Les élections syndicales : un combat dont tout le monde se fout ?

il y a 7 mois par dans Vie du campus Tags : , , ,

Après une semaine de campagne acharnée, les candidats de l’UNEF, de l’UNI-MET et de Solidaires vont devoir baisser les armes et leurs tracts ce soir à 20h pour la fin de la campagne officielle. Au plus grand bonheur de SciencesPo Environnement qui a assisté cette semaine à la déforestation d’un bon quart de l’Amazonie au nom de la bataille électorale qui s’ouvre demain. Les sciencepistes sont en effet appelés aux urnes le 4 et 5 février au 13 rue de l’Université dans le cadre des élections syndicales étudiantes dont les résultats devraient être connus jeudi en milieu de journée.

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Des élections pas si ignorées et pas si inutiles

Des élections dont tout le monde se fout ? C’est ce que laisse à penser au premier abord le faible taux de participation à ces échéances : plus de 78% d’abstention l’an passé et aucun taux d’abstention inférieur à 72% depuis dix ans. Pour Léo Castellote, tête de liste de l’UNI-MET à la Commission Paritaire, « il y a un manque d’information flagrant de la part de l’administration ».

Toutefois, le désintérêt qui entoure ces élections syndicales reste relatif. 20% de participation, c’est peu, mais c’est trois fois plus que la moyenne nationale des différentes élections étudiantes où l’abstention atteint souvent 95%. De plus, ce taux de participation prend en compte les 3A qui sont difficilement mobilisables : pas facile pour les syndicats de faire voter par procuration un 3A en train de contempler de sublimes créatures sur une plage de sable blanc à Rio de Janeiro…

Paul Bernardet, tête d'affiche de l'UNEF, appelle les étudiants à la participation en péniche.

Paul Bernardet, tête d’affiche de l’UNEF, appelle les étudiants à la participation en péniche. Photographie par Amal Ibraymi.

Le taux de participation comptabilise également les étudiants étrangers qui eux aussi, n’ont pas forcément vocation à trancher entre l’UNI-MET et l’UNEF. Mobiliser une russe venue tout droit du fin fond de l’Oural et baragouinant trois mots de français sur la question de la réforme des statuts n’est pas chose facile. Or, en admettant que l’immense majorité des étrangers en échange ne votent pas et en ne prenant donc en compte que les sciencepistes français, le taux de participation  grimpe à  38%. Soit plus de cinq fois la moyenne nationale.

En revanche, les enjeux de l’élection restent assez flous pour les étudiants, comme le prouve le souci d’information des cadres de l’UNEF et du MET. Or, pour Lorraine Monclar, tête de liste de l’UNI-MET au Conseil de Direction, « on ne s’en rend pas compte mais les élections ont une réelle importance ». Elles permettent en effet d’élire les seize représentants étudiants au Conseil de Direction de l’IEP (8 élus) et à la Commission Paritaire (8 élus) : d’où la présence de deux listes présentées par chacun des syndicats, une pour chaque conseil.

Si tu avais lu correctement l’article de La Péniche sur la réforme des statuts, tu aurais su que le Conseil de Direction est chargé de l’organisation des scolarités et du contenu des études, c’est-à-dire des conditions d’admission mais aussi des programmes académiques : il n’a pas voix au chapitre en matière budgétaire. La Commission Paritaire, elle, a un rôle purement consultatif sur les questions qui relèvent du pouvoir du CD : elle est simplement décisionnaire sur « la réglementation des conditions d’exercice des libertés politiques et syndicales et des activités culturelles ». Ne vous moquez pas.

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Un challenge pour l’UNEF

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Source des résultats : http://www.sciencespo.fr/vie-etudiante/fr/content/les-elections-syndicales

Pour ces élections syndicales, l’UNEF a employé les gros moyens : présence continue en péniche, flot de tracts distribués aux étudiants, interventions en Boutmy. Il faut dire que le challenge est conséquent : réaliser un score équivalent à celui atteint l’an passé soit plus de 76% des suffrages exprimés. Un véritable plébiscite pour un syndicat qui ne rassemblait qu’un tiers des voix il y a cinq ans (cf. graphique). Pour Paul Bernardet, tête d’affiche de l’UNEF à SciencesPo, « l’objectif est de se maintenir mais ça va être très difficile… C’est dommage car l’UNEF est le seul syndicat qui s’est mobilisé contre la hausse des frais d’inscription : si ce syndicat baisse, ça envoie un signal très mauvais à la direction ».

Sur le fond, soucieux d’éviter tout dogmatisme, Paul Bernardet assure que si « on compare le tract de l’UNEF et celui du MET, en apparence, il n’y a pas de vraie différence. Le MET a fait une liste de courses, très bien, mais il n’y a pas de projet global ! Nous on porte un projet, celui de la démocratisation de SciencesPo et celui de la mobilisation. ». C’est justement sur ce point que l’UNEF veut se distinguer du MET. Pour Paul Bernardet, « tu ne peux pas gagner si tu te mobilises pas : or, le MET considère qu’il n’est pas nécessaire de mobiliser. Mais si la direction bouge, c’est justement parce que l’UNEF met la pression, c’est comme cela qu’on gagne des droits. ».

La présence au quotidien de l’UNEF pour les étudiants, tel est le leitmotiv du syndicat qui compte capitaliser sur cette action concrète sur le terrain. Suffisant pour garder ses 7 sièges sur 8 au conseil de direction ? Avec la concurrence de Solidaires sur sa gauche, la tâche ne s’annonce pas aisée.

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Solidaires tente sa chance

Toutefois, Solidaires ne devrait pas parvenir à récolter les 12,5% des suffrages exprimés nécessaires pour obtenir un siège au conseil de direction. Lors de ses dernières participations aux élections, qui remontent à la période 2007/2009, le score plafond de la liste avait été 8,7% des suffrages exprimés. Toutefois, Dariouche Tehrani, responsable de Solidaires à SciencesPo affirme viser « le meilleur score possible, pour pouvoir peser le plus possible sur le processus administratif. « .

1620778_10202857231009825_420808594_nPour y parvenir, le syndicat a mené une campagne choc, avec de nombreux visuels sortant du lot et du flot de tracts un brin indigestes du MET et de l’UNI, à l’image de ses affiches coups de poings (ou coups de couteau, à voir) ou de son tract origami distribué au 27 en fin de semaine dernière.

Les grandes lignes du projet défendu par Solidaires sont dans la lignée du projet « de lutte et de transformation sociale, anti-fasciste, anti-raciste, anti-sexiste, anti-capitaliste, anti-autoritaire » défendu au niveau national. La liste réclame notamment le rattachement de Sciences Po au service public, la fin de l’ingérence des entreprises et des logiques du marché dans l’enseignement et la fin des rémunérations exorbitantes des dirigeants. Le syndicat se distingue surtout par sa volonté de réclamer l’ »institution d’un revenu étudiant socialisé pour accéder à l’autonomie de vie » et le reconnaissance des étudiants comme « travailleurs-euses« .

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Un MET (trop ?) décomplexé et ambitieux

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Source des résultats : http://www.sciencespo.fr/vie-etudiante/fr/content/les-elections-syndicales

Mais le principal concurrent de l’UNEF, c’est bel et bien l’UNI-MET. Le Mouvement des Etudiants s’est remis en ordre de bataille après la déroute de l’année passée où avec moins de 18,51% des suffrages exprimés, il avait réalisé son plus mauvais score depuis 2006.

Depuis, le MET se distingue par un réel dynamisme, en grande partie grâce à l’arrivée de Léo Castellote, ancien leader du mouvement jeune du Parti Libéral Démocrate, qui a mené une campagne active dans les campus délocalisés, notamment à Reims et au Havre. De quoi nourrir de fortes ambitions : « l’idéal serait d’obtenir trois sièges même si l’objectif est de deux ». 3 sièges nécessiteraient de récolter environ 30% des voix : un objectif très ambitieux car le syndicat n’a jamais franchi cette barre symbolique.

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Affiche des militants de l’UNI-MET au local syndical de Sciences Po.

Pour y parvenir, la principale force d’opposition syndicale a notamment axé sa campagne sur l’intégration des sciencepistes sur le marché du travail, pendant les études, en favorisant les jobs étudiants mais aussi après le diplôme. « On propose que le catalogue des ALUMNI soit accessible à tous les étudiants pour trouver un stage » affirme Lorraine Monclar, tête de liste du au Conseil de Direction. C’est également sur les ALUMNI que le syndicat propose de s’appuyer pour le paiement des frais de scolarité : « SciencesPo a un point faible, c’est le réseau. Il faudrait plus s’appuyer sur ce réseau des anciens, notamment en matière de levée de fonds : ce serait une vraie alternative à la hausse des frais

Mais alors que l’ancien élu du MET Pierre Bornand se réclamait d’une sensibilité de centre-droit, le mouvement s’est clairement droitisé cette année. Ainsi, sur les polos de campagne, le logo de l’UNI a refait surface : « question de clarté » affirme Léo Castellote, qui insiste pour que l’on utilise le sigle « UNI-MET » et pas simplement « MET ». Dans le local syndical, les affiches sont très claires également (cf.photo) et adoptent un discours droitier qui fait grincer des dents à l’aile gauche du syndicat.

« Ils font le contraire de ce qu’on a construit depuis des années c’est-à-dire s’émanciper d’un tas de discours qui n’ont rien à voir avec SciencesPo » nous a affirmé un sympathisant du MET en froid avec l’équipe actuelle et qui a souhaité garder l’anonymat. Dans une école comme Sciences Po, cette droitisation du MET pourrait lui faire perdre des voix… Verdict jeudi prochain.


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Alex Baptiste Joubert

Alex est le rédacteur en chef de La Péniche depuis mai 2014.

  • Published: 13 articles

Une réponse à “Les élections syndicales : un combat dont tout le monde se fout ?”


Poit'poit' RPZ
3 février 2014 Répondre

Appréciation :

Cool l’article ! A part le petit passage sur comment comptabiliser l’abstention et la remarque très parisienne sur le fait qu’il n’est pas forcément judicieux de compter le taux de participation des étudiants étrangers… Sortez de l’hypercentralisation et tournez vous vers les campus de région, ou les étudiants étrangers sont loin d’être des « russes venus tout droit du fin fond de l’Oural et baragouinant trois mots de français », mais représentent plutôt la majeure partie du campus et sont pour la plupart totalement bilingues. Si on ne compte pas la participation des étudiants étrangers, autant ne pas compter celle des campus !
Provincement vôtre,
Une poitevine

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