Les vacances cinéphiles du Mag’

il y a 9 mois par dans Cinéma, Le Mag' Tags : , , , , , , , , , , , ,
« La vie est très longue »

Un été à Osage County, de John Wells

Source : Allociné

Source : Allociné

Les traits marqués, le crâne dégarni trahissant la maladie qui ronge, mais un regard de défi pendant qu’elle tire compulsivement sur sa cigarette… L’entrée de Meryl Streep est théâtrale ! Elle incarne avec exubérance, et justesse, le rôle principal d’une mère acariâtre, accro aux médicaments, un personnage profondément antipathique qui tranche avec la maman poule de Mama Mia. A la suite du suicide de son mari, toute la famille – trois générations depuis l’adolescente aux hormones débordantes jusqu’à l’énorme tante gueularde – se retrouve dans cette vieille demeure de l’Oklahoma, sous une chaleur écrasante. Le deuil a un goût amer et se transforme très vite en règlement de comptes lors d’un déjeuner surréaliste magistral – 18 pages de scénario !

Fidèle à la version théâtrale originale de Tracy Letts, Prix Pulitzer 2008, John Wells nous plonge dans le huis-clos d’un carnage familial. On nous avait mis en garde, pourtant,  avec cet épigraphe de T.S. Eliot, répété dans un râle par l’homme qui s’apprête à commettre l’irréparable : « La vie est très longue »… Et en effet, tout y passe : l’adultère, l’alcoolisme, la toxicomanie – le lot de toutes les familles me direz-vous ! –  puis vient la quasi-pédophilie, l’inceste… Et le risque de la surenchère est relevé : cynisme et humour se conjuguent dans un cocktail hilarant. Chacun y reconnaît la caricature de la tante pimbêche, du bel-oncle fumeur de pétards, du grand-cousin, éternel looser de la famille. Le tout incarné par un casting exemplaire: Julia Roberts, Abigail Breslin – la petite qui se trémousse dans Little Miss Sunshine –, Benedict Cumberbatch. Alors oui, malgré les dialogues aiguisés, quelques longueurs se font sentir, mais l’effet magique a opéré : on a ri, on a pleuré, on aime un peu plus notre famille qui nous paraît un peu moins tarée. Et, admettons-le, c’est aussi pour ça qu’on aime le ciné !

Judith Lienhard

 

Vous reprendriez bien quelques vampires ?

Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmush

Source : Allociné

Source : Allociné

Les non-acquis à Jarmusch se poseront certainement la question, les dernières références Twilight entre autres refaisant surface : encooore un film de vampires ? Un truc de torturés ? Ou un prétexte commercial ? Remarquez, même les amoureux du réalisateur peuvent se poser la question : Jim, pourquoi des vampires ?

Alors bon, effectivement, il a repris les codes : les canines pointues, le sang nourrisseur, l’immortalité, le pieu en bois notamment. Mais à vrai dire, ce sera tout. Pas de folie meurtrière, ce ne sont pas des prédateurs.

Jarmusch nous raconte la vie de deux vampires, Adam et Eve, vivant de nos jours (ou plutôt nuits) entre Detroit et Tanger. Comment vous dire, il n’y a pas vraiment d’histoire, et on reconnaît là Jarmusch : les habitués ne seront pas désorientés. Lui est musicien, légère tendance suicidaire, elle aime les livres, est plus au point niveau skype et autres smartphones.

Dès la première scène, le film vous transporte dans un tourbillon. La musique vous envoûte. Composée en majorité par le groupe du réalisateur, la bande-son est un élément tout à fait essentiel, formant un tout avec l’image. Cette dernière est sombre, mais pas un instant on ne songe à fermer les yeux. Les vampires vivent la nuit, le film est entièrement tourné de nuit, et nous vivons avec eux. Car tout est ambiance. Et pour y contribuer, les vampires sont beaux, blancs et rock Tilda Swinton et Tom Hiddleston.

Toutefois, ne vous fiez pas à la bande-annonce, et soyons quand même honnêtes : soit vous serez conquis, soit vous vous ennuierez. Car oui, l’ambiance ne fait pas l’action. Alors bon, peut-être un truc de torturé, mais pas de but commercial de ce côté. Jarmusch nous livre plutôt une vision de notre monde, assez déprimante mais pas sans espoir pour les personnages. Et le film est tourné à leur rythme : celui de l’éternité, de l’immortalité. Ce sera selon chacun, on est transporté, ou on reste dans son siège.

Pourtant qui sait, les non-acquis à Jim Jarmusch vont peut-être se convertir, ou plutôt « être convertis ».

Note : 5/5

Cécile Lienhard

 

Gloria Baila

Gloria, de Sebastián Lelio

Gloria, c’est une danseuse solitaire, qui trouve un soir un cavalier. Il lui fait tourner la tête, une fois, deux fois, puis malhabile il la fait trébucher, et s’en va. Et Gloria reste sur le cul. Il est clair que ce qui laisse la plus forte impression est la performance de Pauline Garcia dans le rôle de Gloria. Elle incarne avec talent un personnage original ; celui d’une quinquagénaire tout sourire, spontanée et pleine de vie, dont le caractère n’a rien à envier à la plus joyeuse des adolescentes, mais dont la vie est un peu trop calme. Pas pour longtemps. Car Gloria a, ou est, un second souffle.

Source : Allociné

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C’est une leçon donnée à notre obsession de la jeunesse, à notre étonnant manque d’imagination lorsque nous pensons la vie après 50 ans. Cette Gloria qui dans les premières scènes est souvent reléguée aux arrières plans se saisit bientôt de l’écran tout entier pour en devenir le centre, rayonnant et magnétique. « Il n’y a pas d’âge pour aimer » n’est plus qu’une phrase cliché, c’est une vérité rendue touchante, saisissante. Et qu’il faut compléter : loin d’un bonheur guimauve, l’histoire est aussi déception, souffrance, parfois déchéance, car eux non plus n’ont pas d’âge.

L’unique ombre au tableau; un rythme qui se perd durant le troisième quart du film, où j’ai décroché… mais ce ne sera pas nécessairement le cas de tout le monde. De plus, c’est vite pardonné: la fin, effervescente, est une ascension émotionnelle qui nous prend efficacement. Et de constater que le cinéma est tout aussi brillant lorsque ceux qu’il éclaire passent la barre des 50 ans.

Note : 3,5/5

Elise Levy

http://www.youtube.com/watch?v=-QI9kSsouEo

 

“Avez-vous déjà vu..?”: Un concierge en fuite

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson

C’est l’histoire d’un jeune « lobby-boy » du Grand Budapest Hotel dans la République de Zubrowka, depuis la veille de la Première Guerre Mondiale à son déclenchement. Le jeune novice suit le distingué concierge Gustave H. dans une aventure – et c’est le moins qu’on puisse dire – rocambolesque, truffée de péripéties et d’humour.

Source : Allociné

Source : Allociné

Ce que je trouve particulièrement louable chez Wes Anderson, c’est qu’il est à la fois très innovateur dans ses récits et dans ses personnages, tout en restant fidèle à son style de conteur (le générique du début, les couleurs éclatantes, la manie du miniaturisme et des uniformes). La narration est toujours présente, cette obsession de l’écrit demeure aussi : la première scène présente une jeune fille qui vient ouvrir le roman « The Grand Budapest Hotel » au pied d’un buste de son auteur. La mise en abime déroutante au départ (une jeune fille lit un livre, son auteur narre son arrivée à l’hôtel et sa rencontre avec Zero Moustafa qui prend ensuite la relève de la narration) est en fait une introduction à l’enchevêtrement burlesque des séquences du film. Mélangez ce rythme effréné à un jeu de mimiques avec une pincée de fines allusions – mention spéciale à cette scène avec le notaire où il imite les journaux télévisés contemporains à l’américaine – et vous obtenez un soufflé hilarant qui semble ne faire que gonfler d’avantage, au point où on se demande bien comment Wes Anderson va s’y prendre pour le calmer sans le faire éclater (chose qu’il réussit).

Pour ce qui est des allusions, les références sont libres et nombreuses (Stefan Zweig particulièrement, signalé lors du générique de fin), tant dans le dialogue (dont la moitié doit être de la poésie récitée par Gustave H.) que dans les images (le contraste entre les bâtiments gigantesques et les personnages en comparaison minuscules me fait notamment penser au « Procès » d’Orson Welles).

On aurait pu craindre un méli-mélo de « Who’s who ? » et une histoire sens dessus-dessous, mais voici une aventure qui invite fortement au rire, et un long-métrage qui donne véritablement l’impression que Wes Anderson s’est levé un bon matin en décidant de faire de son rêve un film.

Note : 4/5

Éléonore Pistolesi


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Une réponse à “Les vacances cinéphiles du Mag’”


anonyme
13 mars 2014 Répondre

The Grand Budapest Hotel, « depuis la veille de la Première Guerre Mondiale à son déclenchement » : c’est bien évidemment à la Seconde Guerre Mondiale, puis même à la Guerre Froide et la domination soviétique que fait référence le film (pour les aveugles, le brassard rouge sang « ZZ » devrait quand même évoquer quelque chose)

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