Et après ?

Mario Pasa, étudiant manqué, éditeur comblé

1964 : Naissance de Mario Pasa
1988 : Diplômé de la filière Economique Politique et Sociale de Sciences Po
1989 : Entrée chez les Editions Fayard
1995 : Parution du Cabinet des merveilles aux Editions Denoel
1998 : Parution de Une heure à tuer aux Editions Denoel

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Mario Pasa fait partie de la promotion 1988. A l’époque, Sciences Po durait trois ans, trois ans qu’il passa pour sa part au sein de la filiale Économique Politique et Sociale. La filiale EPS était réservée à ceux qui se tourneraient plus tard vers le journalisme, la recherche, ou les sciences humaines, et n’avait alors pas une excellente réputation. «Un peu le truc fourre-tout» pour reprendre les mots de notre intéressé. C’est sa sœur qui l’a poussé à intégrer l’école, alors que Mario Pasa comptait entamer une carrière diplomatique. « Voyager, c’est comme un rêve d’ado. Je voulais directement être ambassadeur à Londres ou à Washington. » Mais les rêves de voyage ne tardèrent pas à se dissiper : le cursus Affaires publiques qui débouchait sur ce type de carrière ne lui correspondait à l’évidence pas. « Il fallait avoir les reins très solides. J’ai vu que je n’y arriverai pas. Je ne suis pas sorti de Sciences Po avec les mêmes ambitions que lorsque j’y suis entré.« . Après avoir reçu son diplôme, Mario Pasa poursuit finalement des études d’histoire moderne à la Sorbonne après avoir longuement hésité à prolonger des études d’histoire contemporaine. « Après Sciences Po je n’avais plus du tout envie de faire des études, j’étais tellement stressé… J’avais décidé de travailler dans l’édition, l’histoire était donc un bon complément pour moi. » Mais le jeune étudiant qu’il était n’eut pas le temps de terminer son année à la Sorbonne qu’il s’engouffrait déjà dans la vie active : ayant réalisé plusieurs stages dans tous les domaines de l’édition, Mario Pasa est embauché chez Fayard. Ses connaissances en histoire apparaissent alors comme une véritable plus-value, une compétence évidemment valorisée dans les maisons d’édition spécialisée dans ce domaine. Il entre quelques temps plus tard aux éditions Payot, « l’éditeur de Freud dans les années 1940 », en tant que directeur de collection, poste qu’il a occupé pendant vingt ans. Il a quitté la maison il y a deux ans, et travaille désormais en free-lance, toujours avec Payot, mais dans un contexte qu’il qualifie lui-même de « congé sabbatique prolongé ».

Parallèlement, Mario Pasa a un peu écrit, bien que de façon marginale. « J’ai aussi pas mal retravaillé les livres des autres, mais ca m’a un peu coupé l’inspiration, et c’est aussi pour cela que j’ai changé de cap ». Aujourd’hui, il écrit encore des préfaces et des éditions critiques. « J’ai les deux casquettes, éditeur et écrivain. Mais j’essaie surtout de récupérer la deuxième ! ».
Tout parcours professionnel est parsemé d’obstacles. Pourtant, celui de Mario Pasa semble assez paisible. « Je n’ai pas tellement rencontré d’obstacle. C’était une situation assez confortable. Fluide. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui ». Car ce n’est pas une surprise, le domaine de l’édition est à présent beaucoup plus fermé. « Ce n’est pas que c’était facile avant. Mais il y avait plus de postes ». Le marché de l’édition est aujourd’hui un marché restreint, les chiffres d’affaire diminuent, les éditeurs font des économies. Selon Mario Pasa, les éditeurs sont « un peu pommés ». « Et puis on ne sait pas trop ce que va donner le numérique. Il existe une sorte de fantasme chez les éditeurs, celui d’une communication qui doit passer par internet, énorme nébuleuse. » Mario Pasa l’admet : « Moi comme éditeur, je me sens totalement largué, je ne sais plus quel public viser ». Selon lui, l’une des directions à prendre serait celle d’un retour à un travail artisanal sur le livre en tant qu’objet.

Les difficultés sont présentes, certes, mais n’existeraient-ils pas des moyens de les contrer pour un jeune étudiant à Sciences Po qui souhaiterait se frayer un chemin dans le monde de l’édition ? « Je suis bien embarrassé pour vous répondre. Il n’y a pas tant de circulation que ça ». Les diplômes spécialisants ne font pas la différence, et ils ne l’ont d’ailleurs jamais fait. Outre l’habituel conseil des stages, notre éditeur reste dubitatif. « Finalement, le diplôme de Sciences Po n’est pas si mal pour travailler dans l’édition. On réclame de plus en plus de culture générale et de souplesse. » Selon lui, les maisons d’édition sont en quête de littéraires dans l’âme armés d’un esprit concis et logique susceptible de leur être procuré par Sciences Po. Cet atout procuré par l’école est d’ailleurs spontanément mentionné par Mario Pasa : Sciences Po lui aurait apporté une vision pluri-disciplinaire, mais également un certain esprit de synthèse, esprit que Mario Pasa considère comme un outils indispensable à la mallette du bon éditeur, qui doit savoir tirer l’essentiel d’un ouvrage. « Je l’ai, mais je ne sais pas si c’est grâce à Sciences Po ! Autour de moi, il y a beaucoup de littéraires qui ne savent pas faire ça. » Sciences Po aurait également contribué à lui insuffler ce goût pour l’ouverture et l’audace. « L’état d’esprit de Sciences Po m’a servi : j’aime bien choisir des gens différents, des livres qui croisent plusieurs disciplines, plusieurs registres ».

En tant qu’étudiant sciences piste, Mario Pasa était un élève stressé. Et ce n’est rien de l’écrire. Les exigences étaient élevées, et les programmes conséquents sachant que le concours de sortie portait sur les deux dernières années. « J’avais le sentiment de travailler beaucoup. Les programmes étaient tellement larges… » S’il a gardé peu de contacts aujourd’hui, l’amitié a tout de même marqué ces années d’étude. « Dans ce climat de tensions, c’était important. Il y avait une bonne ambiance, vraiment. »
Des souvenirs, Mario Pasa en a des bons, mais aussi des mauvais. En tête de ces fausses notes, le Grand Oral. « C’est ce qui terrifiait le plus mes camarades. Moi j’ai eu un problème : les appariteurs ne m’ont pas appelé. Ça a déclenché un scandale avec la direction de Sciences Po. » Alors qu’il devait bénéficier d’une heure de préparation, il est passé devant le jury sans avoir pu préparer son sujet. « Ils m’ont proposé de leur repasser, mais j’ai dit non ».

Mario Pasa ne retient pas que des traumatismes de ses trois années à Sciences Po. Notre éditeur aimait déjà beaucoup les livres, qui constituaient son premier poste de dépense. Pas étonnant alors que la librairie figure parmi ses meilleurs souvenirs. « J’allais acheter des tonnes de bouquin. Je crois que le goût de l’édition m’est un peu venu dans cette librairie ». A part acheter des livres, Mario Pasa aimait aussi ne rien faire du tout. « Dans les cafés. Dans le jardin quand il faisait beau. Dans la bibliothèque aussi (sic) ». Alors qu’il fouille dans sa mémoire, Mario Pasa nous parle aussi du sport, à l’époque obligatoire. « Il fallait faire du sport. » A ce propos, ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi la cafétéria portait ce nom énigmatique de « gymnase » ? Eh bien parce que cette salle était auparavant effectivement un gymnase, où les étudiants s’adonnaient à leurs activités sportives. Mario Pasa hésite avant de nous faire part d’un dernier souvenir. « J’ai un autre souvenir, mais ca paraît tellement ringard : les cours d’initiation à l’informatique. » Les étudiants devaient valider des connaissances informatiques à travers de petits exercices à réaliser sur des ordinateurs et consistant en des déplacements de souris ou autre extinction d’appareil « C‘est un bon souvenir parce que c’est drôle. Ça donne l’impression d’être un dinosaure. » Plusieurs fois par semaine, pendant un mois, les élèves se livraient à cette occupation pour le moins passionnante. Si les compétences n’étaient pas validées, il fallait assister à une conférence de une heure et demi toute l’année. « Je ne sais pas ce qu’on pouvait se raconter, parce qu’il n’y avait aucun ordinateur. Je ne saurais même pas vous dire ce qu’on y faisait. »

Mario Pasa ne le cache pas, lorsqu’il se remémore Sciences Po, ce n’est pas toujours avec plaisir. Il en retient un sentiment de pression et de frustration qui demeure aujourd’hui encore. « Je ne travaillais pas autant que je l’aurais voulu parce que j’étais perfectionniste et qu’on ne peut pas être perfectionniste dans une école comme Sciences Po. Le domaine est tellement large qu’on ne peut pas exceller en tout. » Mario Pasa l’admet, Sciences Po fut bien différent de ce qu’il s’était imaginé. « Au bout du compte, qu’est ce qu’on en garde ? Je pense que j’étais un étudiant qui n’est pas sorti avec l’ambition avec laquelle il était rentré. Mais finalement, Sciences Po n’était pas un si mauvais choix. » Aujourd’hui, il fait ce qu’il aime, vit entouré de livres, et peut se permettre de quitter son job pour se consacrer à ce qui lui plaît vraiment, écrire. Après cet échange de presque une heure, Mario Pasa me confesse d’un air amusé : « Sciences Po semble avoir beaucoup changé. J’aurais dû avoir 25 ans de moins ! ».

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