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LE MAG – L’opéra Bastille comme vous ne l’avez jamais vu !

Le nouveau né du Bureau des Arts (BDA) a fait ses premiers pas. C’est une visite privée de l’opéra Bastille qui a inauguré le pôle arts vivants le 5 février dernier. Retour sur la découverte des coulisses d’un haut-lieu de l’art parisien. Sous l’impulsion de François Mitterrand, en 1982, l’opéra Bastille fait aujourd’hui partie des plus grandes salles du monde. La salle compte près de 2700 sièges. C’est plus que le mythique concert Hall de Sydney. Plus surprenant encore, aucune place n’est aveugle. L’architecte uruguayen Carlos Ott a privilégié une vision innovatrice de l’opéra visant à enrichir les interactions entre les spectateurs et les artistes. Richesse architecturale et envoûtement musical : vaste programme ! Il est temps de franchir l’arche de verre monumentale qui surplombe le parvis et de vous laisser guider par la magie des lieux .

© L’Artichaut

Les sous sols : dans les entrailles de la création

La visite commence 25 mètres sous terre, exactement sous l’emplacement de la scène principale. Notre guide, le doyen de l’opéra, nous récite avec une habilité sans pareille une liste enivrante de mesures, proportions et d’autres données chiffrées. La déferlante de détails techniques permet de prendre la mesure du chantier de l’Opéra Bastille. La conception architecturale allie le progrès technique avec le respect des canons de l’opéra classique. La complexe machinerie souterraine répond à des besoins artistiques uniques au monde. Un ingénieux système de chariots mobiles mécaniques permet de déplacer les décors en un temps record.

Tous les décors sont entièrement exécutés dans les ateliers de l’Opéra. La première étape consiste à adapter les dessins des scénaristes en maquettes de taille réduite pour matérialiser le projet. Puis, d’innombrables corps de métiers unissent leurs forces pour construire des éléments de décors uniques. Il en va de même pour les costumes. Une équipe composée d’une multitude d’artisans au savoir-faire inestimable se chargent de la conception et surtout de l’entretien des pièces.

Au fil de la visite, le guide dévoile en avant-première les titres mélodieux des prochaines oeuvres qui seront présentées à la saison prochaine. Il désigne ensuite des pièces qui gisent inachevées, dispersées dans les ateliers et éclaire sur leur aspect final. Ces confidences mettent en confiance le groupe qui se sent membre de l’équipe fourmillante de l’Opéra. Après cette exploration au coeur de l’activité quotidienne de l’institution, direction le lieu crucial où les étoiles se révèlent.

 

Musica Maestro !

Un air au loin jaillit d’une des salles de répétition. Les projecteurs s’allument. Les sciencespistes entrent sur la scène.

© Sortiraparis.com

C’était l’occasion rêvée de pousser la vocalise ! La magie est palpable. Chacun a le privilège de prendre place dans le décors du dernier joyau de l’Opéra de Paris, une adaptation libre et moderne du Barbier de Séville (à l’affiche jusqu’au 4 mars). La perfection des décors projettent le curieux dans une rue d’un quartier populaire d’une ville d’Europe du sud. Les étendages couverts de linge, les couleurs chaudes des murs qui contrastent avec les azulejos d’un bleu glacial. La recherche du détail est troublante : les post-its dans la loge du concierge, les bouchons de bières sur une table. L’emplacement de chaque objet a un sens, une utilité qui transmet au spectateur une décharge de vitalité. Chaque pièce du puzzle semble avoir été assemblée par un personnage de l’Opéra de Rossini. Le metteur en scène abolit les frontières temporelles et culturelles. Même Will Smith trouve sa place sur un poster dans une chambre à coucher. Une moto des années 70 attend sagement dans un coin de la scène son tour pour ronronner. Dans ce silence contemplatif d’avant représentation règne une symphonie d’émotion.

L’opportunité incroyable de cette visite est bel et bien de pouvoir passer de l’envers du décors à la place du spectateur en une fraction de seconde. C’est ainsi que l’on peut saisir tous les enjeux d’une représentation.

 

Un spectateur parmi 2702 autres

Une fois que l’on connaît le travail préalable, l’opéra apparaît comme un projet titanesque, chose qu’un spectateur lambda a du mal à concevoir. Plus de 26 étages, 155 000 m², pour offrir une expérience inédite à un public comblé par tant de passion et de travail.

Tant de grandeur serait vaine si le coeur battant de la structure faillait à ses devoirs. La salle de représentation est un bijou. Que se soit d’un point de vue acoustique ou bien visuel, cet espace est calculé à la perfection pour garantir un voyage musical inoubliable. L’image la plus adaptée pour la décrire est sans doute celle d’une navette spatiale.

© Opéra de Paris

D’une part, les matériaux bruts tracent des mouvements à la fois linéaires et souples qui donnent une impression de flottement. Chaque courbe est étudiée pour favoriser une osmose impeccable avec le son. Le plafond vitré rétro-éclairé crée une illusion de puit de lumière très agréable. Le guide confie, avec un peu d’ironie, que des spectateurs se demandent parfois comment obtenir l’obscurité lors des spectacles de l’après-midi. Le plafond a aussi une utilité scénique car ses lampes à LED sont maniables lors des spectacles pour immerger le public dans différentes atmosphères. Cette clarté réaliste à s’y méprendre apporte un touche de poésie à cette salle épurée et austère.

Le choix polychrome de l’architecte se limite en effet à une palette de nuances grises et brunes relevée par le noir profond des sièges. Le choix de ce noir ébène mêlé à un bois de poirier rosé est un clin d’oeil aux touches noires des pianos et au bois lumineux des violons. Ce parti pris de Carlos Ott de boycotter le traditionnel siège rouge est révélateur d’une volonté de casser avec la tradition.

 

Une première de bon augure

Comme tout critique d’art qui se respecte, il est temps d’émettre un avis sur cette toute première prestation du pôle arts vivants. Destiné à mettre plein les yeux, nous souhaitons une longue vie à cette jeune pousse prometteuse qui donne envie de s’aventurer vers des expériences artistiques nouvelles.

Milieu intimidant et réservé, il n’est pas dans l’habitude de tous de se rendre à des représentations de prestige à l’Opéra. Or, des tarifs préférentiels abordables sont disponibles à la dernière minute pour les moins de 28 ans. Saisissez votre chance !

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