Cinéma

LE MAG – Les 5 films que vous avez (peut-être) raté cet été

Plage ou stage, vous avez toutes vos raisons d’avoir contourné la salle obscure cet été. La Péniche compatit, mais n’excuse pas : voici les 5 films qu’il faut aller voir à la rentrée.

New York Melody par Alexandra Saviana

La note de La Péniche : 3,5/5

Le spectateur français n’est pas bon en Anglais. Voilà ce que pensent en tout cas les annonceurs, ayant renommé « New York Melody » un film dont le titre original est le très complexe « Begin Again ».

Avec John Carney aux manettes, New York Melody est une sorte de remake de Once, petit bijou irlandais de délicatesse. Mais dans cette version, les têtes d’affiches ne sont plus de vagues acteurs aux noms bien irlandais, mais deux poids lourds de la société hollywoodienne : Keira Knightley, rafraichissante, et Mark Ruffalo, dans son rôle habituel d’écorché vif. Tous les deux brisés par la vie, l’une par le départ de son petit-ami (Adam Levine, étonnant), l’autre renvoyé de la société de production qu’il a créé, les personnages de Knightley et de Ruffalo vont décider de monter un album ensemble à l’aide de brics et de brocs.

On découvre le brin de voix de Keira Knightley, et on remercie le ciel qu’elle se soit engagée dans le cinéma et non pas dans la chanson –car si son filet de voix est agréable, il finit par devenir agaçant après près de deux heures de murmures sur une guitare. Mais en dehors des lamentations mélodiques du personnage principal, New York Melody est illuminé par une bande originale d’une grande douceur. On découvre joyeusement New York sous des angles délaissés par la plupart des rom-coms classiques, accompagné par les voix de Norah Jones et de l’inévitable Frank Sinatra. New York Melody ne vous donnera jamais ce que vous souhaitez. Il détourne très intelligemment la plupart des codes de la comédie romantique classique, et, s’il n’a pas le charme de Once, il se laisse regarder avec plaisir ; pétillant, parfois grinçant, il est définitivement LA comédie romantique de l’été 2014.

Film de Christophe Honoré avec Amira Akili, Sébastien Hirel, Mélodie Richard (sorti le 30 juillet 2014).

 

Lucy par Alexandra Saviana

La note de La Péniche : 3/5

A moins d’avoir vécu dans une grotte reculée ou d’avoir élevé des lamas au Pérou, il est impossible que vous ayez échappé au tapage médiatique autour du dernier né de la firme EuropaCorp, société de production de Luc Besson, connu pour être un afficionado des courses poursuites (Taken, Taxi) mais également pour avoir réalisé le très acclamé Grand Bleu et l’ovni qu’est devenu le Cinquième Elément dans le monde de la science-fiction. Aussi, lorsque l’on prête attention à son parcours et à ses films, le spectateur réalise rapidement que Lucy est signé comme l’une des principales, sinon la première, raisons de la création de la société de production de Besson.

L’intrigue de Lucy est simple: une jeune touriste américaine (jouée par Scarlett Johansson) doit devenir la mule d’un cartel de drogue. Ses geôliers commettent l’imprudence de la frapper, et de percer le sachet contenant la drogue, alors placé dans son estomac. Celle-ci est diffusée dans l’ensemble de son système sanguin, le tout illustré par de très belles images de synthèse. L’héroïne va devenir de plus en plus intelligente, mais aussi de moins en moins humaine.

Lucy n’est pas un thriller ; il s’assume comme un film d’action jouissif, aux séquences impeccablement tournées et aux effets visuels particulièrement convaincants. Besson s’en donne à cœur joie, et les idées, bien que pas toujours abouties, fusent tout au long du film, inscrivant Lucy dans la lignée des héroïnes de films d’action comme Leeloo ou encore Nikita, tout en réussissant l’exploit de désexualiser une Scarlett Johansson terrifiante alors qu’elle perd peu à peu son humanité. Lucy n’est certainement pas le meilleur film de Besson. Sa fin est prétentieuse, et même paresseuse. Mais ce serait mentir que de ne pas admettre que l’on passe un –très- bon moment.

Film de Luc Besson avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Min-sik Choi (sorti le 6 août 2014).

 

Les Combattants par Claire Schmid

La note de La Péniche : 4/5

Elle, c’est Madeleine, fille farouche au charme étrange, pessimiste aux muscles tendus, elle se prépare au pire et expose ses théories sur la fin du monde. Lui, c’est Arnaud, timide et doux, il vit au jour le jour sans trop se soucier de l’avenir.

Les Combattants raconte l’histoire de leur rencontre et de leur expérience au sein du stage militaire qu’il décide d’intégrer, puis de leur survie en pleine nature. Le premier film du réalisateur français Thomas Cailley est un petit bijou d’originalité et de douceur. Il est de ces films qui nous rappellent combien le cinéma est un art riche qui a le pouvoir de toucher profondément le spectateur. On rit à l’écoute des dialogues savoureux et on contemple la réalisation admirable du jeune cinéaste, on reste aussi scotché devant la performance de la divine Adèle Haenel.

Romance ? Comédie ? Drame ? Film apocalyptique ?… Ce long métrage ne correspond à aucun genre défini, et c’est finalement ce qui fait sa force. On ne saurait que trop vous conseiller de profiter de la rentrée pour vous laisser surprendre par cette œuvre acclamée à la Quinzaine des réalisateurs.

Film de Thomas Cailley avec Adène Haenel, Kevin Azaïs, William Lebghil (sorti le 20 août 2014).

 

Party Girl par Adrian de Banville

La note de La Péniche : 3/5

Party Girl fait partie de ce nouveau courant de cinéma qui se plaît à brouiller les limites entre le film de fiction et le documentaire familial.

L’héroïne, Angélique, n’est autre que la mère d’un des réalisateurs, et son personnage (si tel est le terme adéquat) est calqué fidèlement sur son modèle dans la vie. Directrice vétérane d’un cabaret à la lisière de l’Allemagne, matriarche aimante mais négligente, Angélique se trouve confrontée à un choix de vie imprévu à la hauteur de ses soixante balais: épouser Michel, « gentil » mineur retraité fou d’elle, et délaisser ainsi son business nocturne au profit d’une existence plus paisible et domestique. Hésitante, elle décide néanmoins de se lancer dans cette aventure qu’est le conformisme conjugal, exotique pour une femme s’étant toujours entouré de pôles de striptease et d’aventures sans lendemain. A mesure que les préparatifs du mariage se concrétisent et que Angélique obtient un avant-goût du quotidien sagement conventionnel auquel elle est promise pour le reste de sa vie, entre un coup de serpillère et une réprimande à ses petits-enfants, elle maintiendra sans conviction sa décision tout en se cramponnant à la liberté dont elle avait toujours joui et qu’elle sent lui glisser entre les doigts.

Portrait amoureux d’une mère éternellement jeune mais accablée de remords ou d’une Lorraine peuplée de beaufs adorables et de cœurs simples, Party Girl cultive l’ambiguïté entre la biographie décadente et la poésie hédoniste avec une sensibilité et un naturalisme authentiques. Le film est ponctué de moments touchants, comme celui où Angélique et sa fille cadette, de qui elle s’est détachée pendant des années, se reconnaissent à travers les bracelets que toutes deux ont accumulé autour du poignet. Ou encore la sublime scène finale, tournée comme le début du film dans l’intimité chaleureuse et oisive d’un bistrot au son du morceau enivrant de Chinawoman, résumant à elle seule l’ethos de cette ode à une insoumise jusqu’au bout de la nuit.

Film de Marie Amachoukeli / Claire Burger / Samuel Theis avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis (sorti le 27 août 2014).

 

Enemy par Claire Schmid

La note de La Péniche : 4/5

«… t’as compris quoi ? » est une question qui risque fortement d’être posée à la fin du générique de « Enemy » si vous allez voir ce film accompagé (e ). Après l’impressionnant Prisoners, c’est un autre thriller que réalise Denis Villeneuve, au scénario plus complexe et plus ambitieux que son précédent long-métrage.

La distribution est très réussie et les acteurs sont excellents, Mélanie Laurent et Sarah Gadon n’ayant pas à rougir devant le talentueux Jake Gyllenhaal. Ce dernier interprète Adam, professeur d’Histoire à la vie simple et paisible, jusqu’au jour où il rencontre son double (trop ?) parfait en la personne d’un acteur de troisième zone, Anthony : s’agit-il vraiment de deux personnages différents ? La trame est simple en apparence. Villeneuve installe une atmosphère étouffante portée par une magnifique bande-son, nous dépeint un Toronto jaunâtre, rend sa réalisation épilectique par moment, et sème le doute dans l’esprit du spectateur dès la magnifique première scène. Le mystère s’épaissit dans un crescendo remarquable, jusqu’au dernier plan, qui en laissera plus d’un totalement incrédule.

Enemy est un film qui fait réfléchir pendant et après son visionnage, qui nous amène à analyser quelques scènes et à chercher la signification de plusieurs symboles (celui de l’araignée au premier plan). On en sort plein d’interrogations, se rémémorant certains détails et certains éléments nous ayant interpellés, essayant d’assembler les pièces de ce puzzle. Cette œuvre complexe divisera très certainement, à cause de son rythme assez lent et de la multiplication déroutante de métaphores. Elle n’en reste pas moins remarquable par son intelligence, sa maîtrise et son originalité. Avis aux amteurs des films de David Lynch ou de Christopher Nolan, si vous avez aimé lire les interprétations de Mulholland Drive ou débattre de la fin d’Inception, Enemy ne vous laissera pas de marbre.

Film de Denis Villeneuve avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon (sorti le 27 août 2014).

 

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