intrigue noire (comme le terme d’inceste pourrait le laisser penser), la mise en scène arrive beaucoup plus à nous faire vivre les sentiments de chacun des personnages mais aussi à transporter le spectateur dans un monde à la fois hors du temps et poétique. Le jeu des acteurs est accompagné tout au long de la pièce du doux son d’une boite à musique ainsi que de plusieurs morceaux joués par une pianiste et une joueuse de flute traversière (Colline Charli et Annabelle Guiot). Le chant est également présent par la voix de Maya Eyal. Cette astucieuse idée de joindre à la pièce cette dimension musicale permet alors au spectateur de rester plonger dans l’univers si particulier de la pièce durant les changements de décors par exemple.

Comme vous l’aurez compris ce projet porté de bout en bout par des étudiants de Sciences Po est une belle réussite. Par son scénario bien sûr, mais aussi par le jeu des acteurs, qui ont littéralement intériorisé les personnages, entre les joies, leurs tourments et leurs regrets. C’est en somme un pari réussi pour la troupe science-piste.