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Mise au clair sur le navire de la gauche

Ce débat de la gauche visait à discuter les solutions proposées par différents candidats ou candidats potentiels aux élections présidentielles de 2017. Des étudiants représentaient leurs idées, respectivement, Roxane Aksas celles de Benoît Hamon, Matèu G. d’Arnaud Montebourg et Pierre-Noël Clauzade de François Hollande. Les noms de tous les candidats officiels ne sont pas encore connus, ce qui n’a pas empêché de développer les grandes propositions et principaux projets autour de sujets fixés par les deux modérateurs : l’économie, le renouvellement des institutions et l’Europe. Contrairement aux affronts personnels qui ont pu être observés entre les différents représentants jeunes de la droite le 19 octobre, ce débat s’est davantage concentré sur les projets que sur les personnes.

Économiquement parlant…

Le débat sur le temps de travail

Benoît Hamon propose de passer à 32 heures de travail par semaine pour privilégier la qualité à la quantité, augmenter le partage du travail et sortir de la vision du travail au cœur de la vie quotidienne. Quant à Arnaud Montebourg (comme Mr. Hamon), il propose d’abroger la loi travail, mais ne promet pas un passage aux 32 heures, les 35 heures ayant déjà été assez critiquées.

Favoriser le télétravail

Pour tous les candidats représentés, le télétravail serait à favoriser. Il permettrait un gain de une heure cinquante en moyenne par jour et par personne. Ils proposent pour permettre ce changement, une défiscalisation des heures de télétravail. Cela permettrait un gain de bien-être et une augmentation du temps de loisirs. Parallèlement, il faudra respecter le droit à la déconnexion et faire attention à ce qu’il n’y ait pas d’explosion de la charge de travail.

Opérer une transition énergétique

Les avis convergent à propos de l’industrie dans les énergies renouvelables, considérée comme un moyen de création d’emplois. Pour la soutenir, Mr. Montebourg propose une éradication rapide et totale des usines à gaz et à charbon. Mais l’exploitation de l’énergie nucléaire devrait durer encore une trentaine d’années. François Hollande est aussi d’accord. La fermeture totale des centrales nucléaires est encore impossible. Pour Mr. Hamon, la question écologique ne peut pas être mise au second plan, la France doit complètement se passer de l’énergie nucléaire. « Notre rapport à la consommation doit être changé, tout comme notre vision productiviste » a expliqué Roxane.

Le revenu universel de base

Benoît Hamon propose le revenu universel de base pour permettre une prise en compte d’autres formes de travail et passer d’une liberté formelle à une liberté réelle. Un revenu universel peut permettre d’éradiquer la très grande pauvreté et de transformer la conception du travail en valorisant des mécanismes intégrateurs. Ainsi, il serait possible de favoriser le travail qui nous plaît et pas nécessairement celui qui rapporte le plus. Le représentant de Hollande soulève cependant un point important : certes, un revenu universel de quelques huit cents euros pourrait avoir ces effets positifs, mais que faire des autres aides de l’État ? Les limites posées par l’aspect financier sont à creuser.

Sur l’ubérisation…

Pour Roxane, l’ubérisation ne cache qu’une précarisation encore plus profonde de l’emploi. Selon le représentant d’Arnaud Montebourg, un travailleur choisissant le statut d’autoentrepreneur ne fait que réclamer une part d’indépendance. Il faudrait cependant instituer un droit de négociation de cette masse de travailleurs-autoentrepreneurs, sans pour autant remettre en cause leur statut.

Baisser le chômage

Sur ce point, le représentant de Mr. Hollande a essentiellement défendu les résultats du quinquennat. Les investissements publics et privés permettent de retrouver de l’emploi. Or, le président sortant a mené cette politique d’investissement, et désormais le privé semble se ressaisir. La défiscalisation des PME et TPE fait plutôt unanimité chez les trois hommes politiques. Elle a déjà commencé à être mise en place sous le Gouvernement de François Hollande : l’Etat vient en aide à des entreprises par la défiscalisation pour ainsi leur permettre de créer de nouveaux emplois, et aussi par la création de la Banque publique d’investissement.

Au sujet de la défiance croissante envers les institutions…

Mr. Montebourg propose un référendum d’initiative populaire véritable et un Sénat-citoyen qui serait constitué, en plus des sénateurs, de 100 personnes tirées au sort pour rapprocher les citoyens de la politique et réconcilier les Français avec la démocratie. Il propose aussi la suppression de la procédure constitutionnelle 49 alinéa 3 qu’il juge trop anti démocratique.

Benoît Hamon souhaite une reconnaissance du vote blanc et de l’abstention. Il voudrait de plus permettre la possibilité d’un véritable référendum d’initiative populaire et créer un budget de 5 milliards d’euros pour financer des projets citoyens.

Une VIe République ?

Benoît Hamon soutient la création d’une nouvelle République. Il préconise un régime parlementaire qui ne permettrait aucun cumul des mandats et restreindrait les recours aux ordonnances. Le Président de la République, au mandat de sept ans, serait là pour assurer l’équilibre des pouvoirs et s’assurer que le Parlement puisse s’exprimer.

La position de François Hollande représentée par Pierre-Noël est plus nuancée : «Nous sommes dans une situation inédite, il y a eu la vague des attentats, une très forte défiance de la population, les extrêmes qui font tout pour perturber l’ordre public, une cote de popularité du Président qui est très basse… Et pourtant les institutions tiennent et quand il le faut, le Président de la République peut prendre les décisions… certes nous pouvons accuser la Ve République de beaucoup de maux, mais il faut reconnaitre que ces institutions sont solides. »

Sur l’État d’urgence

Selon le porte-parole de Mr. Montebourg, il semble que la perfusion de l’État d’urgence soit une situation « terrible ». À ce sujet, Pierre-Noël a justifié la situation par le risque d’un attentat après la levée de l’État d’urgence qui provoquerait une vraie crise politique et laisserait encore davantage la place à certaines rhétoriques extrêmes, rassemblant déjà 30% de l’électorat selon certains sondages. « L’État d’urgence n’est pas un plaisir. »

Le Ré enchantement du projet européen…

Sur ce point, les candidats sont bien d’accord : il faut montrer les enjeux des élections parlementaires européennes. Elles sont un épisode clé de la vie démocratique et citoyenne : il existe une différence entre l’euro député de gauche et celui de droite par exemple. Voter pour cette institution perd de sa logique, car elle est en apparence déconnectée du citoyen et de la vie quotidienne. Or, cette participation acquiert tout son sens dans le contexte de crise de la souveraineté actuelle.

Pour Pierre-Noël, le couple franco-allemand est historique et moteur de la construction européenne. C’est donc avec l’Allemagne qu’il faut mener les réformes. Roxane réagit, en prônant cette ambition que toute la gauche devrait avoir selon elle : « depuis quand estime-t-on que, sous prétexte d’un cœur historique, on devrait passer par ce couple franco-allemand ? Nous sommes de gauche, donc pour l’égalité, et ce dans tous les domaines ». Il faut donc une égalité de poids des pays de l’Union européenne, deux pays ne pouvant pas se permettre de décider pour tous les autres. Il faudrait aussi se tourner vers les pays de l’Europe du sud, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie. Pour Arnaud Montebourg, une convergence entre les pays est nécessaire. Il faudrait aider les pays en développement et augmenter les capacités d’accueil dans un même temps.

Pour clore ce compte-rendu de débat, nous pouvons évoquer l’esprit de rassemblement de la gauche énoncé par Pierre Noël : « Nous sommes dans le même bateau. Certes pas dans la même cabine, mais dans le même bateau »