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Make It Work : Did it Work ?

208 étudiants. 41 délégations. 3 jours. 3 nuits. Un compétition sportive inter-universitaire ? Loupé ! Un concours endiablé d’art oratoire ? Encore raté ! Et si on vous disait que ça a à voir avec la COP 21 ?

 

Sciences Po engagé pour la COP21

Make It Work, c’est le nom d’un ambitieux projet mené par Sciences depuis plus d’un an déjà, à l’occasion de la tenue ce mois-ci de la Conférence sur le climat à Paris. A l’initiative de ce projet se trouvent deux personnes: Bruno Latour, sociologue des sciences et professeur que l’on ne présente plus à Sciences Po, et Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations de l’accord qui devrait être conclu ces jours-ci.

D’une rare ampleur, la COP21 a longtemps été annoncée comme l’occasion d’opérer un tournant historique, au regard de la coopération pour la préservation de notre environnement à une échelle internationale. Alors que la clôture de l’événement était encore loin, nombreux étaient déjà ceux à s’annoncer plutôt pessimistes quant à la signature d’un accord contraignant et unanime. A Sciences Po, universitaires et étudiants n’ont pourtant pas attendu que les dirigeants se rassemblent autour d’une table pour entamer une réflexion sur le déroulé des négociations et leurs éventuelles issues.

L’ambition de ce projet ? Fournir des outils d’analyse et de compréhension des enjeux environnementaux et géopolitiques actuels aux collectivités étudiantes, aux chercheurs et à la société dans son ensemble, mais également informer, sensibiliser.

Comment ? En mettant à disposition des négociateurs, de parties prenantes, des militants et des ONG des outils à destination du débat public et des ressources développées au sein des cycles de formation de Sciences Po et de ses centres de recherches (Ceri, Cevipof, Liepp, Medialab, Iddri). Dès novembre 2014, Sciences Po s’était engagé à renforcer la thématique Climat dans ses formations et à encourager les étudiants à la participation et à la réflexion par l’intermédiaire de cas d’étude, de cours, de rédaction d’articles, ainsi par l’organisation d’un cycle de débats et de conférences durant les mois précédant les négociations. Enfin, dans le cadre de ce projet, fut impulsé un exercice aussi ambitieux qu’intriguant: un jeu de rôle grandeur nature, une simulation des négociations officielles.

Zoom sur « Le Théâtre des négociations »

Il y a maintenant 5 ans, en juin 2011, Sciences Po avait monté, en partenariat avec l’Iddri (Institut du Développement durable et des relations internationales), la COP Rowing (COP RW), une simulation étudiante autour de la question « Copenhague, et si ça s’était passé autrement ? ». Fort de son succès, Sciences Po avait rapidement fait part de sa volonté de renouveler l’expérience, avec cette fois, une ambition élargie.

Ainsi, les 28, 29, 30 et 31 juin derniers ont vu, pour près de 200 étudiants français et internationaux, la concrétisation de plusieurs mois de recherches et d’organisation. C’est au Théâtre Nanterre-Amandiers que s’est déroulée la simulation, durant 3 jours (et 3 nuits), alternant entre groupes de travail, sessions informelles et sessions plénières.

L’originalité du projet réside essentiellement dans le fait que contrairement aux négociations officielles, les chefs d’Etat et leurs représentants n’ont pas été les seuls intervenants invités à se réunir. Se sont également assis à la table de négociations des puissances habituellement silencieuses, pourtant les premières touchés par la dégradation de notre environnement: l’Amazonie, les Espèces Menacées, les Peuples Indigènes, les Hydrocarbures Enfouis dans le Sol, la délégation Océan et bien d’autres encore. L’ambition de l’initiative se trouve donc pour partie dans la mise lumière et l’expérimentation de règles du jeu « non conventionnelles ». Pour la plupart ouvertes au public, les discussions ont suivis 2 fils directeurs: les visions pour le futur tout d’abord, puis les moyens à mobiliser en vue de la trajectoire à suivre. Rien de moins ambitieux.

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Entre autre, le « théâtre des négociations » s’est appuyé sur Forccast, un projet pédagogique de cartographie des controverses scientifiques porté par Sciences Po et réunissant 14 établissements partenaires. Inscrit dans une perspective de long terme, ce programme vise à apporter aux étudiants, cible privilégiée, des outils d’exploration et de représentation des discours médiatiques et scientifiques portés sur les grandes controverses touchant aux questions scientifiques, environnementales, technologiques et numériques actuelles.

Gratuit et libre d’accès, cet évènement a été l’occasion pour les plus curieux de rencontrer les quelques 40 délégations qui ont pris part à la simulation. Il a également été offert au public la possibilité de visiter les différents espaces aménagés dans le théâtre intérieur et le théâtre de verdure extérieur. Enfin, c’est par Twitter que les différentes délégations ont permis à certains de suivre à distance et en direct l’avancée des discussions. Ici encore, un même objectif: informer, participer, dialoguer.

 

Changer les règles du jeu, un gage d’efficacité

« Si vous parvenez à un accord, je pourrai l’amener et m’en servir comme exemple lors de la « vraie » conférence climat en décembre prochain. » avait déclaré Laurence Tubiana lors du coup d’envoi de la simulation.

Pari relevé ! Après d’âpres discussions et d’innombrables rebondissements, c’est in extremis que les étudiants réunis autour de la table des négociations sont parvenus à un accord « ambitieux et innovant », autour de 4 thématiques: « terre », « air et eau », « gouvernance » et « territoires menacés ». La difficulté du projet résidait principalement dans le fait d’intégrer aux côtés des entités du systèmes onusiens des acteurs non étatiques, tout en respectant une contrainte temporelle pesante. Alors que la nécessité de s’accorder sur la préservation de notre environnement se fait chaque jour un peu plus pressante, il ne fait aucun doute que les négociateurs rencontrent aujourd’hui des obstacles similaires, l’intégration d’« acteurs » non conventionnels aux discussions supposant de la part des Etats un douloureux renoncement à une part de leurs prérogatives. Si l’issue de cette simulation fut victorieuse, elle souligne néanmoins avec justesse que si l’on ne change pas les règles du jeu, aucun accord n’est possible.

L’expérience est à retrouver dans les médias et sur les réseaux sociaux:

  • « La Suite dans les idées » sur France Culture, émission du 31 mai 2015 consacrée à « La grande simulation »
  • Les témoignages d’étudiants de Sciences Po dans l’émission « La tête au carré » (France Inter ) du 25/05/2015 consacrée aux enjeux de la COP 21
  • « Quand les guerres climatiques se retrouvent sur les planches », Interview de Bruno Latour, Libération du 27/05/2015
  • Et jusqu’au 22 janvier la Bibliothèque de Sciences Po consacre une exposition aux négociations (Sciences Po, 27 rue Saint Guillaume, 75007 Paris).