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Les femmes à SciencesPo, le réveil politique et associatif

« Les femmes, c’est normal qu’elles ne fassent pas de politique. C’est un boulot prenant. Qui serait là pour éduquer les enfants ? ». Dit et entendu à Sciences Po puis retranscrit dans le cahier de doléances de l’UNEF mis en place l’an passé pour la journée de la femme. Ca vous étonne ?

Nous connaissons tous aujourd’hui le Sciences Po de la diversité, mais qu’en est il du Sciences Po de l’égalité ? Avec une majorité d’étudiantes féminines sur ses bancs, on pourrait penser que Sciences Po bouscule les idées reçues sur la place de la femme dans les hautes carrières administratives et politiques. Et pourtant, Sciences Po semble, comme bien ailleurs, reproduire les écueils de la société en matière de parité.

1919: entrée des femmes à Sciences Po

1919: entrée des femmes à Sciences Po

 

Dans les sections politiques, les femmes prennent le pouvoir 

Ainsi, côté politique, il semble qu’il y ait encore beaucoup à faire pour la parité dans les partis. Composés majoritairement d’effectifs masculins, les principaux partis politiques présents à l’IEP comptent peu de militantes, 30% seulement à l’UMP Sciences Po d’après le vice-président du parti Camille Chevalier.

Cette année à l’UMP Sciences Po, les quatre postes à la tête de la section sont d’ailleurs occupés par des hommes. Pour Camille Chevalier, l’un des trois vice-présidents, cette situation n’est la conséquence d’un manque de volonté ou d’un sexisme quelconque, mais bien le résultat du principe démocratique de méritocratie : « nous pensons que toutes les places de responsabilité doivent être pourvues par les personnes les plus méritantes, motivées et travailleuses sans considérations biologiques et sociales. Nous nous opposons à l’instauration de quotas de parité qui constituent en un nivellement vers le bas et ne rendent service à personne. Les quotas étiquettent les personnes qui en profitent comme « assistées, moins méritantes » et dévalorisent donc leur action ; et privent les plus méritants de l’accès aux postes de responsabilité, ce qui ne correspond pas à nos valeurs »

Le constat d’une inégale répartition des postes à responsabilité entre hommes et femmes au sein des partis à Sciences Po est frappant, et, tout comme l’UMP, le PS n’échappait pas à la règle… jusqu’à cette année ! En effet, c’est une jeune femme, Manon Chonavel, qui a tout récemment été élue secrétaire de section au PS, aux côtés de son trésorier Paul Bonmartin. Les postes statuaires au PS Sciences po sont paritaires cette année, tout comme le bureau.

Affiche de campagne de la section PS Sciences Po

Affiche de campagne de la section PS Sciences Po

Malgré un retard persistant en matière de parité en politique, force est donc de constater que quelques changements sont en marche à Sciences Po. L’année dernière, le bureau de l’UMP comptait ainsi deux étudiantes, Diane Kercker-Mourgues et V. L., aux postes de vice-présidentes. Du côté du PS, l’accent a été mis sur une meilleure maitrise du temps de parole lors des Assemblées Générales ou au cours de formations de prises de parole en public.

On peut également souligner cette année l’élection d’une seconde femme au poste de Présidente de parti : il s’agit de Marine Denis, à la tête de l’UDI. Entrée en tant que Secrétaire générale à la création de la section UDI à Sciences Po, cette dernière a progressivement su se faire sa place au sein du parti. Toutefois cela n’a pas toujours été sans difficultés, et elle regrette aujourd’hui que la nomination d’une femme à la tête d’un parti politique soit encore et toujours source d’étonnement. Selon elle, « la question de la parité ne doit plus uniquement être abordée du côté des femmes, mais aussi et surtout à travers les mentalités et les comportements masculins. »

 

Politiqu’elles, association féministe phare à Sciences Po

Qui n’a pas encore aperçu les tracts et affiches de Politiqu’elles en Péniche ? Créée en 2013 par Fatima El Ouasdi,  Alice Liogier et Alexandre Larnicol, Politiqu’elles est une association féministe citoyenne, qui agit pour la promotion des femmes dans la vie politique, et qui, seconde au classement, a d’ailleurs brille ment été reconnue début octobre.

L'équipe de Politiqu'elles pour l'année 2014-2015

L’équipe de Politiqu’elles pour l’année 2014-2015

Ce qui a poussé Fatima El Ouasdi à créer Politiqu’elles, c’est avant tout « des petites choses du quotidien » explique t-elle. Des petites choses, qui, agrégées ensemble, ont éveillé en elle un sentiment de malaise vis à vis de la position des femmes à Sciences Po. Pourquoi n’y a t’il pas de de Présidente du BDE ? Pourquoi cette amère sensation du pouvoir conjugué uniquement au masculin dans les partis politique ? Nombreuses sont pourtant les étudiantes à savoir se distinguer par le verbe rue Saint Guillaume.

L’objectif de Politiqu’elles est de créer un réseau de jeunes et d’ouvrir un dialogue le plus large possible autour du rôle des femmes dans l’univers politique. L’initiative est innovante et comme le rappelle Fatima El Ouasdi : « il faut changer les mentalités, mais par la force de l’esprit. »

Côté associatif, le vent du changement souffle donc sur Sciences Po ! Un bel exemple : l’année dernière et après trois années consécutives de victoires masculines, le prix Philippe Seguin pour les arts oratoires a été remis à Irina Kratz, qui a su prouver que l’éloquence n’est pas qu’une affaire d’hommes.

 

La parité au coeur de l’enseignement

Sur un tel débat de société qu’est l’égalité des sexes, Sciences Po se veut en avance sur nombre d’établissements de l’enseignement supérieur. Toutefois, l’égalité des sexes n’a pas toujours été d’une telle évidence à Sciences Po. Il a fallu attendre 1919, soit 47 ans après la création de l’Ecole libre, pour voir les premières femmes franchir les portes de l’école. Du côté des enseignants, c’est seulement en 1941 que la première, et unique enseignante jusqu’en 1968, Suzanne Bastide, accède à la chair de Sciences Po. Aujourd’hui, Sciences Po peut se vanter de compter parmi ses étudiants près de 60% de femmes.

Présence de Najat Vallaud Belkacem à Sciences Po à l'occasion d'une conférence sur la parité en 2012

Présence de Najat Vallaud Belkacem à Sciences Po à l’occasion d’une conférence sur la parité en 2012

La question de la parité reste en effet centrale au sein de l’IEP, et les enseignements proposés aux étudiants sont les premiers à le démontrer. En partenariat avec l’OFCE, Sciences Po développe depuis 2010 un programme pluridisciplinaire de recherche et d’enseignements autour de la question du genre.

De plus, dès la deuxième année du cursus universitaire et tout au long de leur master, les étudiants sont invités à assister à des cours électifs d’économie, de sociologie ou de droit centrés sur la question du rôle et de la place de l’homme et de la femme dans notre monde contemporain: «Initiation aux problématiques de genre à travers l’histoire de l’émancipation des femmes et des féminismes », le cours de Clémentine Autain, en est un très bel exemple. Enfin, on peut également souligner la création d’un poste de référent égalité femmes-hommes en mai dernier dans l’administration.

Nombreuses sont les questions qui restent encore à être posées sur l’épineuse question de la parité: quelles perspectives de carrières pour hommes et femmes ? Pour quelles différences de salaire ? Quelle place pour les hommes et les femmes dans l’enseignement et l’administration à la sortie de l’école ?

Si l’heure a longtemps été à la réflexion, aujourd’hui c’est l’action qui est de mise. Mesdemoiselles, pour vous, un seul mot d’ordre : osez ! Et pour vous, Messieurs, il me semble que l’on cherche encore des effectifs masculins chez les PomPoms…

  • ram

    « Du côté des enseignants, c’est seulement en 1941 que la première, et unique enseignante jusqu’en 1968, Suzanne Bastide, accède à la chair de Sciences Po. »

    Une femme, oui ! Mais une anthropophage ? 😉

  • Laetitia

    gros troll.
    Modération?

  • Jack

    Décidément, les féministes se font une passion du « frapper à côté de la cible ».

    Pourquoi l’égalité hommes-femmes passerait-elle systématiquement par le genre? Pourquoi on ne peut pas faire une campagne contre la discrimination sans finir sur un mec en robe, merci FCKH8? Alors, qui des deux camps confond égal et identique?

    Les commentaires ne sont pas mieux: une campagne pour le consentement pour la Cash’n’Trash? Appelez ça le droit de choisir d’être une salope, Dieu se rit des Hommes (ça veut dire « êtres humains », calmez-vous) qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Rien d’étonnant venant d’une assoc qui ressemble plus à un NPA féminin (a.k.a néant de la conscience politique et masturbation de l’engagement étudiant imbécile) qu’à un projet sérieux de réflexion sur les vrais sexistes d’aujourd’hui, pas des chimères d’un autre temps.

  • 4A

    Un article léger : Women Work et g.a.r.ç.e.s sont deux assos qui existent depuis de nombreuses années à Sciences Po et qui ont une VRAIE action de terrain auprès des étudiantes..

  • Edward

    Parlez aussi de JCSP: deux présidentes d’affilée et un bureau composée pour ce mandat de 3 femmes pour 2 hommes.

  • Louis Souchière

    Donc aucune mention du Front de Gauche Sciences Po qui a une femme à sa tête. Aucune mention de l’UNEF dont 3 des statutaires sur 4 sont des femmes et qui a poussé pour la parité depuis des années…
    Mais surtout, aucune mention de G.A.R.C.E.S qui était là bien avant politiqu’elle et qui a obtenue pas mal de chose sur le campus, comme par exemple le fait, historique, que l’AS fasse une campagne sur le consentement pour la Cash’n’Trash.
    Vous êtes vraiment désespérants…

  • dude

    La section du PS avait déjà une secrétaire de section entre 2008 et 2009 du nom de Camille Spire. Le bureau est par ailleurs paritaire depuis 2012.

  • kamdem

    Article intéressant. Quand est-il de Womenwork et Garçes ?
    Une coquille à la fin c’est dommage :  » MESDAMES, un seul mot d’ordre »

  • Laetitia

    BONJOUR!
    Sympa de parler de réveil, ca fait super plaisir à toutes et tous les étudiant.es qui se bougent depuis des années contre le sexisme… genre les GARCES (http://collectiffeministe.wordpress.com/) !
    Et puis le statut facebook bien machiste qui introduit l’article, haha c’est de l’humour, on peut plus rien dire, mais curieusement je vois peu d’autres articles introduit par des blagues lourdes. Une ligne éditoriale réservée au féminisme?
    Laetitia

  • Une autre féministe

    Merci de ne pas faire croire que le féminisme à SciencesPo se réduit à « Politiqu’elles », sachant que 2 autres associations existent sur le sujet depuis bien longtemps : Women Work, dont le travail a été largement reconnu par les milieux institutionnels notamment, et Garçes, association particulièrement insérée dans le milieu féministe contrairement à Politiqu’elles.

    Par ailleurs, l’article manque un peu de mise en perspective : quid des femmes dans les associations autres que politiques ? Quid du fait qu’il y a quelques années, c’était des femmes à la tête à la fois du PS et de l’UMP (et peut-être aussi du Modem, mais je n’en suis pas sûre) ? Quid du pourcentage de femmes enseignantes en CM (faible) ?