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Les Mooc, gadget numérique ou université du futur ?

MOOC, CLOM, FUN, edX, autant d’acronymes dont la sonorité vous rappelle bien quelque chose mais dont la signification vous échappe tout de même un peu. En cette semaine de rentrée, laissez-nous vous éclairer sur ce qui remplacera peut-être un jour, et à notre grand désespoir, les séances de microéconomie en Boutmy tant appréciées !

 

Parlez-vous MOOC ?

Avant de renvoyer à des plateformes numériques de diffusion, l’expression MOOC (Massive Open Online Courses), ou CLOM (Cours en Ligne Offerts aux Masses) dans sa version française, désigne un ensemble de cours, gratuits, pour la plupart publiés par de grandes écoles et universités internationales.

L’innovation n’est pas uniquement technologique, elle est aussi pédagogique.

On distingue généralement deux types de MOOC. D’une part les xMOOC, tirés de cours traditionnels et qui permettent de délivrer un certificat de validation de compétences. Et d’autre part les cMOOC, conçus sur la base d’objectifs ouverts et d’une approche connectiviste grâce à laquelle les participants aux cours élaborent eux-mêmes une grande partie des contenus et peuvent interagir entre eux.

Il est toutefois évident que les compétences dont souhaitent se pourvoir les usagers varient du tout au tout d’un bout à l’autre de la planète. Et c’est justement à ce constat que répondent l’adaptabilité et la diversité, en temps, en thématiques, en langues, des MOOC.

Bien qu’ambitieux, l’objectif final des MOOC apparaît comme étant de pallier les inégalités mondiales d’accès au savoir et à l’enseignement.

 

Un outil d’enseignement ayant le vent en poupe

Dès ses premières heures, le modèle innovant des MOOC suscite l’enthousiasme. A l’automne 2011, lorsque l’américain Sebastian Thrun diffuse un cours sur l’intelligence artificielle sur le site de l’Université de Stanford, 10 000 étudiants sont attendus. Ce sont près de 160 000 qui s’y inscriront.

Désignée comme « l’année du MOOC » par le New York Times, 2012 voit émerger les premières vraies plateformes de production et de diffusion de MOOCS : Coursera, lancée par l’Université de Stanford, edX initiée par le MIT et Udacity pour Harvard, dont le fondateur n’est autre que Sebastian Thrun.

Affiche du Mooc du cours d’intelligence artificielle dispensé à l’Université de Stanford

A ces première tentatives américaines suivront plusieurs initiatives européennes et asiatiques : XuetangX en Chine, Futurlearn aux Grande Bretagne, Miriadax en Espagne, FUN en France ou encore Open2Study en Australie. Presque 5 ans après leur apparition, on dénombre aujourd’hui plus de 3000 MOOC à travers le monde.

Nés parallèlement au contexte de crise financière et économique aux Etats-Unis, les premiers MOOC déstabilisent d’autant plus le système universitaire traditionnel américain, que les coûts de l’enseignement et l’endettement des étudiants sont en passe de devenir une préoccupation économique et politique majeure aux Etats Unis.

De l’autre côté de la planète, en Afrique, l’Université 2.0 sonne, elle, comme une promesse face au manque d’infrastructures et à une population croissante. En donnant accès à des formations universitaires élitistes à des populations isolées et en manque de moyens, les MOOC abattent la frontière entre formations prestigieuses et éducation de masse.

Des étudiants bénéficiant d’un accès wifi gratuit dans un établissement du Cap (Afrique du Sud)

En France, il faut attendre la loi du 28 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieure et à la recherche pour voir se dessiner les premières initiatives en matière de MOOC et le lancement de la 1ère plateforme numérique française, FUN (France Université Numérique). Aujourd’hui, la plateforme participe au développement de plus de 60 MOOC en partenariat avec de nombreuses universités et écoles françaises de renom telles que le CNAM, le groupe INSA ou encore l’UMPC.

 

Et Sciences Po, dans tout ça ?

Moodle, eCours, projet Forccast, cartothèque numérique : nombreuses étaient et sont toujours les interfaces numériques que Sciences Po s’efforce de développer au quotidien en parallèle de ses enseignements traditionnels.

C’est seulement en 2014 que Sciences Po fait son entrée dans l’ère des MOOC, avec le cours transdisciplinaire de Bertrand Badie, « Espace mondial », suivi de peu par le cours Humanités Scientifiques de Bruno Latour.

Cette démarche s’inscrit de toute évidence dans l’effort constant d’ouverture et d’internationalisation que mène notre école depuis quelques annéesDe plus, de par sa position de centre de recherche majeur, il paraissait essentiel que l’établissement participe à l’ouverture du débat public en prenant part aux innovations en marche.

Comme précise Dominique Boullier, professeur à Sciences Po, dans une vidéo, un MOOC se distingue d’un eCours classique, comme ceux auxquels les étudiants de Sciences Po ont déjà quotidiennement accès. En effet, le caractère « massif » des MOOC pose la contrainte de l’adaptabilité, de la compréhension, de l’accessibilité à un public large et hétéroclite. La diffusion d’un cours nécessite donc un profond travail de mise en forme et la mobilisation d’un grand nombre de ressources.

Dernière nouvelle en date, Coursera, le géant américain du marché des MOOC aux 10,5 millions d’inscrits, a annoncé en décembre dernier son partenariat avec Sciences Po.

Daphne Koller, confondatrice de la plateforme de cours Coursera, et Frédéric Mion, lors de la signature du contrat à l’automne 2014

La plateforme de diffusion proposera trois des cours dispensés à Paris, dont deux en anglais, entre mars et septembre 2015 : « Humanités scientifiques« , « Espace mondial » et « Les villes font leur retour en ville », ce dernier enseignement étant dispensé par le sociologue Patrick Le Galès. Sciences Po, en même temps que l’ESSEC, rejoint les quelques rares universités françaises déjà présentes sur Coursera : Polythechnique, HEC et l’ENS.

 

Gadget numérique ou réelle innovation pédagogique ?

Quelques années après la naissance des MOOC, l’enthousiasme des premières heures a perdu de sa ferveur et la mise en perspective des premiers retours sur expérience invite à relativiser le succès de cette forme « révolutionnaire » d’enseignement. Bien qu’ambitieux par les objectifs auxquels il répond, il est clair que ce modèle d’enseignement ne fait pas l’unanimité.

Que va t-il advenir au cours des prochaines décennies du système d’enseignement traditionnel ? La qualité des apprentissages ne pâtit-elle pas de la déshumanisation croissante des cours et de leur caractère « non présentiel », résultat parfois d’une volonté unique de réduction des coûts ? Une grande partie des détracteurs de ce nouveau modèle d’enseignement soulignent la nécessité de ne pas perdre de vue le rôle non négligeable, si ce n’est majeur, de la relation pédagogique entre élèves et enseignants.

Pour le sociologue Jérôme Valluy, professeur de sociologie politique à l’Université Panthéon Sorbonne, les MOOC sont proches d’un simple produit marketing et leurs abonnés « n’accèdent qu’à un ersatz de prestation pédagogiques de ces universités et les certifications qu’elles délivrent ne valent pas, au regard des employeurs, les diplômes délivrés sur la base de formations initiales. »

 

Des résultats jusqu’à présents décevants

Les taux de réussite à ces formations en ligne s’avèrent pour le moment bas.

Dès décembre 2013, une étude publiée par l’Université de Pennsylvanie avait pointé du doigt des taux d’abandon excessivement élevés : sur le million d’usagers étudiés, seuls 4% venaient à bout de la formation. C’est peu, d’autant plus que près de 80% d’entre eux possédaient déjà un diplôme de l’enseignement supérieur.

Manque d’accessibilité, mauvais choix de thématique, contenu inadapté ? Dans son essai Moocs et vaches à lait, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, se penche sur ce dernier chiffre : « Sous leur forme actuelle, les Moocs sont peu performants en matière de formation initiale, notamment auprès des publics défavorisés, alors que leur utilité semble confirmée pour la formation continue des élites déjà diplômées des pays dits émergents, Brésil, Inde, Chine, Russie et Afrique du Sud, où 80 % des inscrits proviennent des 6 % les plus riches de la population. Bref, au lieu de réduire la fracture sociale entre pays riches et pays défavorisés, ou entre élites et masses dans les pays émergents, les Mooc, qui exigent des ordinateurs et l’accès rapide à l’Internet, ainsi qu’une discipline de travail acquise préalablement, renforcent cette fracture. »

Attentes surdimensionnées ou échec de pédagogie, on semble quoi qu’il en soit aujourd’hui bien loin des premières intentions, pourtant bienveillantes, de massification et de démocratisation du savoir…