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LE MAG – L’âme rongée par de foutues idées

« Avant d’entrer à Sciences po, je faisais du théâtre, en amateur. En première et en deuxième années, j’ai eu la chance de continuer à jouer grâce aux ateliers artistiques. Cela a entretenu ma passion ! Et au moment du master, j’ai choisi d’en faire mon métier. » Diplômé du master Affaires Publiques section culture en 2015, Guillaume Lambert fait partie des rares élus à être passés de Sciences Po…à la scène. Sa pièce L’âme rongée par de foutues idées est aujourd’hui à l’affiche de la manufacture des Abbesses.

Mai 68 comme source d’inspiration 

En une heure de temps, Guillaume Lambert nous plonge au coeur d’une contestation sociale dont la ressemblance avec Mai 68 est frappante. « On a créé une époque et un lieu inconnu. On a pris des libertés sur les événements », nuance tout de même l’ancien sciences piste.

Sur fond de bruitages de séries policières, d’extraits sonores de manifestations et de bulletins d’informations télévisés, la tension de cette création artistique est palpable. « On attend le moment de faiblesse pour frapper, frapper fort, pour dévorer le président », « nous sommes à l’aube d’un bouleversement politique dont personne ne peut prédire l’issue », entend-on ainsi.

La défiance et l’exaspération vont croissantes alors que la répression policière des manifestations se durcit. « Il faut leur faire commettre la brasure qui embrasera le pays » s’exclament certains leaders étudiants. Entre utopies étudiantes et tétanie politique, rumeurs, spéculations et divers rebondissements, le réalisme du texte et de la mise en scène sont saisissants.

Le spectateur, lui, est emporté par l’élégant jeu de lumières de Gauthier Ronsinet, un ami d’enfance du metteur en scène, et par le talent de l’unique comédienne, Lucie Leclerc. Dans ce thriller politique mené au pas de charge, sombre, angoissant, son visage change sans cesse : Conseillère du Premier ministre le jour, leader étudiante la nuit.

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Quelle réflexion politique ?

L’âme rongée par de foutues idées invite à interroger de grands classiques des sciences politiques. Est-il légitime d’être gouverné par des élites ? Que faire face à l’inertie sociale et politique ? Comment cette société crée-t-elle du conflit qui peut nous ronger jusqu’à notre plus profonde intimité ?

Au moment de la rédaction de la pièce, à l’été 2015, jamais son auteur n’avait pensé qu’elle puisse être jouée en parallèle de Nuit Debout. « Si le spectacle semble si actuel, c’est bien que ces questions ne sont pas si simples, et qu’il est nécessaire de continuellement les réinterroger. Nuit Debout nous a fait réfléchir et nous a poussé à réécrire certains passages. J’espère que le spectacle ouvrira un dialogue avec les spectateurs », souligne ainsi Guillaume.

En témoigne ce moment où l’actrice s’assoit entre deux spectateurs, avant de déclarer d’un ton cynique « Là, vous voyez vous avez un peu plus de sécurité, mais un peu moins de liberté. » Sans prétendre à donner un cours d’histoire ou de philosophie politique, c’est bien toute la force du théâtre que de se servir de situations fortes pour laisser le spectateur se remettre en question.

En scène jusqu’au 19 juin 2016 à la manufacture des Abbesses, 7 rue Véron dans le 18ème arrondissement. Horaires et tarifs.